(Photo : Courtoisie )
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12 jours d’action : combattre les violences faites aux femmes

Par Ève Ménard

La campagne de sensibilisation 12 jours d’action contre les violences faites aux femmes débute le 25 novembre et se terminera le 6 décembre. À Saint-Jérôme, le Comité local d’actions féministes (CLAF) invite la population à manifester sa solidarité.

Dans un contexte où un ressac est observé dans le discours social, la campagne revêt une signification toute particulière. Il faut revenir aux bases, lance Julie Santerre, intervenante au CALACS l’Ancrage. « Il faut rappeler que les violences existent parce que nous sommes dans une société inégale. »

Revenir aux origines

L’objectif principal de la campagne est de mettre en lumière la banalisation des discriminations genrées, sous toutes ses formes. Il s’agit aussi de comprendre les origines de la violence faite aux femmes. « C’est un problème social. Ce n’est pas quelque chose d’individuel à la femme qui vit la violence et à l’homme qui la violente. C’est un problème qui existe dans une société qui le permet », explique à ce sujet Mme Santerre.

Le travail qu’il reste à faire concerne surtout les stéréotypes, bien ancrés dans la société. « En 2022, des policiers demandent encore à des victimes ce qu’elles portaient. L’alcool est utilisé pour culpabiliser les victimes. On leur dit qu’elles n’avaient pas à boire comme ça. Mais c’est aussi utilisé pour déculpabiliser l’agresseur. La consommation justifie leurs actions », soulève Karolyn Lanthier, également intervenante au CALACS l’Ancrage.

Selon Julie Santerre, un discours « ambiant » continue de responsabiliser les victimes et de déresponsabiliser les agresseurs. « On en a eu un bon exemple cette semaine », affirme l’intervenante, en référence à l’affaire Julien Lacroix. Mais ce n’est pas le seul. L’intervenante nomme aussi le procès entre Johnny Depp et Amber Heard, survenu plus tôt dans l’année.

Dépasser les mythes

Des évènements comme ceux-là servent à « confirmer le mythe de la femme qui ment, qui se venge », des mythes que les organismes tentent pourtant de déconstruire. « Si on prend le procès de Johnny Depp, ça donne l’impression d’avoir une preuve sur le mythe de la fausse victime. Et on saute dessus collectivement. Puis, on fait un pas de recul », déplore Julie Santerre.

Un autre mythe freine également l’avancement de la condition féminine : celui du monstre. Autant en violence sexuelle qu’en violence conjugale, « on a besoin de dépeindre la personne violente comme un monstre », explique Julie Santerre. « Mais dans la vraie vie, ce ne sont pas des monstres. C’est un ami, c’est un chum, un père, quelqu’un que je connais et qui est socialement adapté », illustre-t-elle.

D’ailleurs, les deux intervenantes ne sont pas surprises que la perception des femmes dans l’affaire Julien Lacroix ait évolué. « Ça ne nous étonne pas. Comme ça ne nous étonne pas quand une femme victime de violence conjugale quitte, puis revient. Un être humain en relation avec un autre être humain, c’est complexe. N’en demeure pas moins qu’un geste de violence, c’est un geste de violence », affirme Julie Santerre.

Sensibiliser, revendiquer, se solidariser

Les deux intervenantes du CALACS l’Ancrage reconnaissent de belles avancées dans la dernière année. Notamment, des premiers projets pilotes ont débuté en matière de tribunal spécialisé. Les revendications se sont multipliées pour que les juges soient formés adéquatement. La parité a presque été atteinte lors des dernières élections. Julie Santerre remarque également qu’à l’échelle locale, les demandes d’aide des adolescentes augmentent.  « Ça démontre qu’elles sont conscientes que ce n’est pas correct et demandent de l’aide rapidement », précise-t-elle.

Julie Santerre et Karolyn Lanthier militent également pour davantage de prévention et d’éducation. Les organismes ont aussi besoin d’être mieux financés et valorisées, revendiquent-elles. « Nous sommes en contact avec des femmes qui l’ont vécue. Nous avons une longueur d’avance en termes de connaissances. Mais sommes-nous reconnus à la hauteur de l’expertise que nous avons? Non, pas tout le temps, pas partout », conclut Julie Santerre.


Comment participer à la campagne? 

  • Porter le ruban blanc et allumer une chandelle à sa fenêtre à 18h00 durant ces 12 jours d’action permet de souligner sa solidarité.
  • Des rubans blancs seront partagés avec la population via des commerçants, organismes et institutions de Saint-Jérôme.
  • Des publications sous forme de vidéos, textes ou photos seront partagées chaque jour sur la page Facebook du CLAF.
  • Le 6 décembre, le CLAF invite la population à participer à un événement solidaire de 12h à 13h à la Place de la Paix, à Saint-Jérôme.

 

 

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