| Par Luc Robert

Chasse aux outardes : Des citoyens de Prévost réclament un meilleur suivi

La période de chasse aux outardes cause des soucis à plusieurs résidants du secteur est du lac Saint-François, à Prévost, où un certain nombre de volatiles blessés arpentent des terrains et rues, à la recherche d’abris.

Les adeptes de cette discipline, postés aux confins de la terre agricole de feu Paul-André Forget (à l’ouest du boulevard des hauteurs, secteur Lafontaine de Saint-Jérôme) viennent chasser depuis des années près des maisons du secteur.

« Nous vivons ici depuis 13 ans et je peux vous certifier que les épisodes de tirs en rafale ont été en fortes hausses, de 2014 à aujourd’hui. Au cours de cette période, il y a au moins une outarde blessée par année, que j’ai vu de visu, chaque automne. D’ailleurs, le dimanche matin 1er novembre dernier, plus d’une soixantaine de coups de feu ont été tirés à proximité, entre 9h à 11h am. Ce n’est pas évident, avec de jeunes enfants, quand tu trouves des plombs sur ton terrain et dans ton entrée de cour », a soulevé Mme Julie Turcotte, mère du secteur.

L’action culmine souvent entre septembre et la fin octobre. Les citoyens ne savent alors pas quand la quiétude du secteur reviendra.

« Dès 2014, une outarde blessée est tombée dans mon gazon, dans le secteur du rond-point des Goélands, à Prévost. Ni Ressources naturelles, ni la Police ne voulaient s’en occuper. Ils se renvoyaient la balle. Elle était encore vivante, une aile arrachée, et très agressive, probablement à cause de la douleur. Comme parents, on a dû retenir nos jeunes enfants, qui voulaient aider l’oiseau. En fin de compte, quand ça arrive, tu n’as plus le goût d’appeler les autorités, car rien ne bouge. »

La situation s’est reproduite en 2019, toujours dans le secteur de la famille de Michaud-Turcotte.

« Une outarde avec une aile endommagée, ça devient vite fâchée, quand elle essaie de reprendre son envol, mais qu’elle se heurte à une clôture, car elle peut seule-ment marcher. Devant nous, elles sont nettement plus grandes que dans le ciel, avec un cou rigide. Tu t’avances pour la rassurer, mais elle veut t’attaquer avec des coups de tête. En plus, son bec est dangereux. Même chose à l’embarquement de l’autobus, au coin de la rue des Goélands, où les enfants en voient défiler, éclopées. On ne sait pas quoi faire avec ça, car nous ne sommes pas des experts », a-t-elle fait valoir.

Plombs retrouvés

Mme Turcotte déplore que les chasseurs attendent souvent que les oiseaux soient positionnés directement au-dessus d’eux, avant de faire feu en leur direction.

« Les chasseurs attendent que le voilier soit à leur portée, à la verticale au-dessus d’eux, avant de tirer dans le tas et espérer en atteindre un maximum. Les chiens en ramènent alors plusieurs. Comme tout ce qui monte redescend, des plombs se retrouvent sur l’asphalte et les terrains du secteur. On ne veut pas que nos enfants soient blessés par les projectiles, ni attaqués par les oiseaux, ou encore que nos animaux domestiques mangent et s’étouffent avec
des plombs. »

 

Les options de sanctions et de contrôles des autorités sont très limitées

 

La direction régionale de la protection de la faune de l’Outaouais, Laval et Laurentides, ainsi que les policiers de Saint-Jérôme désirent informer la population au sujet des différentes situations et sanctions qui peuvent survenir, lors de la chasse automnale aux oiseaux et aux petits gibiers.

Dans le cas des outardes, la plus grande des bernaches, les agents de la faune font du cas par cas, au niveau des interventions sur le terrain.

« Il arrive que les agents se déplacent dans le cas d’animaux blessés, mais cela reste à la discrétion de l’agent qui reçoit l’appel, selon son occupation actuelle et la distance de la carcasse ou de l’animal blessé », a commencé le sergent Bruno Chartrand, adjoint au soutien opérationnel, à la direction régionale de la protection de la faune de l’Outaouais, Laval et Laurentides, au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.

« On priorise nos visites selon l’espèce. Si c’est un cerf et qu’il peut être relocalisé, on peut l’endormir chimiquement et le ramener dans son habitat. Si l’animal est blessé, on essaie autant que possible de nous présenter sur place. Mais on ne peut pas toujours, nos territoires sont vastes. (…) Il y a moyen de faire de la sensibilisation au téléphone », a-t-il ajouté.

Quant aux coups de feu à proximité, il s’agit de trouver leur provenance.

« Il faut localiser les coups de feu, à savoir s’ils proviennent d’endroits autorisés. À la chasse au petit gibier, si tu tires d’un chemin, tu dois être à 100 m des maisons. Mais (à la chasse) aux oiseaux, rien n’empêche un chasseur de tirer une bernache à partir de son balcon arrière. Il n’y a pas de loi contre ça. »

Si une pétarade de coups de feu survient, il y a moyen de contrôler les chasseurs.

« Les agents de la Faune peuvent faire une validation de conformité des chasseurs. Ça leur prend deux permis : celui du petit gibier et un autre pour la chasse aux oiseaux migrateurs. Chaque personne conforme a droit à un seul fusil, à un maximum de trois coups. Il y a l’obturateur à surveiller, justement, pour limiter les coups. Pour la chasse aux oiseaux migrateurs, les projectiles doivent être en acier, et non en plomb, pour éviter de transporter une contamination ailleurs. »

Si du plomb retombe dans une cour privée, cela relève alors du Code criminel, à savoir si un déchargement dangereux d’une arme à feu s’est produit.

« Par exemple, lors de l’ouverture de la chasse au canard, si des grenailles de projectiles retombent, ça peut concerner la police, en lien avec de la négligence. On a déjà eu un cas où les billes d’acier sont retombées sur une toiture de maison avoisinante », a repris le sergent Chartrand. « Si des chasseurs tirent à proximité d’une piste cyclable ou de maisons, nous allons aviser les policiers. »

La police municipale a détaillé le processus d’évaluation en ces termes.

« Au niveau des règlements municipaux, concernant la chasse, il faut déterminer quelle arme a été utilisée. À la ville de Saint-Jérôme, il existe le règlement de nuisance (0209-000), article 21, qui, pour tout le territoire de Saint-Jérôme, stipule l’interdiction d’utilisation d’une arme à feu: il y est rattaché une amende de 100 $, plus les frais applicables. En ce qui concerne le Code criminel, celui-ci prévaut sur les règlements municipaux. Plusieurs points peuvent entrer en ligne de compte, selon le cas : la situation, les intentions et autres variantes », a communiqué Mme Chantal Bellemare, policière aux relations communautaires et médiatiques, au Service de police de la ville de Saint-Jérôme.

NOUVELLES SUGGÉRÉES

0 Comments

Submit a Comment

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.

Ce site est protégé par reCAPTCHA et les politiques de confidentialité et conditions de service de Google s'appliquent.