Pionnière : Isabelle Leclaire a tracé le chemin de plusieurs hockeyeuses québécoises
Par Luc Robert
Que ce soit dans l’ombre avec les Cheminots du Cégep de Saint-Jérôme ou à l’avant-plan avec les Carabins de l’Université de Montréal, Isabelle Leclaire a joué un grand rôle dans le développement du hockey féminin.
Médaillée d’or avec les Carabins de l’Université de Montréal au Championnat universitaire canadien à trois reprises (2013, 2016 et 2026), d’argent à deux occasions (2012 et 2014), en plus d’avoir obtenu le bronze trois autres fois (2015, 2019 et 2024), l’entraîneure chef résidente de Saint-Eustache ne se destinait pourtant pas à une carrière derrière le banc.
«J’ai été embauchée aux Cheminots par Richard Campeau, en 2003, grâce à un programme subventionné du gouvernement. On m’a nommé coordonnatrice du programme de hockey féminin à Saint-Jérôme. Sous Richard Campeau, je voyais surtout à la structure administrative de l’Académie et du Tournoi international féminin des Cheminots. J’entraînais aussi bénévolement une équipe à la Fédération de hockey mineur pour le plaisir. Mais rien ne me destinait à une carrière derrière le banc : jusqu’à ce que Danielle Sauvageau me fasse participer à ses écoles de hockey», s’est souvenue la grande motivatrice.
C’est également lors de la tenue des Jeux du Canada de 2007, tenus à Whitehorse au Yukon, que la piqûre du coaching l’a frappée, alors qu’elle a remporté le bronze aux guides de l’Équipe féminine du Québec, comme complice de Pierre Alain. Les Cheminots ont été championnes collégiales AA du Québec lors des saisons 2002, 2005, 2006 et 2008.
«Isabelle demeure une excellente alliée, dotée de qualités personnelles supérieures. Son sens de l’humour marqué l’aide dans ses interactions avec les joueuses. Ses succès sont amplement mérités. Elle peut te dessiner une pratique adaptée rapidement, pour faire progresser les athlètes. On parle d’une professionnelle de la préparation, qui insiste sur les détails. J’ai regardé leur finale canadienne contre Concordia (victoire de 5-2, à Waterloo), avant de féliciter Isa pour sa brigade défensive, très à point. Isa est bilingue et pourrait fort bien devenir entraîneure professionnelle», a convenu Pierre Alain, ancien co-entraîneur de la défunte Force de Montréal et ex-entraîneur-chef des Cheminots collégiaux AA.
Cheminement graduel
Bachelière en sciences de l’activité physique à l’Université de Montréal en l’an 2000, Leclaire a graduellement produit un impact sur la relève québécoise, tant par son bagage avancé en entraînement, que sa façon naturelle de communiquer et de développer le mental de ses troupières.
«Pierre Alain (ex-coach des Cheminots) demeure un grand complice. J’ai beaucoup appris de lui dans l’art d’entraîner. J’ai retenu plusieurs de ses trucs, que j’applique encore régulièrement, selon les situations. Il reste mon mentor de carrière, alors que Danielle Sauvageau a façonné ma personnalité en croyant en moi à de multiples reprises», a-t-elle avoué.
Encore Mme Sauvageau
Danielle Sauvageau, cette ancienne policière de la GRC, devenue au fil des ans la grande patronne de la Victoire de Montréal, a vu Isabelle Leclaire dans sa soupe à plusieurs reprises.
«En 2008, Danielle m’a approchée pour monter l’équipe des filles des Carabins. Un peu comme Richard Campeau avec les Cheminots, elle me laissait la liberté d’opérer. Démarrer un programme francophone féminin était un besoin pour la suite de la relève collégiale. France Saint-Louis m’a aussi aidé à développer mes choses. C’était inattendu d’avoir du succès comme entraîneure et j’y ai vite pris goût. J’ai essayé de rapatrier Mariève Provost, ex-Cheminots, mais elle a préféré demeurer avec les Aigles Bleus de l’Université de Moncton. Je m’en suis bien tirée, avec le développement d’équipes universitaires compétitives, qui nous ont valu plusieurs médailles», a avoué Leclaire, originaire de Lachine.
En plus de son poste de pilote, Isabelle Leclaire a été approchée pour exprimer son analyse recherchée du jeu à la télé.
«Je me suis retrouvée là par hasard : Danielle Sauvageau m’a dit que je ferais l’affaire à l’analyse télévisée de la Coupe Esso U18F. Cela a commencé comme ça. En 2021-2022, ça a été le tour des Mondiaux juniors, sur la 2e paire de commentateurs. Aux Jeux Olympiques de Milan, en février 2026, je faisais partie du seul sport où Radio-Canada a délégué des équipes de descripteurs et analystes sur place. C’était spécial de côtoyer Pierre Houde, qui lui faisait le hockey masculin. Depuis mes débuts, j’ai travaillé avec Félix Séguin, Alain Usereau, Claudine Douville et autres, tant à la SRC qu’au Réseau des Sports», a-t-elle fait la nomenclature.
Toujours en poste avec les Carabins, elle assistera à la naissance du Rouge et Or de l’Université Laval, qui sautera une première fois sur la glace l’automne prochain.
«Cela offre plus de débouchés pour les filles. Reste à voir à quel niveau elles pourront compétitionner. Le bassin de joueuses élites demeure limité. On veut aussi recruter les meilleures. L’enjeux ? Elles sont 40 finissantes qui arrivent du Collégial D1 pour fournir la relève. La LHPS (Ligue de hockey préparatoire scolaire) fait du bon boulot de développement, mais ça va encore prendre quelques saisons avant que les joueuses additionnelles arrivent au niveau universitaire. Pour les Carabins, nos deux prochaines années deviendront les saisons les plus fortes de notre cohorte actuelle», a-t-elle analysé.