| Par Simon Cordeau

Les apparences trompeuses dans Rouge avril

Les auteurs Sylvain Lemay et André St-Georges jouent avec les codes du polar, utilisent la mise en abime, s’inspirent de leur région de l’Outaouais, et s’amusent à mêler réalité et fiction, dans leur deuxième bande dessinée réalisée ensemble : Rouge avril.

Comme média, la bande dessinée permet aux auteurs une grande liberté, et ceux-ci ne se sont pas consignés à un format préétabli. Comment Sylvain Lemay définirait- il son ouvrage? Il réprime un rire.

« Ce n’est pas la première fois qu’on me pose la question. J’ai de la difficulté à le définir moi-même. »

M. Lemay continue. « Ça nous ressemble vraiment. On s’intéresse à la bande dessinée, on veut raconter des histoires et raconter l’Outaouais. C’est éclectique avec plein de références à la politique, à la littérature, au vrai et au faux. On s’est beaucoup amusés à faire ça, et on espère que le lecteur aura aussi du plaisir à tout décoder. »

Fausses pistes

La bande dessinée s’ouvre dans une libraire, avec un client mécontent. Il veut se faire rembourser son livre, L’Automne à Pékin de Boris Vian, parce que l’ouvrage n’a rien à voir avec Pékin.

Sylvain Lemay et André St-Georges jouent avec la frontière entre réalité et fiction dans Rouge avril.

Sylvain Lemay et André St-Georges jouent avec la frontière entre réalité et fiction dans Rouge avril.

De la même manière, Rouge avril se déroule durant le printemps érable, mais… « Ce n’est pas nécessairement sur le prin-temps érable. Les apparences sont trom-peuses. C’est un peu ce qu’on avait fait avec Pour en finir avec novembre », explique M. Lemay.

L’intrigue est aussi parsemée d’indices, comme dans un polar. « Je lis beaucoup de romans policiers. Ajouter du mystère, c’est une manière d’intéresser le lecteur. […] J’aime ouvrir des pistes et les explorer, et j’aime jouer avec la perception. On pense comprendre ce qui nous entoure dans la vie, mais ce n’est pas nécessairement le cas », estime M. Lemay.

La BD dans la BD

Avec Rouge avril, les auteurs aiment aussi se mettre en abime. Après tout, la bande dessinée qu’ils ont écrite porte sur… l’écriture d’une bande dessinée. « J’aime bien brouiller la frontière entre la fiction et la réalité », admet M. Lemay.

Aussi, les deux protagonistes ont d’étranges similarités avec les deux auteurs. Dans l’ouvrage, le professeur de littérature Réal Petit demande l’aide de Gaston, son ancien élève qui étudie maintenant en bande dessinée. Dans la réalité, Sylvain Lemay enseigne à l’UQO et André St-Georges est un des premiers diplômés du programme de bande dessinée que M. Lemay a fondé.

Mais Réal Petit n’est pas Sylvain Lemay, précise M. Lemay, puisqu’il est lui-même dans la bande dessinée. « C’est un peu une manière de nous dédouaner. » Mais on sent que M. Lemay aime ce jeu où il brouille les pistes. « Je me rends compte que ça peut être dangereux. J’ai lu une critique de Rouge avril, et le journaliste termine l’article en disant que c’est autobiographique. Mais pas du tout! Je n’ai pas couché avec mes étudiantes, et je n’ai pas plagié mon mémoire de maîtrise », se défend-il… comme Réal Petit dans son ouvrage!

Sans rire, M. Lemay prévoit un troisième ouvrage avec André St-Georges, dont le synopsis est déjà écrit, et où il souhaite aller encore plus loin.

« J’ai envie de jouer encore plus avec cette frontière-là. »

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