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L'héritage d'un grand homme

Par lpbw

TRANSMISSION. À 83 ans, atteint d’un cancer des os incurable, Jacques Grand’Maison, qui se définit lui-même comme un «progressiste conservateur, un réformiste radical, toujours aux frontières du paradoxe et de la contradiction, avec une dominante de liberté», signe un dernier livre Ces valeurs dont on parle si peu un testament, son héritage, mais avant tout le legs de valeurs socles. Un dernier brûlot, avant son ultime départ.

«J’ai écrit ce livre au cours d’une longue maladie avec tout le temps nécessaire pour faire un bilan de vie. Mais vous ne lirez pas ici une autobiographie, même si j’ai puisé dans mes soixante ans de travail et sur ce que m’ont appris tant de gens de qui j’ai beaucoup reçu», note-t-il dans sa présentation.

Lors de notre rencontre, Jacques Grand’ Maison, le sociologue, le théologien, le prêtre, nous confie souhaiter partager une pensée qui l’habite, l’essence, le cœur de sa réflexion: «Après la qualité du cœur, c’est la capacité de bien penser qui sait mieux donner du sens à notre propre vie et à comprendre davantage celle des autres et notre commune humanité.»

Il ajoute, parlant de son livre : «Ce que je viens d’écrire parle de ces valeurs socles dont on a besoin en ce moment pour donner à la vie plus de profondeur, mais aussi plus de confiance. Je suis un espérant têtu!»

Et encore: «Dans une société de plus en plus émiettée et des styles de vie éclatée, on cherche des repères pertinents pour mieux agir, des valeurs inspirantes pour mieux vivre et un socle intérieur pour rebondir en confiance et une spiritualité pour croire en l’avenir.»

L’amour de l’être humain

Toute sa vie, Jacques Grand’ Maison aura été à l’écoute des autres, de la société. «J’ai le sentiment d’être à la taille de tout le monde, et en même temps d’être réceptif aux autres; et j’ai un amour de l’être humain, je suis fondamentalement un humaniste.»

Il nous confie également avoir toujours eu le souci d’accepter les réalités et celui de voir comment on peut réussir sa vie et se donner un socle solide. «Je suis un homme de terrain. C’est mon rôle d’éducateur, et comme pasteur avec une foi intelligente. J’aime écouter les gens, je suis un sociologue du quotidien.»

Pourquoi avez-vous écrit ce livre en fin de vie? «Je pense que ce livre est l’aboutissement de mes 60 ans comme éducateur, la passion de sa vie, et pasteur. Malgré ma vieillesse, je n’ai jamais eu autant de lucidité pour comprendre ce qui nous arrive», nous répond-il. Il n’aura jamais été aussi collé sur ce qu’il nomme "l’actuel, le réel".

«J’ai écrit beaucoup de livres. Comme célibataire, c’est une façon de me prolonger pour laisser un héritage», aime-t-il répéter. Il lance un message aux ainés: «Il est important de laisser votre héritage, une forme de testament spirituel de vos convictions: vous avez cette responsabilité magnifique de ressaisir votre vie, de la réfléchir, de boire à votre puits.»

Une espérance entreprenante

Et même s’il note que le plus grave problème de notre société est la superficialité, en même temps il voit un renouveau spirituel «qui débordent des églises, des mosquées des temples en ce moment des gens qui disent je me sens impuissants face à ces gros problèmes-là, mais je peux aller chercher en moi une force intérieure pour retrouver la confiance et pour dire, on bâtit ensemble.»

«C’est mon type d’espérance, une espérance entreprenante à la fois comme éducateur et comme pasteur.»

Jacques Grand’ Maison se sait condamné. «Quand on quitte cette vie, il ne reste que ce qu’on a donné…» Il nous parle aussi de cet homme, qui, mourant, disait à sa famille: «Je ne vous quitte pas, j’arrive.»

Jacques Grand’Maison – Ces valeurs dont on parle si peu. Essai sur l’état des moeurs au Québec – Carte blanche – Montréal, 2015, 136 pages.

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