| Par Simon Cordeau

Les routes laurentiennes souffrent

Les Laurentides sont la 4e région la plus populeuse du Québec. Cependant, elle arrive 9e en termes d’investissements routiers, selon une étude commandée par le Conseil des préfets et des élus de la région des Laurentides (CPÉRL). Plus alarmant encore, elle arrive 16e pour les investissements par habitant et 17e pour les investissements en proportion des accidents graves ou mortels sur les routes.

« Le CPÉRL appuie sans réserve la sortie des maires de la région le 30 juin dernier qui, à l’invitation de la mairesse de Sainte-Adèle, dénonçaient les lenteurs, la lourdeur et les lacunes du ministère des Transports du Québec (MTQ) », peut-on lire dans le communiqué du CPÉRL.

« On peut toujours se plaindre, mais maintenant, on a des vrais chiffres », ajoute Scott Pearce, président du CPÉRL, préfet de la MRC d’Argenteuil et maire du Canton de Gore, en entrevue avec le Journal. « Il est grand temps que le MTQ mette de l’avant des solutions qui passent notamment par un nouveau partenariat et partage des responsabilités en matière de travaux routiers. »

Rattrapage à faire

« Ce problème a une explication historique. Il fut un temps où la région des Laurentides était probablement prise pour acquise par l’un des deux partis [politiques], ou pas intéressante pour l’autre parti. Donc on s’est retrouvés avec de nombreuses années, voire des décennies de sous-investissements », avance Youri Chassin, député de Saint-Jérôme et président du caucus des député(e)s des Laurentides.

Il souligne que le mauvais état des routes est loin d’être un secret. « Tous les députés des Laurentides en entendent parler de leurs citoyens. Et eux-mêmes le constatent comme usagers de la route. La problématique est là et elle est connue. Elle est en train de se régler, mais ça ne se fait pas du jour au lendemain. »

Avant, entre 140 et 150 M$ par 2 ans étaient investis pour les routes des Laurentides, explique le député. « Nous, on a augmenté à 220 M$ par 2 ans en 2020, puis à 323 M$ pour 2022. Quand on double les montants comme ça, c’est un effort très important. Mais il faut aussi que les travaux se fassent. Il y a un rattrapage à faire sur l’état des routes », admet M. Chassin.

Responsabilités partagées… ou collaboration?

Cependant, les montants investis ne représentent qu’une partie de la solution, reconnaît le député. « Ça prend une meilleure collaboration avec le MTQ. Un changement de culture nous apparaît essentiel. Le MTQ a démontré de l’ouverture », assure-t-il.

Les municipalités ont d’ailleurs demandé plus de responsabilités pour l’entretien des routes provinciales qui traversent leur territoire. Comme leurs équipes sont déjà sur le terrain, elles voient les problèmes et pourraient les réparer elles-mêmes plus rapidement. 

« C’est certainement une piste à explorer. Pour le citoyen, ce qui est important c’est que la qualité des routes soit améliorée, peu importe l’ordre de gouvernement qui s’en charge », affirme M. Chassin.

M. Pearce abonde dans le même sens. « Souvent le citoyen, le contribuable, ne comprend pas qu’un chemin appartient au gouvernement du Québec. Quand les travaux ne sont pas faits ou mal faits, c’est leur maire ou leur conseiller municipal que les gens appellent pour se plaindre. »

Les maires ont aussi demandé à être compensés financièrement. « Ce n’est pas aux municipalités de payer pour les infrastructures provinciales non plus », insiste M. Pearce. Il rappelle que pour chaque dollar payé en taxes et en impôts au pays, 45 sous vont au fédéral et 45 sous vont au provincial. « Les municipalités, on nous laisse un petit 10 cents, quand c’est nous qui travaillons auprès des citoyens au quotidien. Et on en a déjà beaucoup dans notre assiette. »

Plusieurs maires aimeraient aussi avoir plus de contrôle sur les limites de vitesse, la signalisation ou les feux de circulation sur ces routes provinciales. Là-dessus, M. Chassin est plus réticent. « Pour changer des aspects de mobilité, c’est un autre enjeu. Il y a des cadres que le MTQ applique, et non sans raison. Il faut assurer une cohérence et une fluidité. »

« On veut donner plus de place aux municipalités pour travailler en collaboration. D’autre part, on veut s’assurer qu’elles aient un meilleur service à la clientèle du MTQ. Il faut que les communications soient plus fluides, plus efficaces et plus concrètes », précise le député.

Parmi les 17 régions administratives du Québec, les Laurentides arrivent :

  • 4e en population;
  • 9e en investissements routiers annoncés depuis 2016;
  • 12e en investissements routiers par kilomètre de routes sous la supervision du MTQ;
  • 16e en investissements routiers par habitant ou par véhicule;
  • 17e en investissements routiers par accident grave ou mortel.

Source : Notes sur les investissements routiers dans les Laurentides. Étude produite par Dameco pour le CPÉRL.

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