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Un ange de plus

Par Mimi Legault

Éva et moi roulions sur l’autoroute nord vers Saint-Sauveur. Nous venions d’aller visiter un ami mutuel que nous aimions beaucoup. Soudain, un embouteillage. Dans l’auto, de longues minutes s’écoulaient dans le silence. Tout à coup, Éva me demande à brûle-pourpoint : qui vient-on de visiter? De « kessé? », que je me dis. Elle me niaise! Elle me lance son air le plus sérieux du monde en répétant la question. Je lui réponds. Elle me fixe, surprise. Je le suis tout autant. Le silence retombe entre nous et le voyage se termine par un point d’interrogation des deux côtés. 

Par la suite, Éva (nom fictif) démontrera des signes s’apparentant à cette maudite maladie, l’Alzheimer. La mémoire, c’est comme certains amis, elle vous laisse tomber au moment où on en a le plus besoin. (Proverbe espagnol). 

Quelques mois plus tard, Éva déménage dans une résidence pour personnes âgées. Sa maladie progresse lentement. 

Un jour, lors d’une visite chez son médecin, il s’informe de la santé d’Éva; je lui réponds qu’elle va de mieux en mieux. Il me demande de le suivre dans un autre bureau. Il me dit : « On ne pourra pas guérir votre amie. C’est une maladie dégénérative. Ou elle demeurera stable quelque temps, ou son état va diminuer au fur et à mesure que les mois passeront ». Hélas, il avait bien sûr raison.

Et les mois ont passé. Éva s’est retrouvée au dernier étage de la même résidence en unité prothétique appelée joliment l’Unité Réconfort. Le nom n’est pas démesuré. J’aimerais ici rendre hommage au merveilleux travail des préposées qui ont pris soin d’Éva comme si elle avait été leur mère. Nous pouvions arriver à toute heure du jour, Éva était chouchoutée, aimée. Je tiens à le souligner parce que l’on entend souvent parler de résidences aux soins douteux. Le contraire existe également. Et je n’exagère même pas!

Parlant des préposées, lorsqu’Éva s’est retrouvée aux soins palliatifs durant presque une semaine, deux d’entre elles sont venues pleurer à son chevet. C’était bouleversant de les voir lui caresser les cheveux et lui parler doucement même si Éva était dans son monde à elle.

En écrivant ma chronique, j’ai encore le cœur gros, mais rempli de reconnaissance pour les soins offerts à Éva. On parle régulièrement du personnel fatigué et à bout de souffle oeuvrant dans les hôpitaux. Eh bien, je n’ai vu que des infirmières et préposées patientes, respectueuses, remplies de douceur. Et ce fameux médecin qui a su répondre à toutes nos questions, présent et professionnel. Il faut en parler, l’écrire et en reparler encore.

Je vise aussi ses amis proches qui ont été constamment au-devant du plus petit de ses besoins. Il y a des gestes admiratifs qui demeurent dans l’ombre et qui méritent d’être exposés au soleil. Les médias sont parfois trop porteurs de mauvaises nouvelles laissant peu de place pour les bonnes.

Il est clair que certains patients souffrant d’Alzheimer ne reçoivent plus de visites parce que famille ou amis en concluent que « de toute façon, ils ou elles ne nous reconnaissent plus ». Foutaise! C’est vrai qu’à la fin, Éva ne parlait plus, qu’elle avait oublié jusqu’à mon prénom, mais son sourire craquant, sa main sur ma joue pour me montrer que oui, ma bouille lui disait quelque chose. 

Cette petite flamme allumée au fond de ses yeux, sa frustration à ne plus trouver ses mots… demeureront ancrées dans mon cœur. Elle me regardait parfois découragée de son incapacité à communiquer, alors je lui disais à l’oreille : je t’entends Éva… Pensée de Nicholas Sparkes : « La maladie de l’Alzheimer nous vole les cœurs, les âmes et les souvenirs ». Paix à toi ma belle Éva. Et chapeau à tous ces héros ci-haut mentionnés.

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