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Les employeurs à court de solutions

Par Ève Ménard

À peine remis de la pandémie, les employeurs font maintenant face à un autre défi de taille pour lequel ils peinent à trouver des solutions : la pénurie de main-d’œuvre. Ça touche toute la province et tous les secteurs.

À Sainte-Adèle, Louis Desjardins, propriétaire du restaurant Spago, a eu à « sacrifier » ses midis pour ouvrir tous les soirs. « Je perds des revenus le jour. En rentabilité, c’est difficile », admet-il. Ce dernier travaillait d’ailleurs dans les cuisines ou sur le plancher presque tous les soirs de l’été pour aider son équipe. 

Au Manoir Saint-Sauveur, l’embauche de personnel en entretien ménager est particulièrement difficile. Chaque matin, des femmes de chambre arrivent de Montréal en autobus, puis repartent le soir, malgré des coûts significatifs associés au transport. C’est la seule option, actuellement, pour maintenir les services, explique Annie Drouin, directrice de la Chambre de commerce et de tourisme de la Vallée de Saint-Sauveur.

John Tittel est président de la Chambre de commerce et d’industrie de Saint-Jérôme métropolitain. Il est aussi directeur chez Magnus Poirier, une entreprise en services funéraires. Il raconte qu’actuellement, il manque de personnel pour « n’importe quoi », qu’il s’agisse de servir la clientèle, d’accueillir les familles ou de conduire les fourgons. 

Surenchère des salaires 

La pénurie de main-d’œuvre étant généralisée, la compétition est féroce entre les entreprises pour non seulement attirer les talents, mais aussi assurer leur rétention. Cet été, c’était « la guerre des plongeurs », donne en exemple Louis Desjardins.  

Auparavant, le salaire de ses travailleurs se situait entre 14 $ et 15 $ de l’heure environ. « On n’a pas eu le choix de monter ça à 18 $ de l’heure pour pouvoir fonctionner. En augmentant ces salaires, on a dû augmenter ceux des autres également, comme les serveurs ou les cuisiniers. Ça allait bien parce que les gens étaient au rendez-vous cet été dans les restaurants, mais ces salaires, on ne peut plus les baisser. Et à l’automne, l’achalandage est moins important. Ce sera un autre défi », indique M. Desjardins. 

Annie Drouin ajoute qu’il est particulièrement difficile de retenir les employés dans le secteur touristique. Une grande partie de l’économie des Laurentides repose sur le tourisme, les commerces et les restaurants. Or, ce secteur est plus « volatile », indique-t-elle. « Quand les travailleurs sont moins qualifiés, la seule manière pour eux d’augmenter leur salaire, c’est d’aller au plus offrant. »

Le secteur récréotouristique semble aussi touché par la réorientation des jeunes dans la région. Élise Lamarche est directrice au Carrefour jeunesse-emploi des Pays-d’en-Haut. Dans leurs services d’aide à l’emploi, l’organisation offre le choix aux jeunes de retourner aux études ou de chercher un emploi. Entre le 1er avril 2021 et le 31 mars 2022, 72 % des jeunes ont intégré des études, comparativement à seulement
28 % qui ont intégré un emploi. « C’est encourageant, parce que les jeunes se qualifient. Mais quand les jeunes sont aux études, ils ne sont pas nécessairement en emploi aussi. Donc la pénurie s’accentue dans les secteurs d’activité plus touristiques », souligne Mme Lamarche. 

Les effets du coût de la vie 

La surenchère des salaires est aussi intrinsèquement reliée à la hausse du coût de la vie, remarque les différents experts. John Tittel décrit ici un cercle vicieux : d’un côté, les gens ont besoin de gagner davantage d’argent, vis-à-vis une hausse du coût de la vie significative. Ils demandent donc des salaires plus élevés. Or, en élevant les salaires, les employeurs doivent compenser ailleurs; ils augmentent donc le prix de leurs produits. « Il n’y a pas de solution évidente et immédiatement apparente », déplore M. Tittel. 

Augmenter les salaires engendre effectivement des pertes de revenus pour les entreprises.

Pourtant, ils ne voient pas d’autres issues. « Le père de famille qui a une voiture, un logement et des enfants va calculer ce dont il a besoin, et il va nous dire qu’il ne veut pas travailler en-deçà de tel montant. Dans la situation où nous sommes, on dit oui à n’importe quoi. On est pris en otage », explique le propriétaire du Spago. 

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