(Photo : Véronique Kingsley )
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Gabrielle Filteau-Chiba : Faire corps avec la nature

Par Ève Ménard

En novembre dernier, Gabrielle Filteau-Chiba remportait le Prix du livre de l’année 2021 pour son roman Bivouac. L’honneur était décerné par l’Association des auteurs des Laurentides.

Bivouac est le point culminant d’une trilogie, composée des livres Encabanée et Sauvagines. Cette œuvre à teneur sociale et écologique a rejoint un vaste public. Comme écrivaine, Gabrielle avait déjà été finaliste pour une quinzaine de prix. Mais elle n’avait jamais pu arracher la victoire. « C’est comme si je brisais la glace! », lance-t-elle. « Bivouac, c’est un livre qui parle de la communauté, des jeunes qui se mobilisent pour protéger la nature. Je trouve ça symbolique que ce soit ma nouvelle communauté dans les Laurentides qui m’offre cette récompense, » souligne l’auteure.

Se nourrir de l’ennui

Très tôt le matin, Gabrielle marche avec sa chienne dans un sentier près de sa maison, à Val-David. C’est là, surtout, que les idées lui viennent. L’auteure a également acheté un terrain à Mont-Blanc (auparavant Saint-Faustin-Lac-Carré). Dans la forêt, elle a confectionné une plateforme en bois où elle peut s’asseoir. Elle y passe des heures à écouter les oiseaux et les arbres. « Nous sommes tellement stimulées dans notre vie quotidienne. Il faut faire l’effort d’aller en nature, de s’ennuyer. Je pense que c’est après l’ennui que viennent les idées. »

Cette proximité avec la nature est ce qui nourrit l’esprit créatif de Gabrielle Filteau-Chiba. Sa mission principale consiste à redonner à la nature ce qu’elle lui a apporté : du calme et du sens à son travail. Celui-ci est traversé par une préoccupation commune pour la protection de la nature.

Prendre soin

Née à Montréal, Gabrielle a rapidement eu un coup de cœur pour le chalet de ses parents, situé dans les Cantons-de-l’Est. Jeune, dès qu’elle débarque au chalet, elle fonce directement vers la forêt. Plus tard, en 2013, elle choisit de quitter la grande ville pour s’installer à Kamouraska, dans une petite cabane sans électricité. De là lui vient l’inspiration de sa trilogie.

Dès le premier tome, Encabanée, on fait la rencontre d’Anouk. Celle-ci a quitté son appartement de Montréal pour un refuge forestier au Kamouraska, où elle cherche à apprivoiser son nouveau mode de vie. L’histoire entraîne ensuite le lecteur dans la Couronne du Haut-Kamouraska, dans des coupes à blanc, puis dans une lutte contre un projet d’oléoduc. Son oeuvre étant foncièrement écoféministe, l’auteure tisse des liens entre la lutte écologiste et la lutte pour le droit des femmes.

« Pour protéger la nature, il faut faire corps avec elle. Quand on vit dans la forêt, on a la sensation de faire corps avec la nature. Toute violence infligée à la nature, on la ressent physiquement. Quand je voyais des coupes à blanc autour de ma forêt au Kamouraska, ça me faisait mal comme si on m’avait attaquée. Ce qui manque peut-être dans le féminisme plus radical, c’est toute l’idée de prendre soin. Pas seulement prendre soin des enfants et de la maison, mais aussi de notre corps et de l’habitat », fait valoir l’écrivaine.

Le bonheur pour mener une lutte efficace

Bien qu’elle mène une vie imprégnée de valeurs environnementales fortes, Gabrielle demeure une « éternelle optimiste. » La COP 27 en Égypte a récemment occupé une place médiatique importante. Cette semaine, c’est au tour de la COP 15 à Montréal, pour parler de biodiversité. L’auteure se tient loin de ces rassemblements « polluants, élitistes et bourgeois ». Elle préfère les luttes qui fonctionnement vraiment, celles « menées par le peuple, sur le terrain ».

Gabrielle Filteau-Chiba concentre ses efforts sur la protection des écosystèmes, plutôt que sur les changements climatiques dans leur ensemble, qui peuvent devenir anxiogènes. Elle fait son bout de chemin à elle. « J’ai acheté ma partie de forêt dans les Laurentides dans le but de la protéger. C’est une forêt ancienne », précise l’auteure. « J’écris des livres et avec leur succès, mon seul but est d’acheter d’autres forêts pour les protéger aussi. » Pour l’écrivaine, il faut aussi « être heureux pour mener une lutte efficace. »

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