Le MOC a une maison à Prévost depuis 1952, qui héberge les étudiants qui viennent faire des activités de plein air dans la région.

| Par Simon Cordeau

MOC: La voie tracée par des étudiants de McGill

Le McGill Outdoors Club (MOC) est l’un des plus vieux clubs de plein air de Montréal. Et sa longue histoire est intimement liée à celle des Laurentides, depuis ses tout débuts. Discussion avec d’anciens membres sur l’impact qu’a eu le club sur la région et sur leur vie.

Le MOC existe depuis 1936, au moins. « Ce n’est pas tout à fait clair quand le club commence. Disons que la tenue de registres n’est pas la plus grande force d’un club étudiant », explique avec un rire Bruce Glen, devenu membre en 1980 et qui est toujours actif auprès du club. « Le club a toujours été actif dans les Laurentides », souligne-t-il.

« J’ai appris le français dans les Laurentides », indique Abigail McLellan. Originaire de l’Ontario, elle a fait beaucoup de sorties dans la région durant sa première année à Montréal, avec le MOC et un autre club de McGill. Aujourd’hui, elle est patrouilleuse sur le P’tit Train du Nord. « Quand j’ai terminé l’université, je voulais me trouver un emploi en plein air. J’ai décidé de travailler sur le P’tit Train du Nord. Je connaissais déjà la région, qui a beaucoup d’énergie et de culture. Il n’y a pas juste la forêt [rires] », raconte-elle.

Chris Schlachter est installé à Morin- Heights depuis une quarantaine d’années. Le septuagénaire est encore très impliqué dans l’ouverture et l’entretien des sentiers de la région. D’ailleurs, lorsque je l’appelle, il est en ski. « On peut se reparler plus tard? » Revenu de sa randonnée, il me parle du club avec émotion. « J’étais membre du MOC en 1968- 1969, puis j’ai quitté McGill pour une autre carrière. Mais de 1971 à 1976, j’ai continué d’être associé au club. »

Mission: Jouer dehors

« Le club existe pour sortir les gens dehors », indique Bruce. Sa mission est de faire découvrir de nouvelles activités de plein air aux étudiants. Vélo de montagne, canot, camping d’hiver, ski de fond et alpin, télémark, escalade, rogaine… « La liste est longue! » Par contre, il n’y a pas de sports à moteur comme la motoneige. « Bien sûr, ça t’amène en haut de la colline, mais pas grâce à tes propres efforts », explique Bruce.

« Lorsque j’ai joint le club, je faisais du vélo, du canot et du ski. Maintenant, je pratique le ski nordique et l’escalade. Ce sont des sports que j’ai appris grâce au club, et ils sont devenus mes activités préférées, depuis des décennies », raconte Bruce. Par la variété des activités qui sont organisées, et les multiples possibilités offertes par les Laurentides, le MOC permet d’essayer plusieurs choses et de trouver ce qu’on aime. « J’ai aussi essayé l’escalade de glace, mais c’était trop froid pour moi », ajoute Bruce en riant.

Chris garde le même souvenir des activités du MOC. « Quand j’étais jeune, on venait toutes les fins de semaine faire du ski. À 11 ou 12 ans, nos parents nous demandaient : ski de fond ou ski alpin? Et on votait toujours pour le ski alpin! J’ai recommencé à faire du ski de fond seulement avec le MOC, à 17 ans, et je n’avais rien perdu. Sans le club, possiblement que je serais resté au ski alpin. » Il a aussi continué de faire de l’escalade longtemps après son passage au club.

Un pied-à-terre ici

Le club a même une maison dans le vieux Shawbridge, à Prévost, que McGill a acquise en 1952. Les étudiants peuvent donc jouer dehors toute la journée, dormir dans le coin à faible coût, et recommencer ou repartir le lendemain.

Shawbridge était le dernier village où les deux lignes de train s’arrêtaient, avant que les tracés du CP et du CN divergent, ce qui en faisait l’endroit idéal pour se regrouper et se loger. La maison peut accueillir jusqu’à 15 personnes. Avec la pandémie cependant, l’occupation est limitée à un seul foyer à la fois.

Les membres y retrouvent aussi de l’équipement qu’ils peuvent emprunter gratuitement, se souvient Chris. « Il y a une véranda, où on remisait des skis de fond. Les étudiants du MOC n’avaient pas d’argent, certains venaient des États-Unis et n’avaient jamais eu de skis de fond. Donc nous, on prenait d’anciens skis alpins en bois, on enlevait 1 cm de chaque bord avec des scies sauteuses pour réduire la largeur, et on remettait des fixations de ski de fond. Ça ne marchait pas trop bien, mais au moins, on avait tous des skis! »

La maison est aussi utile pour d’anciens membres qui veulent s’établir dans la région, comme Abigail. « J’ai habité un mois dans la maison de Prévost, à l’été 2020, quand j’ai commencé à travailler pour le P’tit Train du Nord. C’était pratique pour moi, en attendant de trouver un appartement », confie-t-elle.

Un réseau de sentiers…étudiant?

Aux côtés du légendaire Jackrabbit, les étudiants du MOC ont participé à l’ouverture et à l’entretien du réseau de sentiers de la région. « Jackrabbit descendait nous rendre visite à Shawbridge, entre Noël et le Jour de l’An, pour discuter avec nous. Dans mon temps, il n’aidait plus dans les sentiers, mais il faisait toujours du ski », raconte Bruce.

L’un de ces sentiers est, justement, la MOC, qui lie la vieille gare de Prévost au mont Olympia à Piedmont, en passant par la Réserve naturelle Alfred-Kelly. Chris mentionne aussi la 6X et la légendaire Whizzard, parmi d’autres.

Le MOC est aujourd’hui moins actif dans les sentiers, mais lorsque Chris était membre, le club participait encore à leur entretien. « On avait des fins de semaine à l’automne. Une journée, on avait une initiation à l’escalade, et l’autre, on travaillait dans les sentiers. J’ai fait quelques jours comme ça. Le club avait même des subventions gouvernementales, donc certains étudiants avaient comme emploi d’été d’ouvrir et de maintenir les sentiers », raconte Chris, qui trace maintenant des sentiers dans le nord de Morin-Heights par passion.

Une mémoire vivante

« J’aide toujours le club avec l’administration, les problèmes qu’il rencontre, etc. Les clubs étudiants ont la mémoire courte. Les étudiants sont membres durant trois ou quatre ans, puis quittent après leurs études. C’est pourquoi il y a quelques membres comme moi qui continuent de s’impliquer, et qui connaissent mieux l’histoire du club », explique Bruce.

Le club est géré de manière autonome, avec peu de support de l’Université McGill. « Nous avons la réputation de faire les choses à très faible coût. Tout est fait sur une base volontaire. Ce sont des étudiants qui aident d’autres étudiants », ajoute Bruce.

On sent que, même des années après leur passage au McGill Outdoors Club, les membres ont toujours un attachement au club. Il y a une dizaine d’années, l’Université McGill souhaitait vendre la maison de Prévost, mais le MOC ne voulait pas perdre ce pied-à-terre dans la région. Après négociations, ce sont deux anciens membres qui ont prêté l’argent au club pour qu’il rachète la maison, raconte Abigail.

Pour Chris, ce sentiment d’appartenance est toujours aussi fort, des décennies plus tard. « Je suis encore ami avec plein d’anciens membres du club. On a des réunions de temps en temps, et il y a des gens plus vieux, comme moi. Il y a même un groupe dans l’Ouest canadien, d’anciens membres qui se sont regroupés avec le temps. Quand on se rencontre, on doit être une trentaine de membres du club. »

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