| Par Simon Cordeau

Budget: Le gouvernement québécois reste prudent

Le ministre des Finances, Eric Girard, a présenté le budget québécois le mardi 22 mars. Analyse de son contenu avec Stéphane Thibault, chef de pratique au Centre québécois de formation en fiscalité, partenaire de Raymond Chabot Grant Thornton.

Contrairement aux budgets passés, précise M. Thibault, celui-ci annonce les montants qui seront alloués aux différents secteurs, mais pas à travers quels programmes ils seront dépensés. « De manière plus concrète, il y aura des annonces dans les prochaines semaines, les prochains mois, sur comment ces fonds seront utilisés par les différents ministères », précise M. Thibault.

Santé

« Concernant la santé, ce sont 9 milliards de dollars de nouveaux investissements sur 5 ans qui ont été annoncés. Par contre, il n’y a pas nécessairement de programmes précis d’annoncés », note M. Thibault.

Au moment de mettre sous presse, il était prévu que le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, annonce son plan de refonte du système de santé québécois ce mardi, 29 mars.

Dans un communiqué, la Coalition Santé Laurentides souligne que les besoins en infrastructures dans la région se chiffrent entre 1,4 et 1,9 milliards de dollars. À cela s’ajoute un manque à gagner de 800 millions de dollars par année, pour rattraper le sous-financement de la santé dans les Laurentides.

500 $

La principale mesure annoncée est le 500 $ que recevront tous les contribuables ayant moins de 100 000 $ de revenus en 2021. « En fait, c’est la seule mesure annoncée pour aider à combattre l’inflation. Basé sur différentes statistiques et en regardant un panier de dépenses, comprenant le logement, l’épicerie, le transport, etc., le gouvernement a déterminé que 500 $ couvrait cet écart-là. » À elle seule, cette mesure représente plus de 3 milliards de dollars, note M. Thibault.

Tourisme et culturel

Une enveloppe de 250 millions de dollars sur 5 ans sera consacrée au tourisme. « On veut offrir un soutien additionnel, favoriser la relance et accompagner les régions », explique M. Thibault.

Pour les entreprises du secteur culturel les plus touchées par la pandémie, 135 millions de dollars sur 3 ans sont également prévus.

Environnement

Il y aura 1 milliard de dollars supplémentaires investis en environnement, de 2022 à 2027. Le financement du programme Roulez vert, qui offre un rabais pour l’acquisition d’un véhicule électrique, est renouvelé jusqu’au 31 mars 2027, alors qu’il devait se terminer cette année.

M. Thibault souligne cependant que les rabais offerts sont réduits, passant de 8 000 $ à 7 000 $. « L’une des raisons de la mise en place du programme, c’était pour compenser l’écart du coût entre un véhicule à essence et un électrique. Le gouvernement est venu dire que cet écart-là s’est réduit à travers les années. » Un autre facteur qui a pu motiver cette décision, croit le fiscaliste, est la très forte demande actuelle. « Les constructeurs ne sont même pas capables de fournir à la demande. »

Fosses septiques

Le crédit d’impôt pour la mise aux normes d’installations d’assainissement des eaux usées résidentielles, qui était mis en place de façon temporaire, est aussi renouvelé pour 5 ans. Ainsi les particuliers qui remplacent une fosse septique ou en installent une nouvelle ont droit à un allègement fiscal représentant 20 % des dépenses, et pouvant aller jusqu’à 5 500 $ lorsque les dépenses atteignent 30 000 $.

Budget prudent

Somme toute, il s’agit d’un budget prudent, croit M. Thibault. « Il y a beaucoup d’incertitude sur l’activité économique de la prochaine année. » Le gouvernement a relevé plusieurs facteurs de risques, dont la guerre en Ukraine, la pandémie, l’inflation, les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement, le prix du pétrole et la rareté de main-d’oeuvre.

Concernant cette dernière, le fiscaliste déplore l’absence de mesures pour la pallier. « On identifie la pénurie de maind’oeuvre comme un facteur de risques, mais de l’autre côté, on ne semble pas faire grand-chose. […] Au Québec, les entreprises paient des taxes importantes sur la masse salariale, et il n’y a rien pour réduire ces taxes-là pour faciliter le recrutement, par exemple. Il n’y a rien non plus pour bonifier la rétention de travailleurs d’expérience. »

Enfin, M. Thibault note que le gouvernement a prévu des provisions de 2,5 milliards de dollars pour gérer ces risques. « Si jamais les choses vont mieux, il n’aura pas besoin de piger dans cet argent. On pourrait se retrouver à l’automne avec une meilleure situation que prévue au budget. […] Selon l’évolution de la prochaine année, on pourrait avoir de belles annonces à la veille de la campagne électorale. »

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