Quand la maison se fond dans le paysage
À La Conception, cette résidence de l’architecte Nicolas Chaudier a été pensée pour se fondre dans la nature grâce à son revêtement en cèdre, qui s’inspire des formations rocheuses naturelles. Incursion dans ce chalet qui s’inscrit dans son époque contemporaine.
« Ce qui m’a inspiré, c’est bien sûr le programme des clients, mais aussi la nature que je retrouve sur le terrain et la façon dont celui-ci est constitué », rapporte Nicolas Chaudier, architecte. Située dans le domaine Chic Shack, la résidence est surélevée et offre une vue sur la chaîne de montagnes, surtout en hiver. « On souhaitait faire une coupe d’arbres stratégique, donc en couper le moins possible pour préserver l’intimité et le sentiment d’être en forêt, tout en ayant une belle vue sur les montagnes. »
Les propriétaires de la résidence souhaitaient l’utiliser pour faire de la location à court terme, puis l’occuper plus tard comme maison de retraite. Il y avait donc un défi : ajouter des aspects « poignants » qui améliorent la location, tout en intégrant suffisamment de rangement pour que la maison soit viable au quotidien. « La maison a donc été dessinée dans cet esprit-là. »

S’intégrer dans la nature
Pour ce projet, l’architecte s’est inspiré de la porosité naturelle. « Avec le temps, certaines pièces de bois se dégradent, ce qui permet de créer un motif de stratification. Dans le bois qui a vieilli, il y a comme une espèce de légèreté. On est capable de creuser la matière. Dans ce cas-ci, les strates me permettaient de faire une série de couches superposées, qui sont exprimées par le revêtement extérieur », explique-t-il.
Le revêtement extérieur est fait de cèdre, qui grisonne avec le temps. « Ce grisonnement le protège contre les intempéries et lui permet d’éviter la pourriture. C’est une matière intéressante pour éviter un entretien régulier et avoir l’esprit tranquille pour plusieurs années. »
« On a voulu pousser cette expression plus loin avec le chevauchement des planches et l’avancée de certains solins de toiture », indique l’architecte. Cela permet de créer des jeux d’ombre et un écoulement inégal de l’eau. Ainsi, on observe que le revêtement est d’abord plus beige, puis plus gris et, finalement, noir dans le bas des planches. « Avec le temps, la maison change et évolue, en mettant de l’emphase sur les stratifications. »
La forme de la maison est composée de plusieurs volumes qui avancent et reculent, ce qui donne « toute l’expression à la maison et la rattache au concept de porosité », rapporte Nicolas Chaudier. « Ces avancées et reculs permettent entre autres de gérer les intempéries et l’ensoleillement. Ainsi, en été, les porte-à-faux permettent de couper la lumière trop chaude du sud, mais laissent entrer une lumière intéressante de début ou de fin de journée. L’hiver, le soleil du sud entre plus pleinement dans la maison, ce qui permet de chauffer une partie de l’espace », explique-t-il. Ces jeux de recul ont aussi permis la création d’un toit-terrasse.
Le parcours de la maison
Avec environ 1 200 pieds carrés de surface intérieure, la conception de cette résidence venait avec une contrainte d’espace. « L’idée était de créer une intimité visuelle et acoustique pour les trois chambres à l’étage, par rapport aux espaces de vie. » Lorsqu’on entre dans la maison, on arrive dans le vestibule, qui donne directement sur le salon, la salle à manger et la cuisine. Ensuite, l’architecte souhaitait créer un parcours vers les chambres par un escalier caché.
« Dans un parcours architectural, c’est toujours intéressant d’avoir des moments d’ombre et des moments de lumière. Le parcours sera plus magique et sensoriel. En architecture, on va parler de compression et de décompression, quand on passe d’un espace tout petit à un grand. Il y a comme un sentiment de légèreté. C’est de jouer avec ces effets dans le parcours d’une petite maison, pour créer de la surprise », rapporte Nicolas Chaudier.
Alors que la cuisine et le salon se retrouvent dans le même espace ouvert, l’architecte souhaitait créer deux ambiances propres à chaque pièce. « Avec la fenêtre, le porte-à-faux et son mobilier intégré, on retrouve une ambiance chaleureuse dans le salon. Puis, quand on arrive dans l’espace cuisine, on a une tout autre ambiance avec le grand vitrage mur à mur. L’idée était d’avoir deux énergies différentes dans un espace connecté », explique-t-il.
Les plafonds en bois au rez-de-chaussée amènent de leur côté une chaleur à l’endroit. « Depuis l’extérieur, on est vraiment dans une sculpture en bois. Ça devenait donc important que le plafond du rez-de-chaussée soit également en bois pour qu’on puisse sentir cette continuité entre le revêtement extérieur et intérieur », souligne Nicolas Chaudier. De plus, la dorure du bois se reflète sur les murs le soir avec l’éclairage et change aussi la coloration de la lumière.

Un accès à l’extérieur
Quatre espaces permettent de profiter de l’extérieur. D’abord, l’entrée, couverte par sa marquise, offre un endroit protégé des intempéries. Ensuite, une dalle de béton donnant sur la salle à manger permet de profiter du soleil ou de manger à l’extérieur, puisqu’il s’agit de l’endroit le plus ensoleillé. Adjacente à la cuisine, une autre terrasse couverte permet de manger à l’abri. « Il est possible de transformer cette terrasse en y ajoutant des moustiquaires ou même un chauffe-terrasse au plafond pour en profiter même durant les saisons froides », explique-t-il.
Puis, à l’étage, on retrouve une terrasse annexée à la chambre des maîtres, qui offre donc un espace plus intime et une vue sur la cime des arbres. « Ça nous permet de voir la forêt différemment et de voir davantage le ciel. Et en hiver, on a une vue sur les montagnes », souligne l’architecte.
Pensée en dialogue avec son environnement, la résidence évolue ainsi au fil des saisons et du vieillissement naturel de ses matériaux. Entre jeux de volumes, lumière et espaces extérieurs, l’architecture cherche moins à s’imposer dans le paysage qu’à y trouver sa place.