Quand les Patriotes rêvaient d’un Québec libre
Bien avant les grands spectacles de la Fête nationale et les drapeaux fleurdelisés qui flottent chaque 24 juin, la Saint-Jean-Baptiste était déjà un symbole de rassemblement pour les Canadiens français.
Au XIXe siècle, alors que grandissait un désir d’émancipation politique, cette fête prenait une signification particulière, notamment à l’époque des Patriotes.
Fondée en 1834 par le journaliste et politicien Ludger Duvernay, la Société Saint-Jean-Baptiste avait pour objectif de promouvoir la culture, la langue et l’identité des Canadiens français. La première célébration organisée à Montréal, le 24 juin de cette même année, se voulait un moment d’unité nationale. Quelques années plus tard, le mouvement patriote allait donner à cette identité collective une portée politique.
Réclamer démocratie et autonomie
Les rébellions de 1837 et 1838 trouvent leur origine dans le mécontentement grandissant envers le pouvoir colonial britannique. Menés notamment par Louis-Joseph Papineau, les Patriotes réclament davantage de démocratie et une plus grande autonomie pour le Bas-Canada. Les principaux affrontements se déroulent dans les régions de Montréal et de la Montérégie, mais quand même, plusieurs habitants du territoire qui deviendra plus tard les Laurentides suivent les événements avec intérêt.
À cette époque, les Laurentides sont encore peu peuplées. La colonisation du vaste territoire au nord de Saint-Jérôme ne prendra véritablement son essor qu’à partir du milieu du XIXe siècle, sous l’impulsion notamment du curé Antoine Labelle.
Toutefois, les villages établis au sud de la région actuelle entretiennent des liens étroits avec les centres où s’organise le mouvement patriote. Les idées de réforme politique et de défense de la langue française circulent largement parmi les communautés canadiennes-françaises.
Après l’échec des rébellions, plusieurs chefs patriotes sont emprisonnés ou exilés. Pourtant, leurs revendications marquent durablement l’histoire du Québec. Les notions de représentation démocratique, de protection de la langue française et d’affirmation nationale continueront d’influencer les générations d’après.
La Saint-Jean-Baptiste évoluera elle aussi. D’abord une fête religieuse, puis un symbole du nationalisme canadien-français, elle deviendra progressivement la fête de tous les Québécois. En 1977, le gouvernement du Québec la désigne officiellement comme fête nationale.
Aujourd’hui, lorsque les Québécois se rassemblent pour célébrer le 24 juin, ils perpétuent une tradition vieille de près de deux siècles. Derrière les feux d’artifice et les spectacles se cache une histoire marquée par les luttes, les aspirations et la volonté d’un peuple de préserver sa langue et sa culture !