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Un lieu d'espoir pour les adultes autistes

Par lpbw

SAINT-JÉRÔME. Frida Aoun, éducatrice spécialisée dans sa vie professionnelle, a créé bénévolement, il y a huit ans, le Café Autissia, un café-rencontre unique dans les Laurentides pour les adultes autistes.

Et, si le café est un accomplissement pour Frida, il est une bénédiction pour ceux qui le fréquentent. «Il n’y a pas de lieux ou de cafés-rencontres pour les adultes autistes. C’est difficile de trouver des places où il a une continuité dans le temps. Le café, c’est une initiative personnelle et, à travers le temps, j’ai été soutenue par l’Armée du Salut», nous explique Frida.

Appartenance

«J’ai un garçon (Élie, 18 ans), qui est autiste et c’est ce qui m’a donné ce désir de m’engager pour créer un lieu pour les personnes adultes autistes. C’est un projet personnel qui a duré. Je suis heureuse parce que ça a donné un lieu d’appartenance aux jeunes et créé des amitiés.» Elle continue: «Je me considère comme un agent de changement. Mon rêve, c’était que le café soit géré par des gens autistes et je pense que j’ai atteint ce but, car je leur donne du pouvoir et des responsabilités.»

Frida a mis sur pied un comité depuis deux ans avec ses doyens, Nancy, Cédric et Nicolas, des participants qui s’occupent du café quand elle n’est pas là. «On se réunit aux trois mois et on prend des décisions ensemble pour le bien du café et des gens.» Le café Autissia, situé dans des locaux de l’Armée du Salut, est ouvert le vendredi soir de 17 h à 20 h. Il fait partie de leur programme de services d’aide à la famille, nous explique la coordonnatrice Linda Pouliot. Notez que le Café accueille des personnes autistes de haut niveau de fonctionnement (absence de déficience intellectuelle).

Le groupe varie entre dix et 20 personnes. Elles font toutes sortes d’activités, comme aller jouer aux quilles, des sorties à la piscine, des ateliers de gestion de l’anxiété, des soirées cinéma ou des activités de jeux de société, la Wii et, récemment, les Chevaliers de papier une sorte de jeux de rôle où ils créent une histoire.

Lorsqu’on parle du trouble du spectre de l’autisme (TSA), deux caractéristiques ressortent: des déficits au niveau de la communication et de l’interaction sociale ainsi que des comportements, activités et intérêts restreints ou répétitifs.

Mois de l’autisme

Comme avril est le mois de l’autisme, le Café Planète Autissia a mis sur pied une soirée de financement orchestrée et animée par des personnes autistes et des bénévoles de la polyvalente de Saint-Jérôme. Une soirée où les talents des personnes autistes sont à l’honneur. «Nous sommes à notre 8 e édition. C’est notre seule levée de fonds de l’année.»

Le souper-spectacle aura lieu au Café Autissia, le 29 avril. Cédric fera l’animation – maintenant Frida leur laisse la place -, Nicolas s’occupera de la technique et Nancy de la petite caisse. «Le but de la soirée est de mettre en valeur les talents des personnes autistes. Ils vont venir présenter un chant, une danse, un morceau de musique, parler d’un projet, etc.»

Les réunions du Café Autissia se tiennent les vendredis soirs de 17h à 20h. La soirée-spectacle se tiendra le 29 avril de 18h à 20h30. La soirée, au profit de Planète Autissia, aura lieu à l’Armée du Salut au 7 rue Morand à Saint-Jérôme. Coût des billets: 12$. Pour les étudiants: 6$. C’est gratuit pour les participants. Pour vous en procurer, communiquez avec Frida Aoun au 450 436-5984, poste74234.

Nancy Grégoire

Secrétaire du Café Autissia, Nancy adore le théâtre, l’écriture et le chant, elle suit des cours depuis quelques années. Elle connaît quatre langues: le français, l’anglais, l’espagnol et l’allemand. Ses écrivains préférés sont: Shakespeare et Molière. D’ailleurs, elle et Cédric présenteront le 29 avril un extrait d’une pièce de Molière qu’elle a retravaillée Les Précieuses ridicules. Ses défis ? Pour Nancy, ils sont au niveau des comportements répétitifs et stéréotypés, comme de se jouer dans les cheveux, qui peuvent être mal perçus par les gens. «Trouver un travail n’est pas simple», nous dit-elle aussi. «Avoir l’air confiante pour une entrevue est un gros défi pour moi.» Frida nous explique que les personnes autistes ne vont pas se vendre auprès des employeurs. «Elles sont très directes, vont performer, sont perfectionnistes, leurs points forts. Mais, le rendement est moindre, car elles prennent leur temps.» Les défis se situent également au niveau de l’anxiété à gérer.

Nicolas Seyer

Lorsque Nicolas, 25 ans, a commencé à venir au Café Autissia, il était en dépression «Je ne voyais personne en dehors de ma famille. J’étais très seul.» De plus, il ressentait qu’il ne pouvait pas avancer dans ses études. Il nous confie qu’il avait besoin d’aide, mais n’osait pas l’avouer. «C’était une période difficile, le Café Autissia m’a beaucoup aidé. J’ai commencé à voir du monde et à avoir des amis.» Ensuite, Nicolas a terminé son 5e secondaire avec des cours à distance. Ça fait huit ans qu’il vient au Café. Depuis, il a été au Cégep avant de faire une spécialisation en soudage. Ses intérêts? La philosophie, l’histoire et la lecture. Ses défis? «Avant, j’étais très antisocial, à l’école je ne disais jamais rien. Demander de l’aide est difficile, comme parler, car j’ai une certaine dysphasie, j’ai tendance à chercher mes mots et à bégayer.» Les études ont aussi été un gros défi pour lui, «mais, je prends le dessus avec mon DEP. »

Cédric Gémus

Cédric a commencé à venir au Café Autissia à 17 ans, il en a maintenant 23. Il est animateur des activités depuis deux ans. Son état d’âme quand il est arrivé au Café? Il était en pleine crise existentielle: «Toute ma vie je me suis dit: qu’est-ce que je fais ici? Pourquoi je suis là? Pourquoi je me lève? Et, à la fin je me rends compte qu’il y a toujours une raison». Ses passions? «L’acting, je fais partie d’une agence de casting, je fais de la figuration. Je suis un écrivain, j’écris de la poésie, des nouvelles, des parties de romans que je ne finis jamais, je cherche la perfection ». En ce moment, Cédric lit du William Blake, en anglais, le Mariage du Ciel et de l’Enfer. Et, depuis 4 ans, Cédric a une blonde. «Une belle histoire d’amour et une grande amitié», nous dit-il. Ils vivent dans un appartement à Saint-Jérôme. Il a fait beaucoup de bénévolat et des stages, a travaillé en cuisine comme aide-cuisinier, mais c’était trop stressant. Il est à la recherche de ce qu’il aimerait et pourrait faire professionnellement.

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