Ces îles
Par Mimi Legault
CHRONIQUE
Il faut savoir quitter quand c’est le temps : ça se nomme prendre des vacances. Pas besoin d’être riche pour partir. Tenez, en revenant justement de mes vacances vendredi dernier, j’ai vu des gens, le long du fleuve, piqueniquer, ou simplement prendre l’air sous un arbre géant en profitant du vent du large. Prendre des vacances, c’est faire des choses nouvelles, sortir du quotidien avec une chaise pliante et un bon livre.
Pour ma part, je suis allée aux îles. L’Isle-aux-Coudres et celle d’Orléans. Et passé quelques jours aux Éboulements. Celle que j’affectionne le plus est l’île de Bacchus, surnommée ainsi par Jacques Cartier. L’île d’Orléans toujours aussi verte d’espace, aussi rouge de fruits, aussi bleue du ciel. À un moment donné, l’une de nous s’est écriée : regardez là-haut, les nuages rose pâle. Et ce soleil, comme un enfant, qui refusait de se coucher. Les habitants de l’île sont toujours très heureux de recevoir les touristes tendus comme les cordes de guitare de Félix, stressés par le travail, par les nouvelles et par l’oncle Donald. Ils ont mis la table et semblaient nous dire : servez-vous ! C’est ce qu’on a fait.
D’abord, les fraises. On m’avait assurée que leurs fraises goûtaient le ciel. C’est comme si elles avaient été sucrées d’avance. Et ce n’est pas le fruit de mon imagination. Ce qui m’a frappée, c’est la grandeur de leurs terres. Une grande majorité des habitants n’ont pas de terrains, ils possèdent une terre qu’ils chérissent; de beaux grands espaces fertiles comme ventres de femmes. Et leurs jardins alors ! Chacun a le sien : grandiose, démesuré et débordant. Même les vaches ont un air moins bêbête lorsqu’elles nous regardent passer. Meuh oui ! Puis je vous le dis. On dirait qu’elles sont heureuses « pour le meilleur et le pis ». On devrait appeler chacune : la vache qui rit.
Ça n’enlève rien aux deux autres endroits visités, soit l’Isle-aux-Coudres et les Éboulements. Comment dire… L’Isle-aux-Coudres a gardé sa beauté d’antan, côté nature. Et le vent toujours présent refuse de donner sa place. Il réside dans chaque être humain, des lieux voués pour le bonheur, des paysages où chacun peut se détendre, se réaliser au-delà du simple plaisir de vivre, une joie toute grande qui peut ressembler finalement à une béatitude tranquille.
Mais revenons sur terre pour quelques instants : on est allé au casino de la Malbaie. Le seul resto est une rôtisserie connue. Leurs prix ne sont pas les mêmes que ceux de mon village. J’en ai fait la remarque à la caissière qui m’a répondu que c’était normal : on était au casino ! Ah bon…
Si j’ai gagné des sous là-bas ? Je suis arrivée avec 50 $ et suis repartie avec 91 $ et beaucoup de plaisir. Mais ce n’est pas ma tasse de thé. Le principe est simple : si tu perds, tu joues et rejoues pour gagner ce que tu viens de perdre et si tu gagnes, tu t’imagines que ce sera éternel. Les deux autres amies ? L’une est repartie avec le même montant qu’elle avait en arrivant, soit un gros quarante dollars, et la dernière a perdu dix piastres. Nous sommes bonnes pour y retourner dans… plusieurs années.
Mais ce qui compte, c’est le repos, cette différence qui nous manque souvent durant l’année. Le plaisir de lire, de faire des jeux de société; de se demander dans quel resto nous irons nous sustenter; de prendre l’apéro nouveau qui goûte l’été. L’atterrissage dans le quotidien se fait en douceur, mais il est d’équerre : le rendez-vous chez le dentiste, le travail à une heure précise, l’agenda noirci par tout ce qui est à faire.
Je m’en voudrais de passer sous silence l’immense victoire de la Canadienne Victoria au tennis. C’est mon coup de cœur de l’été. Et avant de me faire voler le jeu de mot, je me permets cette déclaration. Victoria ? Je l’M Boko…