TGV à Mirabel : l’UPA Outaouais-Laurentides octroie 10 000 $ à Écoute Agricole
Par Luc Robert
La Fédération de l’Union des producteurs agricoles (UPA) Outaouais-Laurentides octroie 10 000 $ à l’organisme de soutien psychologique Écoute Agricole, pour prévenir l’angoisse des agriculteurs.
Derrière les tracés potentiels du TGV, plusieurs familles rurales sont plongées dans l’incertitude, avec la menace de perdre leur gagne-pain et leur milieu de vie, s’ils étaient expropriés.
Dans ce contexte, le regroupement a lancé un appel clair au gouvernement fédéral, en lui rappelant « qu’aucun projet d’infrastructure ne doit se faire au détriment des terres agricoles et des communautés qui les habitent. Il faut au contraire les préserver », a écrit le syndicat dans un communiqué.
« On a rencontré les libéraux fédéraux. Il y a trop d’inconvénients reliés à ce projet, pour des hommes d’affaires qui se rendent une fois par année à Toronto et à Ottawa. Pour être subventionnés dans nos projets agricoles, le gouvernement nous impose des obligations de biodiversité et d’environnement, ce que Ottawa ne veut pas faire en suspendant des articles de lois existants avec le TGV. Nos membres n’ont rien à gagner là-dedans : ce sera juste du monde aisé qui se promènera, pas les gens ordinaires locaux. Je prédis que ce projet coûtera plus que les 90 M$ anticipés. Le TGV, c’est se payer une Cadillac pour aller au dépanneur du coin, défrayée par les petits contribuables », a tonné en entrevue M. Stéphane Alary, président de la Fédération de l’UPA Outaouais-Laurentides.
Aux différents bureaux de l’UPA, une certaine détresse psychologique est déjà observée parmi les agriculteurs.
« Dans le contexte actuel, soutenir les travailleurs de rang s’impose. Certains ont blâmé l’UPA d’avoir mis du temps à réagir, mais il nous fallait les données de l’ensemble du dossier TGV. Sur le terrain, le stress et l’anxiété liés au projet sont déjà bien présents… et la haute saison n’est même pas commencée. Les incertitudes l’entourant viennent ébranler profondément le moral des productrices et des producteurs, déjà mis à rude épreuve par les défis constants liés à leur rentabilité. Et parmi les grands agriculteurs, plusieurs ont mis un arrêt aux améliorations qu’ils voulaient entreprendre sur leurs terres, au cas ils perdraient leurs investissements par expropriation », a évoqué M. Alary.
Relève craintive
L’adoption par le gouvernement fédéral de la loi C-15, qui permet d’accélérer la réalisation du projet de TGV en contournant des dispositions de la Loi sur l’expropriation, est reçue comme un coup de massue pour les producteurs des Basses-Laurentides.
« J’ai acheté ma ferme en 2024. C’est un projet de vie… et on me dit déjà que je pourrais être expropriée. Si le TGV passe près de ma ferme, le bruit pourrait blesser mes animaux, nuire aux abeilles et affecter notre production de fleurs. Mes investissements actuels, même en bâtiments, sont pensés pour être déménagés si nécessaire », a expliqué avec inquiétude Mme Gaëlle Proulx, propriétaire de la Ferme Gypsy Queen, à Brownsburg-Chatham, qui pourrait être située dans le corridor de 10 kilomètres proposé par Alto.
En parler
Créé en 2015, Écoute Agricole a pour mission de promouvoir la santé mentale et offrir des services psychosociaux de soutien et d’accompagnement de proximité à la communauté agricole. Depuis sa fondation, elle est venue en aide à plus de 600 personnes, par l’entremise de ses travailleurs et travailleuses de rangs, qui vont à leur rencontre pour les aider à retrouver l’équilibre. La subvention de 10 000 $ semble bienvenue.
« Par ce don, on aide Écoute Agricole, qui effectue du très bon boulot pour rassurer des personnes plus sensibles à l’incertitude actuelle. L’UPA veut être proactive et déstresser le monde. C’est comme la suggestion de gare TGV à Mirabel : ça engendre encore des craintes de voir un paquet de monde venir s’établir sur nos terres, au lieu de demeurer en ville et de densifier. Je le répète : il faut protéger nos terres ! » a achevé M. Alary, dont l’organisme représente plus de 3400 productrices et producteurs agricoles, œuvrant dans près de 2300 entreprises agricoles à Montréal, Laval, dans les Laurentides et en Outaouais.