(Photo : Charles Séguin)

Vélo de montagne : La sécurité dans l’ombre des sensations fortes

Par Charles Séguin

Les adeptes de vélo de montagne sont de retour dans les forêts des Laurentides pour dévaler à vive allure leurs sentiers préférés. Ce sport en pleine effervescence se développe à vue d’œil, mais les mesures d’encadrement et de sécurité sont appelées à changer de vitesse pour suivre la cadence.

La tendance est aujourd’hui au sport extrême. « Les vélos sont capables d’en prendre toujours plus et les cyclistes cherchent à faire des manœuvres plus risquées », constate Flavie Lalande, chargée de projet en vélo de montagne pour Vélo Québec.

Le sport s’éloigne en effet des obstacles naturels et des sentiers étroits et vallonnés du cross-country d’autrefois. L’enduro, qui consiste à pédaler directement au sommet pour s’élancer dans des pistes de descente munies de sauts et d’obstacles, fait fureur, surtout chez les plus jeunes.

Évidemment, les nouveaux sentiers emboîtent le pas. L’usage de machinerie pour l’aménagement de sentiers est plus fréquent, les sauts sont toujours plus gros, les obstacles, plus imposants et le risque de blessure, plus élevé. Un cycliste de montagne a d’ailleurs perdu la vie à Bromont le 12 juin dernier.

De plus, le vélo de montagne a connu un essor fulgurant ces dernières années et les nouveaux sentiers bourgeonnent sur le territoire laurentien. Depuis la pandémie, une vague importante de cyclistes néophytes a inondé les sentiers. Ce sport, qui n’attirait que quelques enthousiastes, passionne désormais une foule importante de sportifs plus ou moins au courant des codes de conduite et des bonnes pratiques.

L’adaptation des mesures de sécurité à cette tendance dans les réseaux de sentiers de la région est cependant disparate. Plusieurs cyclistes rencontrés par le Journal voient grandir la popularité et les risques de leur sport et se questionnent quant à l’avenir de leur passion.

Vélo de montagne
La tendance est aux sauts plus hauts et aux manoeuvres plus risquées.

Informer avant tout

La communication est l’outil le plus important et le plus facile à mettre en place pour les gestionnaires de sentiers, selon Flavie Lalande. « Les cyclistes doivent être en mesure de juger s’ils ont les habiletés requises avant d’entrer dans un sentier », croit-elle.

Héritage Plein Air du Nord (HÉPAN) à Sainte-Anne-des-Lacs mise là-dessus pour assurer la sécurité des usagers dans ses sentiers. « À l’entrée d’une piste, on indique son niveau et les obstacles qu’elle contient », observe le président d’HÉPAN, Philippe Marchessault. « Quand on fait du vélo de montagne, on en a, des accidents, mais nos usagers roulent en pleine connaissance de cause. »

Plein air Sainte-Adèle (PASA) s’en inspire et développe la même stratégie dans ses réseaux qui sont pour la plupart de style cross-country, à l’exception du parc freeride des Pentes 40/80, qui a de quoi faire sourciller. L’été dernier, des cas de fractures à l’épaule, aux vertèbres et à la mâchoire s’y sont produits. Ce véloparc gratuit et public, qui contient des sauts de plusieurs mètres et des murs inclinés, est sans pareil dans la région. Les panneaux d’affichage sont l’unique mesure de sécurité en place.

Les panneaux à l’entrée des sentiers aux Pentes 40/80 indiquent le niveau et les obstacles de la piste.

Premiers soins

Les réseaux gérés par ces organismes bénévoles ne sont ni patrouillés, ni munis de trousse de premiers soins ou de planche dorsale. Les exploitants font confiance à leurs balises de position et aux services d’urgence en cas de blessure.

Le président de PASA, Daniel Bergeron, explique que le service des premiers répondants n’a pas jugé nécessaire que cet équipement soit installé sur place. Pour Philippe Marchessault, « une planche dorsale mal utilisée, ça peut être très dangereux ». Dans son Guide d’aménagement des véloparcs, Vélo Québec recommande pourtant qu’une trousse de premiers soins et une planche dorsale soient mises à disposition.

Selon Marc, un cycliste expérimenté, « une trousse de premiers soins, c’est la base et une planche dorsale, ce n’est pas farfelu ». « On devrait voir de l’équipement de sécurité partout », croit-il.

