Leif Vollebekk, entre deux mondes et mille nuances
Entre Ottawa et Montréal, entre folk et élans soul, Leif Vollebekk trace depuis plus d’une décennie un chemin artistique unique. À l’aube de son passage au Théâtre Gilles-Vigneault (TGV) de Saint-Jérôme, le 6 février, on s’est entretenu avec l’auteur-compositeur-interprète canadien.
Né à Ottawa et scolarisé en français comme Franco-Ontarien, Vollebekk dit avoir toujours vécu « entre deux mondes ». Cette dualité linguistique et culturelle nourrit encore aujourd’hui son identité artistique. Jeune musicien, il se heurte d’abord à une scène locale peu réceptive, organisant lui-même des concerts devant des salles presque vides.
Le déclic survient à Montréal, où il débarque en autobus avec sa guitare pour jouer dans une petite salle près de Berri-UQAM. Cette fois, le public est attentif, curieux, à l’écoute. « J’étais tombé en amour avec la ville », raconte-t-il, évoquant une métropole où l’on accueille les nouvelles voix sans préjugés. Cette ouverture façonnera son rapport à la scène et à la création.
La philosophie pour mieux écrire des chansons
Plutôt que d’étudier la musique, Vollebekk choisit la philosophie… en Islande. Un choix inspiré par le fait que les artistes qui le bouleversaient n’étaient pas passés par une formation musicale traditionnelle.
Il décrit cette période comme un exil volontaire, un moment pour lire, réfléchir et, surtout, laisser ses chansons mûrir. Il refusait de publier des pièces qu’il finirait par détester quelques mois plus tard. La philosophie, dit-il, ne lui a peut-être pas appris des réponses, mais elle a nourri une posture : celle de rester ouvert, d’accepter les zones grises.
Il voit d’ailleurs les grands auteurs-compositeurs comme des philosophes à leur manière, capables d’exprimer une vérité émotionnelle sans chercher à tout résoudre. Il cite Friedrich Nietzsche, Bob Dylan et Albert Camus dans le même souffle, parlant de « noblesse » dans l’écriture : une façon d’aborder la douleur avec lucidité plutôt qu’avec rancœur.
Du folk puriste à la liberté des genres
Si ses débuts étaient ancrés dans un folk très épuré, guitare-voix, Vollebekk a peu à peu élargi son spectre sonore. Longtemps, il s’est lui-même imposé des limites. « J’avais comme l’idée que je n’avais pas le droit de mêler les genres », admet-il. Pourtant, ses amours musicales débordaient déjà vers Ray Charles, la Motown et Prince.
Avec le temps, ces frontières se sont effacées. « Il n’y a personne qui m’a dit que je ne pouvais pas mettre la basse électrique et des drums », dit-il. Résultat : un univers plus riche, plus groove, où le folk dialogue avec la soul et le R&B sans perdre son intimité.
Un spectacle vivant, au sens propre
Le 6 février, le public du TGV découvrira cette évolution sur scène. Vollebekk sera entouré de trois musiciens avec qui il joue depuis longtemps. Lui passera du piano à la guitare, naviguant entre ses « deux mondes » instrumentaux.
Fidèle à sa façon de travailler, il cherche à recréer en concert l’essence de ses albums, qui sont eux-mêmes enregistrés en prise live avec le groupe. Mais rien n’est figé. Les chansons peuvent s’étirer, changer de couleur, emprunter des détours plus jazz. « L’important, c’est d’être vraiment présents et d’entrer dans la version de cette soirée-là de la chanson », explique-t-il. Et s’il se réjouit des grandes salles internationales, l’artiste avoue avoir un faible pour les spectacles en région. Il y sent un public attentif, prêt à suivre les musiciens dans des zones plus imprévisibles.
En marge de la tournée, Vollebekk a aussi récemment lancé un court-métrage de 15 minutes intitulé Southern Stars, lié à son plus récent album. Tourné entre l’Oregon, la Norvège et Montréal, le film met notamment en scène la chanteuse Aurora. Un projet qu’il a porté pendant deux ans et qui prolonge son univers musical en images.
Ne manquez donc pas son passage au TGV le vendredi 6 février prochain dès 20 h ! Saint-Jérôme pourrait bien faire partie de ces soirs où quelque chose d’unique se produit.