(Photo : Archives)
Le Centre de détention de Saint-Jérôme.
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Saint-Jérôme : Des gardiens veulent une aide psychologique à la prison

Par Luc Robert

La détresse psychologique semble réelle chez certains gardiens de prison provinciaux. Plusieurs lorgnent un emploi ailleurs, aux centres de détentions fédéraux, ou à un simple changement de carrière.

Un drame est récemment survenu au centre de détention provincial de Saint-Jérôme. Un chef d’unité a commis l’irréparable le 13 octobre dernier en s’enlevant la vie. Plusieurs facteurs auraient causé ce geste, estime des bagnards qui préfèrent taire leur nom.

« Il y a un climat de travail douteux, de l’intimidation subie de certains détenus, la rémunération, des confrontations avec la direction et surtout un manque d’employés. Ce sont des raisons qui font que notre métier de gardien de prison ne figure pas parmi les préférés », a expliqué un gardien.

Manque de personnel

Le Centre de détention de Saint-Jérôme a embauché une dizaine de nouveaux agents. Toutefois, la situation ne semble pas s’être améliorée depuis.

« Il y a de la détresse psychologique chez des employés. Plusieurs partent en maladie et on n’a même pas de remplaçants pour combler leur perte. On est pris avec le même phénomène que les infirmières, le TSO (temps supplémentaire obligatoire). On appelle cela à l’interne « se faire geler », parce qu’on n’a pas le choix de l’accepter. Le manque de personnel est tellement récurant que plusieurs regardent ailleurs ou veulent tout sacrer ça là », a confirmé un confrère.

Transfert vers les prisons fédérales

Nos deux sources soulignent encore aimer leur métier, mais que les risques valent de moins en moins la peine de le pratiquer.

« Plusieurs s’informent des possibilités de transfert vers les prisons fédérales. Avant, l’écart salarial entre les deux niveaux de métier se situait à environ 5 000 $. De nos jours, on parle d’un écart de près de 20 000 $. C’est énorme : au provincial, on perd des plûmes à chaque année. Même le Nouveau-Brunswick, dont les conditions de travail des gardiens étaient réputées moins bonnes que les nôtres, a effectué le rattrapage », a évoqué un gardien.

Nos deux sources ont-elles l’intention d’aller travailler aux établissements carcéraux fédéraux à cause du contexte actuel ?

« Dans mon cas, l’ancienneté vaut son pesant d’or et je veux effectuer mes dernières années avant la retraite sans heurt. Il n’est pas question de retomber au bas de l’échelle aux prisons fédérales. Mais les jeunes diplômés, on a de la misère à les retenir. Ils veulent des hautes conditions de travail et être reconnus aux meilleurs salaires dès leur arrivée. C’est particulier. »

Sécurité dans la prison 

Tout comme pour les patients des hôpitaux, ce sont des services aux détenus et la sécurité même des employés qui pourraient être remises en cause.

« Nous sommes toujours en nombre inférieur comme employés, mais la direction nous oblige à continuer d’offrir les mêmes services aux gens incarcérés. La direction joue avec le feu, vis-à-vis notre propre sécurité. Oui, les gardiens provinciaux qui patrouillent à l’extérieur des murs sont maintenant armés et en uniformes depuis les meurtres de Pierre Rondeau et de Diane Lavigne. Mais à l’intérieur des prisons provinciales, c’est plus dangereux parce qu’on accueille toutes les clientèles, dont les prévenus jusqu’à leur sentence. Et la solution magique d’armer les gardiens à l’intérieur me semble un couteau à deux tranchants. Quand tu évolues à deux gardiens parmi un groupe de 60 prévenus/détenus, le risque est trop grand de se faire désarmer lors d’une bousculade provoquée », a soulevé notre deuxième gardien.

Ce dernier avance que plusieurs situations peuvent avoir des répercussions mentales chez un gardien. Il ne veut toutefois pas trouver une explication au désespoir du chef d’unité jérômien décédé.

« À l’intérieur, pour vraiment nous aider, on a juste le poivre de cayenne. De plus, je ne peux agir aujourd’hui avec les mêmes méthodes que les anciens gardiens utilisaient à mes débuts, il y a 30 ans. Là, la ligne est très mince et il faut souvent négocier avec les incarcérés. Leurs contestations sont plus nombreuses et un rien peut se retrouver au Protecteur du citoyen. On est pris pour résister à l’intimidation des détenus, alors que la direction ne pousse pas à nous supporter. Pourtant, elle est la première à jouer soft et à vouloir acheter la paix avec eux. Ils nous font embarquer dans un engrenage dangereux en étant trop permissifs. Tu es tellement pris entre l’arbre et l’écorce que oui, des gardiens sont affectés mentalement et craintifs. »

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