| Par Luc Robert

Piles électriques : Éviter les répercussions des possibles mines

Craignant un boom minier en régions, en rapport avec l’électrification des transports, des élus de l’Outaouais ont soumis trois mémoires au gouvernement québécois, dans le cadre de sa « réflexion sur la mise en valeur des minéraux critiques et stratégiques », mise de l’avant en novembre 2019 par le ministre Jonathan Julien.

 

Les doléances de plusieurs MRC de cette région, dont celle de Papineau, visent à conscientiser le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles du Québec (MERN), afin qu’il tienne compte des préoccupations locales, avant de permettre l’implantation de mines à ciel ouvert (dont le projet de mine La Loutre) ou autres forages exploratoires. Plusieurs sites des Laurentides, de l’Outaouais et de Lanaudière regorgeraient de graphite et de lithium, des matières indispensables à la confection de piles électriques d’automobiles.

« On doit limiter et revoir les endroits où les forages exploratoires peuvent avoir lieu. Les terres publiques occupent jusqu’à 90 % du territoire québécois et appartiennent au gouvernement provincial : pourquoi alors se concentrer sur des secteurs de villégiature, où des lacs et des milieux habités pourraient être affectés ? Il faut encore inclure aux schémas et zonages des MRC les secteurs où il n’y a pas de possibilités d’opérer et de forer. Or, la loi des mines a préséance et écrase nos schémas d’aménagements régionaux », a déploré le Préfet de la MRC des Pays-d’en-Haut, M. André Genest.

Le dirigeant espère faire passer son message au gouvernement de François Legault.

« Le ministre des Affaires municipales est sensé venir nous voir un jour (soupirs…) et nous avons ce sujet à l’agenda. Mais c’est ambigu. D’un côté, ayant été maire de Wentworth-Nord pendant 25 ans, je sais qu’il y a des minéraux intéressants chez nous, dont de la craie. Mais ce secteur n’est pas très actif. Aurons-nous droit au boom anticipé avec les minerais visant l’électrification ? ».

Secteurs visés

Sur une carte récemment diffusée aux médias, on peut clairement voir des secteurs primés par les détenteurs de claims. Mis à part le secteur de Wentworth-Nord à l’ouest, jusqu’aux limites est de la MRC des Pays-d’en-Haut, des titres miniers appartiennent déjà à des industries et à des particuliers, dans les secteurs de l’Estérel, de Sainte-Adèle et de Sainte-Marguerite. Des claims touchent aussi le secteur de Saint-Hippolyte, dans la MRC de la Rivière-du-Nord, soit au nord du lac de l’Achigan et à l’est du Lac Connelly. On se rappellera d’ailleurs que des citoyens de cette municipalité avaient manifesté dans des zones de contestations de forages en 2011, forçant un contracteur à plier bagage.

« Le problème actuel, c’est que nous disposons seulement de mesures légales temporaires, renouvelables aux six mois auprès du Centre des mines du Québec, pour faire appliquer notre résolution municipale, stipulant la délimitation des territoires incompatibles aux forages et activités minières. Je suis obligé de placer des alertes de rappels dans mon Outlook d’ordinateur, pour être certain de renouveler les mandats aux six mois », a relevé le maire de Saint-Hippolyte, Bruno Laroche, aussi Préfet de la MRC de la RDN.

Dans ces territoires, du titane, du fer et du chrome ont été identifiés comme minerais, au cours des dernières années. Du graphite serait aussi présent entre l’est de la MRC-RDN, vers Saint-Calixte, dans la MRC de Montcalm.

« Bien qu’ils aient des recours, les citoyens et les municipa-lités doivent demeurer vigilants. Mais il faut que les MRC disposent de plus de pouvoirs du provincial, pour éviter que les activités minières affectent la nature et défigurent les paysages. Par contre, je comprends que Québec ne veut pas se peindre dans un coin en légiférant fortement, car si le boom d’électrification arrive bel et bien, le gouvernement du Québec voudra exploiter ces richesses sans trop de contraintes », a fait valoir M. Laroche.

Spéculations

Plusieurs investisseurs ont flairé la bonne affaire. Des claims d’explorations minières ont été alloués entre autres à une Ontarienne, pour tester le sous-sol de terrains situés dans le canton de Wexford, dans les Laurentides.

Selon un avis publié en page 41, du journal Accès du 13 novembre 2019, ces claims comprennent une partie de l’Estérel, de Sainte-Marguerite, de Sainte-Adèle et de Saint-Hippolyte.

« Le gouvernement devrait obliger les acheteurs de titres miniers à publier des plus grandes photos et un texte explicatif visible, pas à côté de la nécrologie d’un journal, où cela risque de passer inaperçu auprès des payeurs de taxes », a suggéré M. Laroche.

Plusieurs tentatives de contacts du représentant d’Accès envers cette Ontarienne se sont avérées vaines. Son adresse courriel rebondit, alors que l’adresse de la «personne physique» du claim est un casier postal, à même un bureau de poste.

« C’est certain que des spéculateurs (trices) à la bourse s’essaient à acheter des droits miniers, en espérant les revendre si des forages présentent du gros potentiel. Je ne sais pas comment la dame a pu se faufiler pour obtenir les claims, bien avant novembre. On a envoyé notre résolution au Centre de service des mines, comme à tous les six mois, le 8 décembre dernier. On a toute la paperasse pour le prouver, mais contrairement à la réponse négative habituelle, le gouvernement a inscrit «oui» pour que les gens puissent acheter des feuillets de claims. Je ne suis pas inquiet, mais Québec semble mêlé », a ajouté M. Laroche.

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