L’accessibilité mise à l’épreuve durant l’hiver
L’hiver complique les déplacements pour l’ensemble de la population, mais pour les personnes en situation de handicap ou à mobilité réduite, il représente un obstacle majeur, parfois insurmontable.
Neige abondante, trottoirs partiellement déneigés, bancs de neige, surfaces glacées : toutes ces conditions peuvent avoir des répercussions directes sur l’autonomie, la sécurité et l’accès aux services essentiels. Dans la MRC de La Rivière-du-Nord, ces enjeux sont bien connus.
Alexandre Charbonneau, coordonnateur du Regroupement des usagers du transport adapté et collectif (RUTAC MRC RDN), observe quotidiennement les impacts de l’hiver sur les personnes qu’il accompagne. L’organisme a pour mission d’offrir du soutien aux usagers du transport adapté et collectif, autant pour l’accompagnement, le traitement de plaintes que pour la concertation avec les autorités de transport et les organismes publics. « La mission est plus qu’importante, surtout avec une population qui est vieillissante, il y a de plus en plus de gens qui vont avoir des difficultés de mobilité », explique-t-il.
Une accessibilité fragilisée
Selon Alexandre Charbonneau, les obstacles hivernaux touchent plusieurs réalités de handicap : mobilité réduite, fauteuil roulant, limitations visuelles ou risque accru de chutes. « On a tous été à l’épicerie, on a tous poussé un carrosse pour se rendre à notre voiture. On le voit quand il y a une petite neige ou de la sloche, le carrosse, il se pousse mal. Imaginez si c’est un déambulateur ou pire, un fauteuil roulant », illustre-t-il. Pour certaines personnes, ces conditions rendent certaines sorties tout simplement impossibles.
Les personnes ayant une déficience visuelle sont également particulièrement vulnérables. La neige enlève les repères habituels, comme les bordures de trottoir ou les marches, ce qui modifie les perceptions. « La canne blanche peut faire des rebonds sur la neige, fausser l’information, et souvent il y a de la glace en dessous. C’est dangereux pour ceux qui sont à risque de chute », souligne-t-il.
Même lorsque les trottoirs sont déneigés, les bancs de neige accumulés aux intersections ou aux entrées compliquent les déplacements. Le manque d’espace force parfois les personnes à circuler dans la rue, augmentant les risques pour leur sécurité. « Les trajets sont déjà plus courts pour les gens à mobilité réduite. Ajouter des détours de 50 ou 100 mètres, rend ça plus difficile », dit M. Charbonneau.
Des accès parfois impraticables
Les difficultés ne se limitent pas aux espaces publics extérieurs. L’accès aux commerces et aux lieux communautaires demeure un enjeu important. Alexandre Charbonneau cite l’exemple de rampes d’accès mal déneigées ou glacées, notamment dans certains centres commerciaux. « Un fauteuil roulant, ce n’est pas une voiture. Il n’y a pas de pneus d’hiver. Quand la rampe est glacée ou sans sel, ça devient inutilisable », déplore-t-il.
À l’intérieur même des commerces, l’accessibilité pose problème. Allées encombrées, étalages temporaires ou palettes de marchandises réduisent l’espace de manœuvre pour les personnes utilisant un déambulateur ou un fauteuil. « Il y a encore beaucoup de sensibilisation à faire. Souvent, ce n’est pas par mauvaise volonté, mais par manque de conscience des réalités vécues », affirme-t-il.
Le transport adapté, encore plus dur en hiver
L’hiver accentue également les enjeux liés au transport adapté. Les retards sont plus fréquents en raison des conditions routières, de la circulation et des pannes mécaniques. Alexandre Charbonneau s’appuie sur les statistiques d’Exo, qu’il connaît bien. « Quand un usager réserve un transport pour 14 h, le véhicule peut arriver entre 13 h 30 et 14 h 30. Le retard n’est officiellement comptabilisé qu’après 14 h 31. Mais pour la personne, ça peut représenter une heure complète d’attente, parfois à l’extérieur, dans le froid. »
Certaines situations rapportées au RUTAC sont particulièrement préoccupantes. Il mentionne le cas d’une usagère ayant attendu près de trois heures dans un centre commercial, après un problème de communication, et qui a finalement manqué un rendez-vous médical important. « On comprend les réalités du transport, les tempêtes, le trafic. Mais au final, c’est toujours l’usager qui paie le prix », souligne-t-il.
Les retards ont aussi des impacts sur les organismes communautaires et les plateaux de travail qui accueillent des personnes en situation de handicap. Lorsque plusieurs usagers arrivent en retard, c’est toute l’organisation des services qui est affectée.
Formation et sensibilisation

Au-delà des retards, la sécurité demeure une préoccupation majeure. Alexandre Charbonneau rapporte des plaintes concernant le déploiement des rampes d’accès sur des bancs de neige ou un accompagnement inadéquat de la part de certains chauffeurs. « L’accompagnement porte-à-porte fait partie du service. Pourtant, une usagère a été laissée seule dans des conditions glacées et a chuté avec son déambulateur. Ce sont des situations qui pourraient être évitées avec plus de formation et de sensibilisation », affirme-t-il.
Dans le contexte actuel, les améliorations structurelles sont toutefois limitées. La mutualisation du transport adapté avec la STM et la STL entraîne un gel des immobilisations en matière d’accessibilité. « Il n’y a pas de nouveaux investissements pour améliorer l’accessibilité des gares, des trains ou des infrastructures existantes », explique-t-il.
Pour Alexandre Charbonneau, les solutions passent avant tout par une plus grande conscience collective. Il parle entre autres de l’importance de mieux cibler les lieux à grand achalandage de personnes à mobilité réduite, comme les organismes communautaires, les plateaux de travail ou certains commerces. « Il pourrait y avoir plus de proactivité, peut-être carrément de la formation pour les employés de la ville et les commerçants », suggère-t-il.
Sans prétendre rendre tous les espaces parfaitement accessibles, il insiste sur l’importance de petits gestes concrets. « Tous ceux qui participent à la vie communautaire, que ce soit un commerçant, un organisme ou des chauffeurs de transport, c’est d’avoir conscience qu’il y a des gens qui ont des réelles difficultés, puis je pense que la communauté, la société peut mettre un petit peu plus la main à la pâte. »
Donc, pour le RUTAC MRC RDN, la réflexion doit se poursuivre, autant du côté des institutions que de la communauté, afin que la saison froide ne rime pas avec exclusion.