(Photo : Courtoisie)
La Maison de Sophia possède neuf places en hébergement et héberge actuellement 8 femmes et une adolescente.
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La Maison de Sophia fermera ses portes le 31 décembre

Par Ève Ménard

Après avoir survécu de peine et de misère depuis quelques mois, la Maison de Sophia, située à Saint-Jérôme, a dû se rendre à l’évidence : ce sera impossible de poursuivre au-delà du 31 décembre.

On rappelle qu’au printemps dernier, la Maison de Sophia, qui vient en aide aux femmes en difficulté, avait vu la totalité de son financement public coupé par le CISSS des Laurentides. Depuis, elle enchaînait les levées de fonds et continuait ses opérations grâce à des dons privés. « Mais ça s’essouffle, et c’est normal », reconnaît Lucie Mayer, secrétaire au conseil d’administration.

Des intervenantes travailleront bénévolement

L’organisme continuera d’offrir des services jusqu’au 31 décembre. Entre-temps, la ressource organisera d’autres levées de fonds pour récolter le plus d’argent possible pour arriver à cette date. Pour le moment, les intervenantes ne seront plus payées à partir du 30 novembre, faute d’argent. « Ce sont des anges. Elles vont venir faire du bénévolat. Déjà qu’elles en font beaucoup, maintenant, elles ne seront même plus payées du tout. Ça n’a aucun sens », déplore Mme Mayer.

Maison de Sophia.Présentement, la Maison de Sophia héberge 8 femmes et une adolescente, en plus de suivre à l’externe 30 à 40 femmes.

« On ne veut pas que nos femmes retournent à la rue, mais on sait qu’elles vont y retourner, et on sait aussi quelles conditions se profilent pour elles », affirme Lucie Mayer au sujet des femmes hébergées. La Maison de Sophia est la seule ressource non-mixte pour les femmes en situation d’itinérance dans les Laurentides. Selon Mme Mayer, cette fermeture forcée est une autre preuve de l’invisibilité de l’itinérance au féminin.

L’itinérance au féminin invisibilisée

Plusieurs femmes ont vécu des traumatismes importants qui les empêchent d’être en présence d’hommes, explique Lucie Mayer. « Le gouvernement ne comprend pas ça », ajoute-t-elle.

Certaines femmes préfèrent même rester dans la rue plutôt que d’aller dans un hébergement mixte. La secrétaire du conseil d’administration craint que cette réalité s’exacerbe avec la fermeture de la Maison de Sophia. La Maison de Sophia demandait 250 000$ sur un an au gouvernement, uniquement pour pallier ses besoins de base : payer les intervenantes, la nourriture ou le loyer, notamment. Lucie Mayer déplore l’inaction du gouvernement et son manque d’écoute.

« Ça prouve que la santé et le bien-être des femmes, ce n’est pas important pour eux. » Autant les intervenantes et les membres du conseil d’administration que les utilisatrices de la ressource se disent abandonnées.

« On ne veut pas que nos femmes retournent à la rue, mais on sait qu’elles vont y retourner » – Lucie Mayer

« De jour en jour, les femmes qu’on aide vont mieux. Elles se rapprochent d’un but et tout d’un coup, tout cela leur est arraché des mains, leur souveraineté, leur survie, leur résilience », affirme à contrecoeur Mme Mayer.

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