(Photo : Gracieuseté)

La santé des femmes encore marquée par de nombreux angles morts

Par Alexane Taillon-Thiffeault

Accès difficile aux soins, discriminations persistantes, manque d’information et services parfois mal adaptés : la santé des femmes demeure marquée par plusieurs angles morts, estime le Réseau des femmes des Laurentides (RFL), qui tenait le 28 avril une journée de réflexion sur le sujet.

Sous le thème Les faces cachées de la santé des femmes, l’événement a réuni une cinquantaine de participantes provenant des milieux communautaire et institutionnel afin d’échanger sur les réalités vécues par les femmes, particulièrement celles en situation de vulnérabilité ou de marginalisation.

Pour Sophie Gilbert, responsable du développement au RFL, cette journée répondait à des préoccupations soulevées depuis longtemps par les organismes membres du regroupement.

« La santé des femmes est l’un de nos grands axes de travail. Lors d’une tournée auprès de nos groupes membres, plusieurs enjeux sont ressortis : accès aux médecins de famille, santé mentale, avortement, ménopause, hormonothérapie, santé reproductive. On voyait qu’il fallait rouvrir ce chantier-là », explique-t-elle.

Des obstacles qui se cumulent

Selon Mme Gilbert, les difficultés d’accès aux soins touchent déjà une grande partie de la population, mais elles deviennent encore plus importantes pour certaines femmes. Elle cite en exemple les personnes immigrantes qui ne maîtrisent pas la langue, celles qui n’ont pas tous leurs documents administratifs, les femmes à faible revenu ou celles vivant loin des centres urbains.

« Dans les Laurentides, la question du transport est majeure. Il n’y a pas toujours de transport en commun pour rejoindre les services. Si on ajoute la précarité financière ou d’autres obstacles, ça devient un véritable parcours du combattant », résume-t-elle.

Certaines personnes se voient refuser des services faute de carte d’identité ou de couverture d’assurance maladie, une réalité particulièrement présente à Saint-Jérôme, pôle d’immigration important.

Grossophobie et discrimination

Parmi les enjeux abordés durant la journée, la grossophobie a retenu l’attention des participantes. Une intervenante de l’organisme ÉquiLibre a présenté les impacts des préjugés envers les personnes grosses, y compris dans le réseau de la santé.

« On entend encore trop souvent que tous les problèmes viennent du poids. Des personnes ne se sentent pas prises au sérieux ou hésitent à consulter par peur d’être jugées », rapporte Mme Gilbert.

Selon elle, ces discriminations répétées ont des effets bien réels sur la santé physique et mentale.

Des services à adapter

Le RFL souligne aussi que les personnes de la diversité sexuelle et de genre font face à des obstacles persistants, notamment dans la façon dont elles sont accueillies ou dans les démarches à entreprendre pour obtenir des soins adaptés.

« On oublie souvent qu’une personne qui arrive dans un service n’arrive pas avec toute son histoire visible. Elle a peut-être déjà traversé une course à obstacles juste pour se rendre jusqu’ici », affirme Mme Gilbert.

Elle souhaite donc que les intervenants et gestionnaires développent davantage de sensibilité aux réalités multiples vécues par les femmes.

Des solutions existent

Malgré les constats parfois préoccupants, la journée s’est conclue sur une note plus positive grâce à la présentation d’initiatives inspirantes. Parmi elles, la Maison de naissance des Laurentides, située à Blainville, qui prévoit offrir un point de service plus au nord de la région, du côté de Mont-Tremblant.

« Ce sont des bouffées d’air frais. Il y a des gens qui travaillent à développer des services mieux adaptés, et ça donne espoir », souligne Mme Gilbert.

Le RFL évoque également la possibilité de poursuivre ses travaux sur l’idée d’un centre de santé des femmes dans les Laurentides, qui offrirait notamment des services d’avortement et d’accompagnement communautaire.

Pour Mme Gilbert, la santé des femmes ne devrait pas concerner uniquement les femmes. Elle note d’ailleurs l’absence d’hommes parmi les participantes lors de la journée du 28 avril. « Ça nous a fait réfléchir. La santé des femmes concerne pourtant toute la société. Maintenir les femmes en santé, c’est bénéfique socialement, économiquement et humainement », conclut-elle.

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