(Photo : Juana Laurin)
Le Centre le Phénix a vu son financement être amputé.

Itinérance : coupe de financement fatale au Centre le Phénix 

Par Luc Robert

Le Centre le Phénix de Saint-Jérôme, qui accueille des femmes en situation d’itinérance, a mis son personnel à pied ce dimanche en raison d’une fermeture, faute d’un financement amputé par Santé Québec Laurentides (SQL).

La majorité de la vingtaine d’intervenants et intervenantes (11 à 25 employés selon le Registre des entreprises du Québec) a dû plier bagage, alors que les besoins envers cette clientèle vulnérable demeurent entiers.

« Santé Québec Laurentides nous a averti le 2 juillet dernier de la fin des versements. Ce qui veut dire que nous étions incapables de payer les employés à partir du dimanche 5 juillet 2026. Nos 34 lits, soit 77 % des places disponibles pour les femmes dans les Laurentides, ne seront plus accessibles. Il y a bien une dizaine de lits de plus à Saint-Eustache, mais ça ne comblera pas les besoins de notre grande région », a relaté David Létourneau, directeur des opérations et des services cliniques au Centre Le Phénix.

Soulignons qu’une ressource similaire jérômienne, la Maison de Sophia, a été radiée d’office à la suite d’une dissolution volontaire, notée à la mise à jour de son statut en 2023 au registre des entreprises.

Répercussions

Le moment semble mal choisi pour la fin du financement, ont souligné des sources internes, puisqu’il survient en pleine canicule et saison des déménagements.

« Il n’y a pas d’évictions immédiates de femmes, car nous avons possédons les ressources en termes de logement et de nourriture, pour couvrir au moins le prochain mois, mais pas pour payer nos employés, dont la masse salariale constitue 80 % de notre budget et est financée à 100 % par Santé Québec Laurentides) », a-il détaillé. « On aurait pu se rendre jusqu’en mars 2027 pour régler le problème, avec une ouverture d’esprit. Sur notre vingtaine d’employés, une poignée d’intervenantes et d’anciennes employées et sont restées sur place avec moi, depuis dimanche minuit, à titre bénévole, pour assurer une présence 24/7 et un effectuer un réel suivi aux femmes et leurs enfants. Mais à moyen terme, des femmes dans une situation de précarité résidentielle seront redirigées au programme de soutien au loyer (PSL), sans nécessairement être prêtes ou admises », a-t-il ajouté.

À ce sujet, Le Phénix veut demeurer près de sa clientèle jusqu’à la fin des procédures.

« Nous offrons un toit aux dames jusqu’à ce qu’elles soient non seulement toutes replacées dans un endroit aussi sécuritaire que le Phénix, mais de manière à ce que nous ayons également la garantie qu’elles seront suivies par du personnel assez compétent pour identifier les risques de retour à l’itinérance et leur permettre d’éviter qu’ils se réalisent », a évoqué M. Létourneau.

Conseil d’administration

Des gens du milieu ont avancé au journal Le Nord « que ça chambranlait depuis un bout de temps au Phénix, en termes de possibles irrégularités, de divergences au conseil d’administration et de possibles traitements pouvant mener à une fermeture du centre ».

« J’ai demandé une tutelle, mais sans suite. Je demandais aussi la tenue d’une réunion extraordinaire pour nommer un nouveau conseil d’administration et une directrice générale. Nous ne possédons plus de c.-a. depuis le 17 juin. Plusieurs membres n’ont pas renouvelé leur mandat, tout comme la directrice-générale par intérim, qui a refusé de continuer. La situation et l’atmosphère semblaient toxiques. Des évaluations menées par les autorités ont pointé vers quelques cas, qui ont été corrigés. D’autres rapports mettaient en reliefs des faussetés. La grande majorité des interventions se passent bien, mais les dirigeants du c.-a. ont paniqué », a estimé M. Létourneau.

Près d’un million

Le Centre Phénix de Saint-Jérôme devra trouver près d’un million de dollars pour poursuivre sa mission auprès des itinérantes.

« Notre enveloppe budgétaire annuelle se situe presque aux sept chiffres. Notre organisme est financé à 15 % par le privé et le reste provient du gouvernement, dont 100 % de nos interventions. Le Centre Phénix n’est pas défini comme une entreprise publique, mais un organisme privé. SQL ne nous empêchera pas d’aider les gens de la rue. Tant que nous ne serons pas expulsés de nos locaux, nous allons poursuivre notre mission », a-t-il enchaîné.

Létourneau s’insurge contre la procédure de SQL, avec qui il croyait avoir trouvé une solution au financement.

« Une dirigeante de SQL nous a dit qu’un plan de redressement semblait conclu, mais une heure plus tard, un de ses collègues a déterminé qu’il n’y a pas d’entente et qu’on ne pouvait en aucun cas nous promettre le financement pour poursuivre. Il y a eu des incohérences », a-t-il cru comprendre.

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


The reCAPTCHA verification period has expired. Please reload the page.