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Lettre d’adieu à mon maquereau

Par Mimi Legault

Le 1er avril, ce sera le poisson d’avril. J’ai voulu souligner cet événement en écrivant une supposée lettre d’adieu à un supposé amoureux.

Cher Sébaste,

J’espère que tu ne seras pas surpris de mon départ, toi pis ton étoile de mère qui empoisonnait notre vie. D’avance, tu savais ex adoré que notre histoire se terminerait en queue de poisson. Moi pas. J’avais même cru le contraire. Comme toutes les autres avant moi, j’ai été médusée par ta belle gueule. Bref, je suis tombée dans tes filets.  Tu m’as voulue, tu morue.  Tu avais tout pour me plaire : un beau corps, une grande parlotte pour les femmes qui m’ont fait croire à un homme rose crevette. J’ai tout investi avec toi espèce de marsouin pendant que toi tu parlais saumon dos. Maintenant, ma vie est des truites. Mais ça ne fait rien, je vais remonter à la surface. Moi aussi j’ai droit à ma place au soleil.

Quand je repenserai à toi, je me souviendrai de thon caractère excécrabe, en revoyant tes grands de poisson frit. Pour moi tu es un homme mort ( homard…?). Cétacé!  T’appât compris?  J’ai dit crisstacé! Dépêche-toi de sortir de ma vie. Tu m’as vite remplacée! L’otarie de moi, elle doit bien se marée. Te souviens-tu un jour où je me brochet les dents, tu étais entré dans la salle de bain. Je pleurais. Tu m’avais innocemment tendu la perche en me demandant pourquoi ces belles lames coulaient à flots ? J’étais demeurée muette comme une carpe devant tant d’hypocrisie. Je ne voulais pas te dire que pendant ton sommeil tu nommais sans cesse le prénom de l’autre..

Alors, j’ai fini par te mettre à la porte et tu étais parti en cinquième vitesse avec ton turbot-moteur en allant prendre un ver au bar, toi qui buvais comme une véritable éponge. Ce bar où on était tassé comme des sardines. Tu es allé rejoindre ta sirène assez bien moulée la poulette, je l’avoue. J’ai alors quitté ton appartement sangsues d’sous. Je suis tannée de nager entre deux eaux. Au risque de me répéter : j’arête  tout, espèce de poisson à rats. Tu m’as monté un beau bateau, tu n’as pas été au quai avec moi, tu remportes la palme. Moi qui te pensais correct, tu fréquentais les barbottes et les eaux taries. Laisse-moi te dire que comme crapet-soleil, tuba tous les records. Tu penses peut-être que je fais des vagues pour rien. Na na na na na na na na hé hé goodbye. Je vais jeter mon ancre ailleurs. Ma mer m’avait pourtant bien avertie, elle me serraie les ouïes lorsque je parlais de toi. Elle voyait bien qu’il y avait anguille sous roche.

À partir d’aujourd’hui, je vais ménée ma vie et vais m’harenger  pour ne plus me retrouver sur ton chemin. Dire que j’ai tellement cru en toi. Il t’arrivait d’être dauphin avec moi. Tu m’as tendu ta ligne, j’ai mordu sans l’omble d’un doute.  Je vais tâcher de t’oublier. D’ailleurs dans huître heures, je quitte pour l’Europe. Je m’en vais au soleil de l’Italie maintenant que notre amour est tombé à l’eau. Ce voyage devrait me donner un requin  d’énergie en espérant que ton souvenir ne me fera plus un plie. Désormais, tu seras le dernier de mes sushis. Oui, tu passes par-dessus bord, moussaillon et je me fish de toi pour toujours! Ah et puis, phoque. Tu ne comprendras jamais, foie de morue!!!

Ton poisson d’avril,

Mimi

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