Le regard sur la pelouse change dans les Laurentides
Par Jean-Simon Guay
Longtemps symbole d’ordre et de beauté, la pelouse bien tondue cède peu à peu la place à des pratiques plus naturelles…
Un changement bien visible
Pendant longtemps, une pelouse bien verte et tondue était associée à une propriété bien entretenue. Dans les Laurentides, cette perception évolue.
De plus en plus de citoyens choisissent de laisser pousser leur gazon au printemps, un geste lié à la protection des pollinisateurs.
Sur le terrain, le changement est visible. « J’étais une de celles qui était fière de son beau gazon bien égal. À un moment donné, j’ai fait un virage écologique », témoigne une résidente.
Pour d’autres, ce changement est déjà acquis. « Avoir un beau gazon, c’est superficiel », résume une citoyenne.
Un changement qui ne fait pas l’unanimité
L’adhésion n’est toutefois pas complète. Certains évoquent des contraintes bien concrètes.
« Je suis allergique aux pissenlits, mais je compense avec d’autres fleurs pollinisatrices », explique une participante.
« C’est très bon, mais pour les tiques, pas pantoute », ajoute un autre citoyen.
D’autres restent attachés à une pelouse plus traditionnelle. « Une pelouse bien tondue donne un look plus propre », estime une résidente.
Un mouvement adapté au Québec
Ce changement s’inscrit dans un mouvement plus large. Né au Royaume-Uni sous le nom de No Mow May il a inspiré au Québec le Défi Pissenlits, lancé en 2021 par Miel & Co et aujourd’hui porté par Nature-Action Québec.
Contrairement à son équivalent européen, l’initiative québécoise ne consiste pas à éviter toute tonte pendant le mois de mai. Elle invite plutôt à retarder la première tonte, le temps de laisser fleurir les pissenlits.
L’approche se veut flexible. Les participants sont invités à adapter leur pratique selon les conditions locales. Dans les régions plus au nord, la tonte peut ainsi être repoussée jusqu’à la fin mai, voire en juin.
Des municipalités qui embarquent
En 2026, plusieurs municipalités des Laurentides participent au mouvement, que ce soit officiellement par le Défi Pissenlits ou par des initiatives locales. D’autres emboîtent le pas, parfois de façon plus partielle.
Beaucoup d’entre elles encouragent leurs citoyens à retarder la tonte de leur pelouse au printemps.
De façon générale, cette initiative vise à offrir une source de nourriture abondante aux pollinisateurs à un moment clé de leur cycle de vie.
Pour certaines municipalités de la région, aucune tonte ne sera effectuée sur leurs terrains pendant cette période. Des fleurs comme le trèfle, les fraisiers ou les violettes peuvent ainsi apparaître.
Toutefois, la participation varie d’une ville à l’autre. Certaines limitent la pratique à certains terrains, en raison de contraintes logistiques ou d’entretien.
Une mobilisation sur le terrain
Sur le terrain, la pratique dépasse les initiatives officielles. Plusieurs citoyens adoptent ces habitudes sans s’inscrire à un programme précis.
Dans les Pays-d’en-Haut, le Rucher Collectif contribue aussi à ce changement. L’organisme a lancé, la même année que le Défi Pissenlits, l’Escouade Pissenlit, qui s’inscrit dans ce qu’il appelle la « Saison Pissenlit ».
« Les gens sont de plus en plus ouverts à entretenir leur pelouse différemment », souligne le groupe.
L’organisme observe un intérêt croissant pour des pratiques comme la tonte différenciée ou l’ajout de trèfle.
Une nouvelle façon de voir la pelouse
Au-delà du geste de retarder la tonte, c’est la définition même d’une « belle pelouse » qui change.
Longtemps associée à un gazon uniforme, elle devient pour plusieurs un espace vivant, en lien avec son environnement.