| Par Brigitte Bertrand

Je me suis sentie violée pas à peu près!

Le 20 février dernier a marqué les débuts pour l’Agathoise Marie-Renée Decelles d’une mésaventure qu’elle n’oubliera pas de sitôt.

Alors qu’elle travaillait dans une clinique dentaire à titre d’hygiéniste, Marie-Renée s’est fait voler son porte-monnaie et son cellulaire dans son sac à main, remisé à même la salle des employés. "Sur l’heure du souper, je texte habituellement mon conjoint. Ce soir-là, je ne trouvais pas mon cellulaire. Je ne me suis pas rendu compte tout de suite que mon porte-monnaie avait disparu. J’en ai pris conscience lorsque j’ai voulu payer l’essence que je venais de mettre dans ma voiture en retournant à la maison", explique-t-elle.

Angoissée, elle a immédiatement contacté sa patronne pour savoir si elle l’avait oublié au travail. Négatif. "Je suis rentrée chez moi. Je n’ai pas pensé tout de suite que quelqu’un avait pu le voler. Je me suis réveillée à 5h du matin en réalisant que c’était possible".

Elle se rend alors sur son compte accès-D de Desjardins pour voir si des transactions avaient été faites sur ses cartes. "J’ai vu que le solde de ma Visa était plus élevé. On avait fait cinq transactions de 500$. J’ai fondu en larmes, c’était la fin de ma vie!", lance-t-elle.

"J’ai immédiatement appelé chez Visa pour déclarer le vol. On m’a répondu que j’avais une carte avec NIP. On m’a demandé si j’avais donné mon NIP ou s’il était écrit quelque part dans mon porte-monnaie. Bien sûr que non! Ils ne comprenaient pas comment ç’a pu arriver", raconte-t-elle. "J’ai tout de suite annulé mes cartes de débit chez Desjardins. J’en avais une aussi chez Banque Nationale. On m’a dit là-bas de passer en faire faire une autre. Pour moi, ça ne pressait pas. C’est un compte hypothécaire", poursuit Marie-Renée.

On lui a alors conseillé d’appeler chez Equifax et TransUnion Canada. "Ce sont des machines qui m’ont répondu. Je pleurais tellement qu’elles me disaient constamment: "Désolé, nous n’avons pas bien compris votre information".

Après plusieurs minutes, on me demande mon numéro de carte de crédit! Je ne l’ai pas mon numéro, je me suis fait voler!", rage-t-elle. "Quand on appelle pour fraude, la moindre des choses serait qu’il y ait quelqu’un au bout du fil!".

Elle laisse cette étape en suspens et choisit de contacter les services policiers, sur la recommandation d’un ami. On lui demande alors les relevés de transactions de ses différents comptes afin de mettre la main sur les enregistrements vidéos. "Ils n’ont pas pu identifier la personne. La voleuse savait ce qu’elle faisait, elle portait un foulard et une tuque".

Le 22 février, Marie-Renée passera deux heures à tenter de joindre Equifax et TransUnion sans succès. "J’ai réussi à avoir quelqu’un au bout du fil, mais la personne a raccroché la ligne en disant que ce n’était pas à elle que je devais m’adresser! J’ai failli abandonner dix fois. C’est tellement frustrant de faire affaire avec des machines!".

Pas au bout de ses peines!

La jeune femme de 31 ans décide alors de se procurer un nouveau téléphone. Lorsqu’il a été activé avec mon ancien numéro, j’ai vu que j’avais deux messages. Le premier venait de Discount, qui disait que la déclaration de vol avait été approuvée par mes assurances et que la voiture de location m’attendait. Le second message était celui de La Capitale Assurances pour confirmer que la déclaration de vol de véhicule était approuvée. La voleuse a déclaré ma voiture volée! Elle a même été en contact avec la police, elle avait un numéro de rapport!", confie Marie-Renée, abasourdie. Elle téléphone immédiatement à sa courtière Karine Legault. "Karine a été vraiment géniale. Elle a noté le numéro de dossier et a pris l’affaire en main. J’ai été obligée de me rendre au poste de police à nouveau pour faire un autre rapport".

