(Photo : Nordy - Sébastien Fleurant)
Les étangs aérés à Piedmont arrivent à capacité, et de nouvelles infrastructures seront bientôt nécessaires.
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Les villes sont déjà en action pour décontaminer la rivière du Nord

Par Simon Cordeau

Les élus et responsables municipaux ont paru optimistes face aux résultats de l’étude sur la qualité de l’eau de la rivière du Nord, rendue publique par Fondation Rivières vendredi, 11 août. Ils ont toutefois convenu qu’il restait du travail à faire avant que la baignade y soit possible et sécuritaire. Voici leurs réactions.

Sainte-Adèle

Le directeur des Services techniques de la Ville de Sainte-Adèle, Mathieu Gagné, a confirmé que des améliorations ont déjà été apportées à la station d’épuration de Mont-Rolland. Celle-ci était la principale source de contamination de la rivière observée dans l’étude. Les lampes UV sont désormais nettoyées à chaque mois. Un échantillonnage est aussi fait à la station, mais celui-ci est encore « à peaufiner ». « On a transmis à [la Fondation Rivières] des résultats plus récents que ceux dans le rapport. Ils démontrent une nette amélioration », assure M. Gagné.

Le directeur reconnait cependant qu’il reste encore du travail à faire. « De façon plus globale, la Ville de Sainte-Adèle a adopté un nouveau mode d’opération. Jusqu’en 2021, on travaillait avec des sous-traitants. Maintenant, ce sont des employés et une équipe à l’interne qui gèrent la station », précise M. Gagné. De plus, une étude de désuétude de la station de Mont-Rolland a été réalisée récemment. « On parle d’une estimation initiale de 20 M$. C’est vraiment une réfection complète de l’usine. » Ainsi, la Ville travaille activement sur une demande de subvention pour réaliser ce projet. Sans une subvention, il ne sera pas possible de « mettre aux normes » la station.

Piedmont et Saint-Sauveur

Des problèmes ont aussi été observés à la Régie de Piedmont, Saint-Sauveur et Saint-Sauveur-des-Monts, relevait l’étude. Jean-François Denis, trésorier de la Ville de Saint-Sauveur et fonctionnaire délégué à la Régie, explique que c’est la firme Aquatech qui gère les opérations. Il leur a donc transmis l’étude pour obtenir des explications et de possibles améliorations.

Cela dit, M. Denis assure que les normes en vigueur sont respectées. « Si on ne respectait pas les normes, le ministère de l’Environnement débarquerait. » Chaque mois, Aquatech transmet un rapport à la Régie et au Ministère. « Et c’est extrêmement paramétré. Ils ne veulent pas juste savoir les coliformes fécaux. »

M. Denis reconnaît toutefois que, depuis leur construction, les infrastructures ont pris de l’âge et les normes ont changé. De plus, les étangs aérés arrivent à capacité. « Nos conseils municipaux sont très au courant qu’il faut investir dans les infrastructures. Autrement, il n’y a carrément plus de développement possible dans les zones urbanisées, alors qu’on est en contexte de pénurie de logements et qu’il faut densifier », illustre-t-il.

Toutefois, ces nouvelles infrastructures devront répondre aux nouvelles normes, souligne M. Denis. Mais les étangs aérés ne sont pas appropriés pour traiter l’azote ammoniacal, par exemple. « Ça prend une infrastructure mécanisée. Mais on ne parle pas de 2-3 M$ : ce sont plutôt des coûts de 10-12 M$. Et il n’y a pas de subvention pour ça », regrette M. Denis. Il rappelle que la Régie a un petit nombre de payeurs de taxes : le fardeau fiscal serait donc trop grand. Une étude est donc en cours pour trouver des solutions.

« On est tous des habitants près de la rivière du Nord. On ne veut pas la contaminer, et on voudrait tous s’y baigner », insiste M. Denis.

Saint-Jérôme

En 2021, la Fondation Rivières avait détecté une source de contamination à Saint-Jérôme, an amont du pont du boulevard Lajeunesse. En 2022, elle était toujours présente, peut-on lire dans l’étude. Le maire de Saint-Jérôme, Marc Bourcier, assure toutefois que des travaux et des études ont été entrepris pour corriger la situation. « En fait, ce sont des surverses. […] Notre travail comme ville, c’est de faire du décroisement [entre les eaux sanitaires et pluviales]. Justement, on a travaillé sur le grand collecteur [près du pont de la rue Bélanger] et des reconnexions ont été faites en amont du boulevard Lajeunesse. »

Par ailleurs, le conseiller municipal Ronald Raymond espère que la faune aquatique de la rivière pourra bénéficier d’une protection supplémentaire. Cela pourrait être bientôt possible, grâce une nouvelle étude sur le doré jaune, indigène à la rivière du Nord. Trois secteurs de reproduction ont récemment été identifiés à Saint-Jérôme. « Maintenant qu’on a une confirmation [de l’emplacement de ces frayères], on pourra en faire des sanctuaires où les gens ne pourront pas pêcher durant la période de reproduction. » Selon M. Raymond, cela participe à un changement de mentalité, pour voir la richesse de la rivière et son potentiel éco-touristique.

« L’eau de Saint-Jérôme est bonne partout. […] On peut pêcher dans la rivière. Je pense qu’on peut être fiers », se réjouit quant à lui M. Bourcier.

Prévost

L’étude indique que des corrections sont nécessaires à l’ouvrage de surverse associé à la station d’épuration de Prévost. Celui-ci a fréquemment des débordements d’eaux usées en période de forte pluie. « C’était connu chez nous. C’est un défaut de conception, fait vers 1985. On l’a déjà prévu dans notre programme triennal d’immobilisations (PTI) et on va faire les travaux », assure le maire, Paul Germain.

Selon lui, cette situation illustre bien l’occasion qu’ont les villes des Laurentides de travailler ensemble vers un objectif commun. « C’est paradoxal : les travaux qu’on va faire vont surtout profiter aux Jérômiens. Mais si on veut demander à nos villes soeurs de mettre l’épaule à la roue, il faut faire notre part. » Réhabiliter la rivière du Nord peut ainsi devenir un « projet structurant pour tout le monde ».

M. Germain souligne aussi les efforts déployés pour décroiser les eaux pluviales et sanitaires. « La pollution de l’eau et la gestion des surverses, ça commence à la gouttière de la maison. […] On veut monter une campagne de sensibilisation pour que les citoyens gèrent leurs eaux sur leur terrain. » Il donne aussi l’exemple de la réfection du boulevard du Lac-Saint-François qui est, « à [s]a connaissance », le seul de la région avec un bassin de rétention au centre. « Toute l’eau de la rue se vide dans le milieu, elle reste là, puis elle est captée par le sol qui filtre tous les contaminants. Et s’il y a trop d’eau, il y a un exutoire », illustre le maire.

« Ma mère, qui est décédée maintenant, elle se baignait dans la rivière du Nord. […] Si on est capables de s’y baigner un jour, ce serait fantastique. C’est un de mes rêves ! », confie M. Germain.

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