(Photo : France Poirier )
Diane Richard est directrice de la CDC de la Rivière-du-Nord depuis près de 10 ans.
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« Il faut financer la mission et faire confiance »

Par Ève Ménard

Lors du dernier budget gouvernemental, un investissement de 1,1 milliard $ sur cinq ans a été octroyé aux organismes communautaires, une annonce jugée insuffisante par ces derniers. Pour les organismes, le financement est le nerf de la guerre. Il leur permet de payer leurs frais d’opération, de remplir leur mission adéquatement et dans l’idéal, d’engager du personnel.

Mais comment fonctionne le financement des organismes communautaires? Et pourquoi est-il critiqué? Nous en discutons avec la directrice de la Corporation de développement communautaire de la Rivière-du-Nord, Diane Richard.

À la mission ou par projet

Les organismes communautaires peuvent être financés de deux manières principales : à la mission ou par projet. Le premier type de financement consiste en une somme d’argent fixe et récurrente, à chaque année. Le second consiste plutôt en un financement périodique, sur des projets en particulier et d’une durée limitée.

La majorité des organismes sont financés par projet, une réalité que déplore Madame Richard. Il prend environ deux ans pour installer un projet et jusqu’à trois ans pour qu’il soit intégré. Or, ce type de financement s’étend sur une période limitée. Le projet est donc développé, des liens et des habitudes sont créés dans la communauté, et puis, « tout tombe à l’eau et tu recommences », affirme la présidente de la CDC de Rivière-du-Nord. « C’est comme si j’allais pêcher et que je remplissais un camion de poissons. Mais qu’on ne pouvait pas les conserver parce que je n’ai pas de chambre froide », illustre-t-elle.

Pour obtenir ce genre de financement, il arrive que les organismes ajustent des projets pour correspondre aux cadres gouvernementaux. Par conséquent, les organismes ne répondent plus nécessairement aux besoins du terrain, mais aux critères du gouvernement, pour recevoir l’argent nécessaire à leur survie.

À géométrie variable

La hauteur du financement et les organismes ciblés par celui-ci varient et dépendent de plusieurs facteurs, explique Madame Richard. Ça dépend de la nature de l’organisme, des personnes qui l’opèrent, de sa mission et même du contexte social . En ce moment, l’itinérance est une des priorités et des sommes sont débloquées, donne en exemple la directrice du CDC de Rivière-du-Nord.

Il existe donc des organismes très bien financés, et d’autres moins. Cette année, pour la première fois, la CDC de la Rivière-du-Nord Depuis est financé à la mission, à hauteur de 160 000$, indique Madame Richard.

En sécurité alimentaire, c’est une tout autre réalité. Il existe 11 comptoirs alimentaires dans la MRC de Rivière-du-Nord, 7 à Saint-Jérôme et 4 dans les villes périphériques. En dehors de l’aide gouvernementale, les villes peuvent aussi appuyer les organismes. Pour ces comptoirs, certaines municipalités fournissent le local ou le camion pour transporter les denrées. Cette assistance comporte toutefois certaines limites. À Saint-Jérôme, le nombre de comptoirs est trop important pour pouvoir bien les soutenir, explique Diane Richard.

Lorsqu’un organisme ne profite pas d’un soutien suffisant du gouvernement ou de la ville, il doit s’organiser autrement : il sollicite d’autres organisations et cherche des alternatives. Plusieurs facteurs peuvent influencer le succès d’un organisme pour trouver ces solutions : les contacts, la réputation des employés et de la direction, la connaissance du milieu, etc. « Il n’y a pas de politique ou de vision globale, c’est à géométrie variable pour tous », indique Diane Richard.

Négociations

Lorsque le gouvernement du Québec annonce un investissement, celui-ci est divisé par région. Ensuite, ce sont les MRC, leur préfet, leur direction et les autres acteurs régionaux qui doivent déterminer comment sera réparti l’argent dans les Laurentides, par exemple. « Tout le monde y va selon ses besoins et ses priorités », souligne Madame Richard. Avec la CDC, celle-ci est assise à la table des négociations pour représenter les intérêts des organismes de la Rivière-du-Nord.

Du moment où une annonce du gouvernement est faite, ça peut prendre jusqu’à 2 ou 3 ans avant que l’argent n’arrive dans coffres des organismes. Il arrive même qu’entre temps, le gouvernement en place ait changé.

Financer à la mission et faire confiance

Diane Richard demande que la manière de financer les organismes change. Actuellement, on parle d’un financement majoritairement par projet, avec de l’argent qui arrive d’en haut, et qui est distribué sans connaître ou comprendre les besoins spécifiques des organismes.

D’abord, la directrice de la CDC de Rivière-du-Nord souhaite qu’on parte de la base, pour aller vers le haut. En d’autres mots, les organismes devraient pouvoir exprimer leurs besoins, à partir desquels seraient déterminés les investissements. Deuxièmement, le financement devrait absolument se faire à la mission, en fonction des priorités établies préalablement par le milieu communautaire lui-même. « Il faut arrêter de financer par des projets qui ont un début et une fin. Il faut financer à la mission et faire confiance », résume Madame Richard.

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