Un heureux hasard

C’est là que les choses prennent une tournure étrange. Alors que la jeune femme explique à un nouvel agent les circonstances du vol, une policière qui passait par là entend le nom de "Marie-Renée Decelles". "Elle a dit: je l’ai rencontrée aujourd’hui, Marie-Renée Decelles." Je n’en revenais pas! Je lui ai mentionné que j’étais la vraie, qu’elle avait rencontré la fraudeuse". C’était pour une toute autre affaire que la policière s’était rendue chez Discount où elle a rencontré la fausse Marie-Renée. "Elle venait chercher la voiture de location, mais sa carte de crédit a été refusée. Elle a alors dit qu’elle devait aller chercher ses enfants à la garderie, qu’elle reviendrait", explique la policière à Marie-Renée. "L’employée chez Discount a même demandé à la policière quel âge elle donnait à la femme en question. La policière a répondu entre 40 et 50 ans. L’employée a mentionné mon année de naissance (1982), mais personne n’a trouvé ça louche. Je ne comprends pas. Comment se fait-il que cette policière n’était pas au courant du dossier? N’y a-t-il pas une rencontre en début de quart pour mettre tous les policiers à jour? Moi, quand j’arrive au travail, je regarde mes dossiers… La voleuse aurait pu être arrêtée à ce moment-là, chez Discount!", se questionne la victime. Marie-Renée reçoit toutefois un coup de fil le soir même: "Les policiers m’ont dit qu’ils avaient arrêté la suspecte et qu’ils me rappelleraient pour que j’aille récupérer mes papiers". Ce week-end-là, elle avait le cœur à la fête et croyait bien que toute cette histoire était chose du passé.

Et ce n’est pas fini!

Le 24 février, Marie-Renée se rend donc à nouveau au poste de police. "Un policier m’a regardée et m’a dit: Méchante histoire hein? La banque aurait pu regarder les photos au moins! Je n’ai pas compris sur le moment…" C’est que la fraudeuse, Nathalie Tessier, s’était rendue chez Banque Nationale pour avoir une nouvelle carte. "Les policiers m’ont montré une feuille avec tous mes renseignements personnels. Le nom de ma mère, de mon père, mon numéro d’assurance sociale. Elle avait tout sur moi. Elle s’en est servie pour changer mon NIP chez Visa. Elle a aussi modifié le mot de passe de mon compte Airmiles. Grâce à ça, elle a eu accès à d’autres informations comme mon courriel. Je me suis sentie violée pas à peu près!". Avec la nouvelle carte de débit, Nathalie Tessier a retiré 500$ au guichet et fait deux achats de 200$ chez Wal-Mart. "À la banque, on m’a dit qu’elle était restée au moins trente minutes. Qu’elle a même parlé de cotiser à ses REER. C’est une enjôleuse. Ce n’était pas sa première fois, elle connaissait la game." Selon Marie-Renée, la femme a été arrêtée au Petro-Canada de Sainte-Agathe. "C’est l’employée du Discount qui l’a reconnue. Elle a appelé la police, qui s’est rendue sur les lieux. Même si elle avait appris par cœur des tas de renseignements sur moi, elle avait négligé le signe astrologique. C’est comme ça qu’ils l’ont eue!"

En tirer une leçon

Marie-Renée a bien appris de cette pénible expérience. "Je ne laisserai plus jamais ma sacoche dans la salle des employés, ni même ailleurs, sans surveillance (…) Je me souviens de cette femme. Elle m’a demandé pour aller aux toilettes. Elle a profité du moment pour usurper mes effets. Je n’ai pas envie d’être méfiante, mais je le suis devenue", de confier la jeune femme. Elle a choisi de raconter son histoire pour faire bouger les choses. "Elle connaissait bien les failles du système. Il faut que ça change si l’on veut éviter que ça se reproduise! Mon but n’est pas de mettre quelqu’un dans le tort, mais de conscientiser les gens! ", lance-t-elle. Même si les conséquences n’ont pas été trop importantes, Marie-Renée a tout de même dû se procurer un nouveau téléphone et a perdu une journée de travail. "Ma patronne Manon Routhier a vraiment été compréhensive!". Et c’est sans compter le stress engendré par l’aventure. "J’ai tout de suite jeté mon porte-monnaie lorsqu’on me l’a remis. J’avais mal au cœur juste à le regarder!"

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