Première propriété : acheter son toit sans perdre le nord
Dans les Laurentides, devenir propriétaire demande plus qu’un coup de cœur. Entre le financement, l’inspection, les règles municipales et l’option de construire, chaque choix mérite d’être bien accompagné.
Acheter une première propriété commence souvent par une visite. Pourtant, la vraie première étape se passe ailleurs : dans un budget. Dans les Laurentides, le marché demeure serré. Les prix, les taux d’intérêt, les taxes et les coûts d’entretien imposent une réflexion froide. Ainsi, il faut regarder plus loin que le prix affiché. Selon les statistiques Centris du premier trimestre 2026, le prix médian d’une maison unifamiliale atteignait 569 450 $ dans la région.
Ainsi, la première question n’est pas seulement: « Est-ce qu’on aime cette maison? » C’est plutôt: « Est-ce qu’on peut y vivre sans s’étouffer financièrement? »
La Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) rappelle que « la mise de fonds minimale dépend du prix de la propriété. Pour une habitation de 500 000 $ ou moins, elle est généralement de 5 %. Au-dessus de ce seuil, il faut prévoir 5 % sur les premiers 500 000 $, puis 10 % sur le reste. De plus, une mise de fonds inférieure à 20 % entraîne normalement une assurance prêt hypothécaire. »
Bref, le rêve doit respirer dans le budget.
« Acheter une première propriété, c’est apprendre un nouveau langage. »
– Serge Corbeil
Des outils financiers
Heureusement, plusieurs mécanismes peuvent aider. Monsieur Serge Corbeil, conseiller financier, explique que « le CELIAPP permet d’épargner pour une première propriété, avec des cotisations généralement déductibles d’impôt. Le RAP, lui, permet de retirer des sommes d’un REER pour acheter une habitation, mais l’argent doit ensuite être remboursé selon les règles du programme. »
Le terme « premier acheteur » mérite toutefois une nuance. Une personne peut avoir déjà été propriétaire et redevenir admissible à certains outils, si elle n’a pas vécu récemment dans une habitation qu’elle possédait, ou que son conjoint ou sa conjointe possédait. « Une personne qui a vendu sa maison, puis qui a été locataire pendant plusieurs années, pourrait être considérée à nouveau comme acheteuse d’une première habitation », ajoute monsieur Corbeil.
Il existe aussi des règles particulières lors d’une séparation. Dans ces situations, l’admissibilité doit être vérifiée avec l’institution financière ou l’Agence du revenu du Canada.
L’aide familiale peut également jouer un rôle. Dans certains cas, un don parental peut faciliter la mise de fonds. Cependant, il faut être transparent avec l’institution financière, qui voudra savoir si l’argent est un vrai don ou un prêt à rembourser.
La promesse d’achat
Une fois la propriété trouvée, la prudence reste de mise. La promesse d’achat n’est pas une simple formalité. C’est le document qui encadre l’offre, les conditions, les délais et les obligations des parties. Sophie Richard de L’OACIQ rappelle que ce « formulaire est obligatoire dans plusieurs transactions résidentielles encadrées par le courtage immobilier. Il comprend notamment les conditions de financement, d’inspection et d’occupation. »
Ainsi, les dates doivent être claires. Les délais doivent être réalistes. Les conditions doivent être écrites précisément. Une mention vague comme « à déterminer » peut créer de l’incertitude. « Dans une transaction aussi importante, chaque mot compte », renchérit madame Richard.
Inspecter, vérifier, demander
Dans les Laurentides, l’inspection est particulièrement importante. Les maisons peuvent être en montagne, sur un chemin privé ou près d’un lac. Certaines dépendent d’un puits ou d’une installation septique.
Il faut donc vérifier l’eau, la fosse, le drainage, la toiture, la fondation et les servitudes. Il faut aussi consulter la municipalité. Le zonage, les permis passés, la location à court terme ou les contraintes environnementales peuvent changer le projet.
Le notaire, de son côté, vérifie les titres et les actes. L’arpenteur-géomètre peut confirmer les limites du terrain. Ensuite, une personne spécialisée peut tester l’eau ou inspecter l’installation septique.
Construire son chez-soi
Certaines personnes choisissent plutôt d’acheter un terrain. L’idée séduit. On imagine une maison neuve, bien placée, adaptée à ses besoins. Mais construire n’est pas toujours plus simple.
Avant d’acheter un terrain, il faut confirmer qu’il est constructible. Il faut regarder l’accès, la pente, les milieux humides, la bande riveraine, le déboisement et les coûts de services. Un terrain abordable peut devenir cher après le puits, la fosse, le dynamitage ou le raccordement électrique.
Enfin, il faut vérifier l’entrepreneur. La Garantie de construction résidentielle résume son conseil ainsi : « Vérifiez avant de signer! » Pour une habitation neuve visée, l’entreprise doit être accréditée auprès de la GCR. Le répertoire permet aussi de consulter des informations sur les inspections, les non-conformités et les réclamations.
« Acheter une première propriété, c’est apprendre un nouveau langage », lance Serge Corbeil. Mais avec les bonnes personnes autour de la table, le projet devient moins flou. Et surtout, il devient plus solide.