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Un Noël splendide

Par Mimi Legault

Voilà. Un petit Africain vint porter à son enseignante, un coquillage pour Noël. Il avait parcouru plusieurs kilomètres à pied. Son prof parut étonnée. Alors le jeune garçon lui dit : la longue marche fait partie du cadeau… Fin de l’histoire. Les deux jumeaux se regardèrent, l’air entendu.

– Te fatigue pas, papa. On avait compris. Pas besoin de nous faire un dessin, lui dit Félix.

– Ouais, on a pigé, renchérit sa sœur. Cette année, t’as pas de sous pour les cadeaux. On a remarqué ! Ça fait deux semaines qu’on te voit jongler. Et quand on revient de l’école, tu es là maintenant à nous attendre. On n’est plus des bébés la la, tu sais…

Paul sentit un pincement au cœur. Soudain, il n’avait plus rien à dire.

– On fera comme l’an passé quand on n’avait pas d’argent pour t’offrir un cadeau. Tu te souviens, p’pa ?

S’il se souvenait ? Félix lui avait offert deux piles batterie AA avec la mention : cadeau non compris… Et Agnès lui avait enveloppé un livre d’aventures; sur la carte, c’était écrit : à remettre dans deux semaines à la bibliothèque. Il se mit à rire.

Vous avez une idée pour Noël ? Tous les trois décidèrent dès le lendemain d’aller dénicher sur la terre d’un ami de Paul un beau sapin. Ce qui fut fait sans trop de difficultés. Comme guirlandes, ils prirent des grains de maïs roses et blancs qu’ils enfilèrent sur une longue corde. Puis, ils trouvèrent dans une boîte un seul set de lumières qui, ô miracle, fonctionnait. C’était mieux que rien.

Et là, Félix et Agnès eurent une idée de génie. Cette fois, c’est eux qui amenèrent leur père dans le salon et lui firent un café (le plus mauvais café qu’il n’avait jamais bu…). Agnès prit la parole.

On va se faire des cadeaux en images. Tout ce qu’on aimerait se donner les uns aux autres. Toi Félix, tu es bon pour dessiner; papa et moi, on pourrait en découper dans des revues ou des catalogues.

Durant les quelques jours suivants, la maison bouillonna d’une secrète activité. Le matin de Noël, l’arbre avait une assez belle allure, même que l’habile Félix avait confectionné une étoile argentée qu’il avait déposée sur la cime de l’arbre.

Mais surtout, on n’avait jamais vu un arbre de Noël entouré d’autant de cadeaux qui dépassaient leurs rêves les plus audacieux. Félix découvrit une auto, une Cadillac, ses phares scintillaient, un bâton de hockey et des patins flambants neufs ! Une poupée parlante pour Agnès avec une garde-robe digne d’une princesse. Les enfants offrirent à leur père un attirait de camping avec un coffre à pêche. Et Félix avait peint sur un grand carton, la maison de rêves pour la famille. Agnès arriva elle aussi avec une grande feuille blanche; elle avait malhabilement dessiné ce qui semblait être trois personnages étroitement enlacés. Et tout en bas, quatre lettres bien imprimées : NOUS.

Pendant bien des années, ce 24 décembre demeura imprimé dans le cœur de ce trio chaleureux. Et même si leur père réussit à se trouver un emploi encore plus lucratif, le Noël 1961 demeura gravé dans le cœur de ses enfants pour toujours.

 

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