Ailleurs dans les Laurentides, les sentiers de Morin-Heights sont munis de trousses de premiers soins. Le MSS Bikepark, le Mont-Avalanche et le parc régional de Val-David-Val-Morin disposent tous de plans d’urgence et d’évacuation des blessés, en plus d’être munis d’équipement de premiers soins et d’immobilisation.

Les exploitants de sentiers de vélo de montagne ne jouent cependant pas à armes égales. Les parcs de vélo de montagne les mieux équipés sont souvent privés ou situés sur le territoire d’un centre de ski dont les dispositions de sécurité sont déjà en place et disponibles. La tarification varie elle aussi grandement.

Uniformité

Les réseaux de vélo de montagne poussent comme des champignons et l’évaluation du niveau de difficulté des sentiers est loin d’être uniforme. Difficile pour les usagers de déterminer s’ils ont les aptitudes nécessaires avant de s’engager.

Cet été, Vélo Québec mettra en place cet été une grille de classification. Les organisateurs pourront s’y référer pour déterminer le niveau de leurs sentiers. Tous les gestionnaires de réseaux contactés par le Journal se sont montrés ouverts à suivre cette grille et à tenter d’adapter la classification de leurs sentiers.

« Nous allons considérer les recommandations de Vélo Québec », assure Daniel Bergeron. L’uniformité de la classification ne semble cependant pas être dans sa mire. Il préfère l’adapter au niveau de difficulté général des sentiers de Sainte-Adèle.

Vélo Québec déploie une panoplie d’outils de standardisation, de guides et de formations en matière d’aménagement et de gestion de réseau de sentiers. Des ressources pour la formation d’instructeurs et l’encadrement des activités récréatives sont aussi en développement, assure Flavie Lalande.

Puisque « Vélo Québec ne se positionne pas comme administrateur des sites », les gestionnaires de sentiers sont libres d’utiliser ou non les outils et les recommandations de Vélo Québec, qui sont souvent payantes.

Le respect des normes et des recommandations de Vélo Québec en matière de sécurité est tributaire de la volonté des gestionnaires. Flavie Lalande assure toutefois avoir une « belle collaboration » avec eux.

Si d’autres sports de plein air comme le ski ou l’escalade sont sujets à un encadrement strict et centralisé, pour le vélo de montagne, c’est encore le far west.

La vieille école

Les directeurs d’HÉPAN et de PASA ne souhaitent pas suivre la tendance à l’extrême. Ils tiennent mordicus à conserver le style cross-country de leurs sentiers. M Marchessault avoue même avoir dû fermer des portions de sentiers et se battre contre des utilisateurs qui en voulaient davantage.

« En développant les pistes du mont Loup-Garou, on veut conserver le style des autres sentiers de la ville », explique Daniel Bergeron. Des pistes de sauts et de descente ont tout de même été aménagées « toujours à proximité d’un chemin d’accès pour que les secours puissent y être dépêchés rapidement ».

Ces gestionnaires font le pari de restreindre l’expansion de leur réseau pour conserver leurs usagers habitués. Cette philosophie n’est évidemment pas partagée de tous. L’ouverture d’une douzaine de kilomètres de sentiers de style enduro au Sommet Morin-Heights et le tout nouveau réseau au Mont-Blanc témoignent d’un appétit encore grandissant pour les jumps, les drops, les slabs, les wallrides et les gaps.

Pour Philippe Marchessault, la venue d’un encadrement plus strict et uniforme est inévitable. Son réseau est d’ailleurs l’un des derniers à demeurer gratuit, « mais la situation pourrait changer éventuellement ».

Daniel Bergeron, lui, juge que le niveau de risque varie et que les dispositions de sécurité doivent être proportionnelles à celui-ci. « Certains réseaux cross-country sont étendus, avec plusieurs points d’entrée. La réalité est différente dans un véloparc sur une montagne de ski alpin », croit-il. Si les risques semblent moins élevés dans ces réseaux qu’il qualifie d’étendus, ceux-ci représentent tout de même un défi d’évacuation plus important.

Même si les accidents font partie du jeu, les installations et l’encadrement sont appelés à changer au grand dam des cyclistes expérimentés et habitués. Alors que les sentiers se complexifient et se diversifient, que la communauté grandit et que les retombées économiques augmentent, le vélo de montagne n’est plus le sport marginal qu’il était. Le développement du sport est donc une arme à double tranchant qui appelle tous les passionnés, anciens et nouveaux, à réfléchir aux moyens de faire cohabiter la sécurité et les sensations fortes.

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