| Par lpbw

Le sens et le degré d’appartenance

NDLR. Nous poursuivons la publication des réflexions du réputé sociologue et théologien jérômien Jacques Grand’Maison. Réflexions que M.Grand’Maison a placées sous le thème "Des valeurs et repères dont on ne parle pas ou si peu dans l’état de nos mœurs actuelles".

Ils sont un test important de la qualité de la société, de ses institutions, de ses citoyens et de ses rapports humains. Et oui, l’appartenance est une valeur pivot, une nappe phréatique vitale, un repère clé pour la construction et l’évaluation du tissu social et des liens sociaux.

Il n’y a pas de développement durable sans engagement durable, ni engagement durable sans appartenance durable.

Le sens du travail

Tout au long de ma vie active, j’ai appris que les véritables et stables communautés et équipes de travail étaient les plus fécondes dans les institutions. Le sens du travail s’appauvrit quand il cesse d’être un lien social.

Bien sûr, il y a aussi des appartenances mystifiantes et antisociales quand des groupes font passer leurs propres intérêts comme si ceux-ci étaient d’intérêt général pour tous, même de bien commun, et pire encore, de portée égalitaire. On appelle cela du corporatisme. Un des pires problèmes advient quand une institution est aux prises avec des batailles internes entre groupes corporatistes. C’est particulièrement grave quand l’institution a vocation sociale. Il en va de même quand un capitalisme sauvage met à pied des centaines de travailleurs pour maximiser le profit et les revenus des actionnaires. Ceux-ci votent alors pour de plus grosses rémunérations aux pdg. On ne saurait mieux susciter la désappartenance des employés de l’entreprise.

Décrochage et désappartenance

Plus profondément et largement, on se doit de reconnaître les très nombreux types de décrochage et de désappartenance dans notre société, tout autant dans l’espace privé que dans l’espace public. De la famille jusqu’à la société civile et politique, de la non conscience morale jusqu’aux paradis fiscaux.

Autant de requêtes qui appellent l’importance de la dynamique fondamentale d’appartenances fortes et résolues. Requêtes aussi de valorisation de la dimension sociale pour contrer l’individualisme forcené dans la vie individuelle et collective.

On ne saurait passer à côté de ces graves problèmes et défis, si on veut se forger un humanisme commun comme base première de notre société. J’y reviendrai.

Pour le moment, je souligne l’interrelation des valeurs et repères que j’ai présentée jusqu’ici. Valeurs et repères ne se conjuguent pas au singulier. Il y a interdépendance entre valeurs de durée et d’appartenance et d’éducation qui commande beaucoup de temps, de développement durable, d’avenir de long terme, de conscience historique et de profondeur morale et spirituelle. Il en sera question dans les prochains articles.

P.S.: Je retiens une question qui me turlupine depuis longtemps. Se pourrait-il que la double condition de contribuable et de receveur de service s’accompagne de certaines contradictions tributaires d’une piètre appartenance à la société et au bien commun. Par exemple, maximum de services et minimum de taxes. « J’en ai pas pour mon argent. » Ce repère unique en dit long.

Un espoir! Des groupes, bien sûr, minoritaires initient des mouvements sociaux et politiques pour lutter contre les inégalités croissantes et une scandaleuse concentration des richesses. Ces luttes commencent à susciter dans nos sociétés un plus grand souci de partages et des nouveaux chantiers d’entraide. Ce sera le prochain article.

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