(Photo : AdobeStock)

Coût de la vie : le salaire minimum ne suffit plus 

Par Louis-Philippe Forest-Gaudet

Le salaire minimum augmente, mais reste à la limite du nécessaire. Dans les Laurentides, logement et transport pèsent lourd sur les budgets.

Le salaire minimum atteint désormais 16,60 $ l’heure au Québec. À temps plein, cela représente environ 34 500 $ brut par année.

Or, selon une étude publiée le 30 avril par l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (l’IRIS), une personne seule doit gagner entre 33 249 $ et 44 780 $ pour vivre dignement, selon la ville. « Une personne qui travaille à temps plein au salaire minimum va avoir seulement 66 % du revenu viable », explique la chercheuse Eve-Lyne Couturier.

Le logement au cœur du problème

L’étude est claire: le principal moteur de cette hausse est le logement. « Le coût du logement est le principal facteur qui pousse vers le haut le seuil de revenu viable », souligne Eve-Lyne Couturier. Elle ajoute que les loyers augmentent plus rapidement que l’inflation, une tendance observée depuis plusieurs années.

Une pression accentuée en région

À ces hausses s’ajoute un autre facteur déterminant: le transport. Faute d’un réseau de transport en commun suffisamment développé dans les Laurentides, la voiture reste incontournable pour la majorité des déplacements, une réalité qui accentue la pression financière sur les travailleurs.

Dans un territoire étendu comme celui des Laurentides, cette dépendance est encore plus marquée.

Travailler ne suffit plus

Résultat: un emploi à temps plein ne garantit plus de sortir de la pauvreté. « Les Québécois ont généralement l’impression qu’une personne qui travaille à temps plein pourra vivre dignement. Ce qu’on voit, c’est que ce n’est pas le cas », souligne Eve-Lyne Couturier. Même avec un salaire supérieur au minimum, plusieurs ménages peinent à suivre, notamment en raison des dépenses incompressibles, comme le logement et le transport.

Des réalités bien concrètes

Derrière les données, la réalité est bien tangible pour plusieurs familles. Une mère monoparentale de deux enfants en témoigne. Elle travaille au salaire minimum et peine à joindre les deux bouts. « Tout coûte tellement cher. J’ai de la difficulté à bien nourrir mes enfants. Je vais aux comptoirs alimentaires parce que l’épicerie coûte trop cher. On va à la friperie pour nos vêtements, mais même là, ça commence à coûter cher. On ne peut jamais se faire plaisir, jamais de restaurants, jamais de voyages. Si je perds ma job, je ne sais pas comment je vais faire avec les enfants. En plus, je dois faire des ménages pour arriver à acheter tout ce dont mes enfants ont besoin. »

Dans son analyse, l’IRIS rappelle d’ailleurs que le revenu viable est nettement plus élevé pour une famille monoparentale que pour une personne seule, en raison notamment des coûts liés au logement, l’alimentation et aux frais de garde.

Un enjeu économique local

Cette pression a aussi des impacts sur les Laurentides. Les secteurs du tourisme, de la restauration et des services, où les salaires sont souvent proches du minimum, peinent à recruter. « L’écart entre les revenus et le coût de la vie fragilise la main-d’œuvre et complique l’accès au logement pour plusieurs travailleurs », souligne Pierre Veilleux, économiste.

Le logement et le transport occupent une part croissante du budget des ménages. Et pour plusieurs, même un emploi à temps plein ne suffit plus.

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