(Photo : Photo Médialo - Alexane Taillon-Thiffeault)

Après 60 ans au centre-ville, Gisèle déménage

Par Alexane Taillon-Thiffeault

Après plus de 60 ans au centre-ville de Saint-Jérôme, la boutique Gisèle Produits de beauté a annoncé qu’elle déménage prochainement. Une décision difficile pour cette entreprise bien établie, qui attribue principalement son départ à des problèmes de stationnement depuis les changements apportés par l’ancien conseil municipal.

Pour Jessica Roy, propriétaire de l’entreprise, et Marie-Soleil Plante-Théberge, gestionnaire en administration et projets numériques, le déménagement n’était pourtant jamais envisagé il y a quelques années. « L’entreprise est ici depuis plus de 60 ans. Ça n’aurait jamais été dans les plans, mais c’était devenu inévitable », résume Mme Plante-Théberge.

Selon elles, les difficultés ont commencé avec l’implantation du nouveau système de stationnement payant. Les clientes, souvent habituées à faire des achats rapides, se sont retrouvées confrontées à une application jugée complexe, à un manque d’information et à une surveillance perçue comme particulièrement stricte.

« Notre message d’accueil est presque devenu : “Avez-vous payé votre stationnement ?” avant même d’accueillir les clients », raconte la gestionnaire.

Même la gratuité de la première demi-heure est devenue source de confusion puisqu’il faut tout de même enregistrer son véhicule. Une réalité qui aurait particulièrement affecté une clientèle plus âgée. « Les gens pensaient pouvoir entrer rapidement et repartir. Plusieurs ne comprenaient pas qu’ils devaient s’inscrire même pour les 30 minutes gratuites. »

L’entreprise affirme avoir observé un déclin d’au moins 25 % de son achalandage depuis les changements. Selon elle, les effets se sont fait sentir environ deux mois après leur implantation.

Une problématique qui dépasse un seul commerce

Le cas de Gisèle n’est pas isolé.

Un ancien commerçant du centre-ville, qui préfère conserver l’anonymat, affirme avoir quitté le secteur il y a déjà quelque temps après avoir anticipé les impacts de l’offre de stationnement et des nouveaux développements immobiliers.

« Le type d’entreprise qu’on était, c’était impensable de survivre comme ça », explique-t-il.

Il raconte que les plaintes liées au coût du stationnement étaient fréquentes. Pour son équipe, seules trois personnes sur huit disposaient d’une vignette, ce qui représentait déjà des dépenses importantes. Les autres devaient assumer des frais annuels totalisant près de 4 000 $.

« On voyait ce qui s’en venait. Je m’étais renseigné sur les constructions et je savais qu’on allait perdre des espaces de stationnement. »

Même si son départ avait alors été questionné par certains, il demeure convaincu que cette décision était nécessaire pour assurer la survie de son entreprise.

La Ville poursuit sa réflexion

De son côté, le maire de Saint-Jérôme, Rémi Barbeau, reconnaît que le dossier du stationnement demeure une préoccupation importante et affirme que l’administration municipale travaille actuellement à élaborer un plan directeur.

La Ville a récemment tenu une consultation en ligne qui a recueilli plus de 2 000 réponses, un record selon le maire. Des ateliers citoyens et des rencontres avec les partenaires du centre-ville sont également prévus afin de mieux cerner les besoins.

Mais selon M. Barbeau, la question centrale concerne davantage le fonctionnement du système, sa compréhension par les usagers et l’organisation globale de l’offre de stationnement.

La Ville travaille également sur d’éventuelles solutions à long terme. Un changement de zonage a notamment été adopté afin de permettre la construction potentielle d’un stationnement public intérieur de deux étages au centre-ville. Le maire estime aussi que les nombreux chantiers actuellement en cours contribuent à accentuer la perception du problème.

Arrivée au pouvoir il y a seulement quelques mois, l’administration de M. Barbeau hérite toutefois d’un dossier déjà en place. Le maire reconnaît que son équipe aurait probablement adopté une approche différente. « Si c’était nous qui avions fait ce projet-là, on aurait peut-être fait le plan directeur avant de changer les choses », affirme-t-il.

La Ville réalise un inventaire complet des espaces disponibles afin de déterminer si le problème réside dans un manque réel de stationnements ou plutôt dans leur organisation et leur signalisation. « On est un peu devant le fait accompli. Le système a été changé et maintenant, on doit partir de cette situation-là pour bâtir une planification à long terme », explique M. Barbeau.

Un équilibre à trouver

Concernant le départ de Gisèle, M. Barbeau affirme comprendre la réalité propre à chaque entreprise, tout en regrettant de voir un commerce emblématique quitter son emplacement historique.

« Je trouve ça dommage. J’aurais préféré qu’une institution comme celle-là reste à sa place. Mais en même temps, ce sont eux qui connaissent le mieux leur clientèle et leur modèle d’affaires. »

Gisèle déménagera donc au 436, rue Labelle, où le commerce pourra profiter d’un grand espace de stationnement.

Le maire invite la population à rester à l’affut des annonces prochaines concernant le centre-ville. Par ailleurs, la consultation se poursuivra au cours des prochaines jours. Un atelier citoyen est prévu le 11 juin à l’hôtel de ville pour poser des questions et donner des commentaires, et une seconde rencontre réunira ensuite, le 15 juin, plusieurs partenaires institutionnels et économiques du centre-ville concernés par l’enjeu du stationnement.

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