Possible création d’Équipe Québec : un livre qui rend les gens du milieu sceptiques
Par Luc Robert
La conclusion de former une Équipe Québec masculine et féminine de développement suscite des réactions mitigées dans les cercles du hockey.
L’ouvrage de 260 pages des co-auteurs universitaires Guillaume Ringuette et Tristan Fortin, Quelque chose comme une grande équipe, rend les habitués perplexes.
« Je suis d’accord avec le principe de la sous-représentation des Québécois au sein d’Équipe Canada jr (ECJ), pour l’avoir vécu. Il y a peu de dirigeants d’ici qui font partie de l’exécutif d’ÉCJ-Hockey Canada. Inconsciemment, ils préfèrent aller à la guerre avec les joueurs qu’ils connaissent bien, avant de prendre les recommandations d’un dépisteur du Québec, qu’ils rencontrent seulement quelques fois par année, et qui moussent un jeune de la LHJMQ. Mais de là à créer une équipe entièrement d’ici ? Je suis plus ou moins en faveur. Quel jeune voudra s’y joindre ? Ça prend les meilleurs des deux camps, anglos et francos, pour gagner », a analysé tout-haut Benoît Gratton, ancien gagnant de la Coupe Memorial avec les ex-Prédateurs de Granby.
« Ils préfèrent aller à la guerre avec les joueurs qu’ils connaissent »
– Benoit Gratton
Modélisation statistique
Les auteurs soutiennent que les joueurs du Québec sont systématiquement sous-représentés par rapport à leur poids dans les bassins de joueurs et dans le hockey junior majeur.
« Une modélisation statistique avance même qu’à production offensive comparable, certains joueurs québécois auraient des probabilités de sélection nettement inférieures à ceux issus d’autres provinces. »
« Il faut cesser de quémander nos places. En harmonisant nos talents et structures, il y a moyen de produire nos Équipes Québec. On formule des pistes de solutions », a indiqué Tristan Fortin.
Cette critique s’inscrit dans une remise en question plus large de Hockey Canada. Les auteurs abordent « les scandales récents, la culture d’opacité, les enjeux de gouvernance et les tensions linguistiques qui ont marqué l’organisation. » Ils soutiennent « qu’on ne reconnaît pas pleinement notre spécificité, nos besoins, ni notre expertise. »
« Il y a des joueurs avec des rôles moins importants dans leur équipe junior majeure, qui sont passés devant moi. Mais en y mettant du cœur, je me suis rendu quand même aux rangs professionnels », a repris Gratton, qui a joué 6 ans dans la LNH et 8 ans dans la LAH (par alternance), avant d’aller gagner sa croute en Europe pendant 10 saisons.
Croiser l’élite
Le développement avec des entraîneurs rémunérés, le regroupement des meilleurs éléments et des parties contre des équipes plus âgées permettraient de ficeler deux équipes représentatives, estiment messieurs Fortin et Ringuette.
Regarder ailleurs
L’ouvrage rappelle par ailleurs que d’autres nations non souveraines, comme la Catalogne et l’Écosse, utilisent le sport comme un espace de reconnaissance et de mobilisation.

« La clé reste de devenir membre de la Fédération internationale de hockey sur glace (FIHG). Par exemple, Macao, Hong-Kong et Porto-Rico représentent trois nations non-souveraines possédant leur équipe nationale. Ensuite, tu négocies une entente de séparation avec Hockey Canada. S’ils ne veulent pas. Tu passes par le Tribunal du sport à Lausanne », a épilogué Robert Sirois, ardent défenseur du projet d’équipes québécoises.
En 1989, l’ancien joueur des Capitals et des Flyers avait rencontré le gouvernement québécois pour proposer sa vision.
« Avec Robert Therrien et son rapport, on a rencontré l’ex-P.-M. Robert Bourassa pour inciter le gouvernement du Québec à acheter les franchises de la LHJMQ. On aurait obtenu un calque du modèle américain : disputer des parties les fins de semaines et laisser nos cégeps et universités organiser la structure. M. Bourassa disait oui en coulisses, mais des grandes voix du journalisme l’ont fait reculer en s’opposant à nos idées », s’est souvenu le grand moustachu.
Sirois croit que la démarche trouvera un jour preneur.
« En 2022, à la publication de mon 2e livre Équipe nationale du Québec, un projet rassembleur (Éditions de l’Homme), PSPP est venu me visiter à Sainte-Adèle pour en discuter. À l’Université d’Oxford, comme étudiant, il a gardé le but lors de matchs amicaux contre la France. Il aime le hockey. Si M. Plamondon est élu en octobre 2026, il ira sûrement de l’avant avec Équipe Québec », a prédit l’ancien choix de 3e ronde de Philadelphie, dont le 1er livre s’intitulait Le Québec mis en échec, publié en 2009.