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Des canots faits à la main depuis 77 ans à Prévost

Par Simon Cordeau

Depuis 77 ans, trois générations de Gariépy se succèdent à la barre des Canots Nor-West. Dans leur atelier de Prévost, sur le bord de la route 117, ils fabriquent des canots entièrement à la main. Visite avec le copropriétaire Dominique Gariépy.

« J’ai grandi ici. Mes grands-parents habitaient cette maison », raconte Dominique. Enfant, il allait à l’école qui se trouve à quelques rues. « Je finissais l’école et je venais ici. C’était ma cour de récréation. »

C’est son grand-père, Augustin Gariépy, qui a fondé les Canots Nor-West en 1945, à la même adresse où se trouve encore l’entreprise. À sa mort en 1994, ses fils Jean, Robert, Roger et François ont pris la relève. Puis en 2012, ce fut le tour de Dominique, fils de Robert, et de Carle, fils de Jean, de reprendre le flambeau.

« Une bonne paire de mains »

Ici, toutes les étapes de fabrication sont réalisées à la main, par 15 employés. Du début à la fin, chaque canot prend une dizaine de jours à produire, et il en sort environ quatre par semaine de l’atelier.

Présentement, Canots Nor-West vend seulement dans le Grand Nord. « Comme nos carnets sont bien pleins, on fournit seulement nos distributeurs », explique Dominique. Les particuliers doivent donc passer par eux pour se procurer un canot.

Avec ses carnets déjà remplis pour 2022 et même 2023, l’entreprise pourrait grandir. Mais Dominique sait que, depuis toujours, la demande change d’année en année. « On produira 170 canots cette année. On en a déjà vendu 200. Mais dans trois ans, on va peut-être en vendre juste 120 », illustre-t-il. Dans les années 1980-1990, l’entreprise pouvait produire jusqu’à 400 canots par année.

Dominique ne considère pas automatiser des étapes de sa production. En fait, il ne voit pas lesquelles pourraient l’être. « Peut-être avec une machine à un million de dollars. Rendu là, aussi bien faire travailler quelqu’un. Il n’y a rien de mieux qu’une bonne paire de mains », lance-t-il en riant.

Des canots solides

La première étape, c’est le débitage. On coupe d’abord des planches de cèdre blanc du Québec qui seront ensuite aplanies, pour en faire des lattes. « Le cèdre, c’est un bois très léger, facile à travailler et qui n’a pas tendance à pourrir. Il est résistant à l’eau », explique Dominique.

Un peu plus loin une chaudière, alimentée de copeaux de cèdre, produit de la vapeur. Celle-ci est utilisée pour plier les lattes qui formeront la coque du canot. « En même temps, ça nous sert de chauffage l’hiver. » Mais aujourd’hui, les grandes portes sont ouvertes, laissant entrer la lumière et l’air frais de septembre dans tout l’atelier.

Sur des moules de 20, 22 et 24 pieds de long, on fixe d’abord les maîtres et les varangues. Puis les lattes sont clouées une à une, avec des clous de bronze vissés. « Ça fait des canots solides », explique François, qui a 37 années d’expérience. Il estime qu’il faut entre 6 000 et 7 000 clous par canot. À deux ouvriers, ça leur prend une journée par canot, juste pour cette étape.

Puis on retire le canot du moule. « Lorraine donne vraiment la forme du canot et la bonne largeur », explique Dominique. Pour ce faire, elle fixe les bords, ferme le devant et pose l’arrière en acajou. Le devant est pointu, mais l’arrière est plat, pour y installer un moteur.

Ensuite, c’est l’entoilage. On fixe le canevas de coton sur l’extérieur du canot, puis on le traite avec deux couches d’époxy. Cela vient bien isoler le canot et le rend plus résilient. Une fois le séchage terminé, on met deux couches d’apprêt.

Enfin, on installe les quilles sous le canot, qui servent à stabiliser l’embarcation et l’aide à garder sa direction. Pour terminer, on fixe les sièges et on met la couche de finition. Après l’emballage, le canot est fin prêt à l’expédition.

Et ces canots sont faits pour durer. « Les Inuits peuvent l’utiliser de 15 à 20 ans », précise Dominique.

Quelle époque?

Les canots sont toujours fabriqués comme Augustin les faisait, mis à part quelques améliorations comme les clous spéciaux, la colle et quelques changements à l’entoilage, explique Dominique. Pas besoin non plus d’un diplôme en ébénisterie pour mettre la main à la pâte. « Ce n’est pas quelque chose de compliquer, mais il faut prendre le temps de l’apprendre comme il faut. » La pénurie de main-d’œuvre, cependant, cause des difficultés depuis quelque temps.

Avant, l’atelier avait même une forge pour les pièces de métal. Mais le charbon utilisé n’était pas bon, et le temps manquait pour faire les pièces. Dominique est donc allé voir un forgeron à Saint-Jérôme. Il lui demande : « Avec quoi tu chauffes ton métal? » Le forgeron, confus, lui répond : « Tu viens d’où? » « Prévost. » « Non, quelle époque? » Il montre ensuite à Dominique qu’il peut produire ses pièces en deux minutes, simplement avec une plieuse. « Donc j’ai acheté une plieuse! », raconte-il en riant.

Pour marquer le 75e anniversaire des Canots Nor-West en 2020, l’artiste prévostois Jean Chalifoux a réalisé le documentaire L’Idée d’Augustin, sur l’entreprise familiale et ses trois générations de Gariépy.

Le documentaire est disponible en ligne : vimeo.com/685925548/748b1c3603 Il sera aussi diffusé sur NousTV, les 30 septembre, 1er et 2 octobre à 12 h 30, 17 h 00 et 23 h.

Le documentaire sera conservé par Histoire et Archives Laurentides (HAL).

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