Un atelier de sensibilisation ouvre des horizons entre policiers et travailleurs étrangers
Par Luc Robert
Le mardi 10 février dernier, une rencontre qualifiée d’exceptionnelle s’est tenue entre les 110 employés du programme des travailleurs étrangers temporaires (TET) des Serres biologiques Savoura de Mirabel (secteur Saint-Janvier) et le Service de police de la Ville de Mirabel (SPVM), afin de développer une relation de confiance.
Pour beaucoup d’entre eux, particulièrement ceux qui proviennent d’Amérique latine, la relation avec les policiers est souvent marquée par des craintes et de la méfiance, parfois en raison d’expériences passées de possible corruption ou d’abus de pouvoir à leur endroit.
« Entendre un message aussi humain, chaleureux et respectueux a été profondément touchant. Les policiers se sont montrés aimables, accessibles et sincèrement désireux de soutenir la communauté. Ce fut un moment très beau et porteur d’espoir », a souligné Mme Deborah Lopez, agente de liaison (diversité et inclusion) au Centre d’intégration en emploi des Laurentides (CIEL).
Afin de permettre aux TET de participer à cet atelier d’échanges, Savoura a arrêté sa préproduction de 10 h 45 à 12 h, démontrant ainsi un engagement envers le bien-être, l’information et l’intégration des travailleurs dans ses rangs.
« Avec le bureau de Mirabel, situé sur la rue Bélanger, j’ai eu l’idée de développer un projet avec leurs ressources humaines, pour un atelier gratuit d’intégration et de cohabitation des travailleurs. Il est demeuré sur les tablettes, mais on m’a assuré qu’un suivi serait fait en 2026. Les policiers ont apprécié l’initiative et Savoura était contente de les recevoir », a témoigné Mme Lopez.
Plusieurs sujets ont été traités au cours des entretiens, entre autres au sujet des permis de conduire et de la loi québécoise sur l’alcool au volant, le port du casque à vélo et les comportements près des feux de circulation, ainsi que divers règlements sur la condition des véhicules automobiles.
« Ils voulaient entre autres savoir ce que la loi permet en termes de consommation d’alcool, quoi faire s’ils se font coller avec un phare brulé, ou comment se garer sécuritairement lorsque survient un accident de la route. D’autres, qui se déplacent à vélo, ont demandé des conseils pour se déplacer en sécurité. Enfin, des travailleurs se sont informés des règles en ce qui concerne le bruit après 23h, car ils vivent souvent ici en groupe de 10 personnes dans des maisons mobiles et autres logements. Ce n’est pas toujours évident de vivre en groupe : même si tu proviens d’un peuple latin, il y a des différences culturelles propres à chaque pays », a expliqué Deborah Lopez.
Moment fort
Pendant la présentation des policiers mirabellois, à un moment particulier, des frissons ont parcouru le dos des intervenants et des travailleurs, lorsque les agents de la paix ont blagué en se présentant : «Ils ont dit de ne pas avoir peur d’eux. Ils ont demandé aux TET s’ils ont vu les policiers de ICE (immigration américaine) à la télévision, tout en leur
faisant savoir qu’ils n’ont aucun rapport avec eux. Que pour toutes questions, ils peuvent les aborder dans la rue sans problème ! Peu importe la barrière de la langue, les policiers feront tout leur possible pour comprendre et échanger. Qu’ils sont leurs amis et ont des informations pertinentes à partager », a lancé un des policiers. « La séance s’est poursuivie avec des fous rires, car les gens de Savoura avaient prévu remettre des tomates aux policiers en cadeau. Étant en affectation et par professionnalisme, les représentants des forces de l’ordre ont refusé le panier, pour demeurer intègres et sans pots de vin reçus. Ce fut très cocasse : des travailleurs étaient médusés et ont éclaté de rire », a poursuivi Mme Lopez, dans un très bon français oral.
En français
Un autre moment particulièrement inspirant est survenu quand un TET a choisi de poser sa question en français, parmi la foule, alors que de nombreuses interventions avaient eu lieu jusque-là en espagnol.
« Les policiers l’ont chaleureusement félicité pour ses efforts et pour son courage de s’exprimer dans la langue locale. Le travailleur a expliqué qu’il revient travailler dans la même entreprise depuis six ans et qu’il a appris et pratique le français par lui-même, afin de faciliter son séjour et son intégration au milieu local. Il s’agissait d’un moment très valorisant et inspirant pour tous », a poursuivi Mme Lopez, elle-même arrivée au Québec en 2020, en provenance du Nicaragua.
L’atelier d’échange s’est déroulé avec la participation du Service d’Interprète d’Aide et de la référence aux immigrants (SIARI) et de CIE Laurentides. Le programme des travailleurs étrangers temporaires (TET) du Canada permet aux employeurs d’embaucher des ressortissants étrangers, pour pourvoir des postes vacants lorsque la main-d’œuvre locale est indisponible. Il nécessite généralement une Évaluation de l’impact sur le marché du travail (EIMT) positive, pour prouver la nécessité du recrutement. Le processus implique également une autorisation conjointe du Québec et du Canada.
« Nous sommes créatifs pour créer des activités pour sortir les TET de leur routine quotidienne. Chaque année, à Saint-Jérôme, nous organisons des matchs de soccer avec diverses entreprises, qui permettent à environ 170 travailleurs de s’amuser et de fraterniser. Ça fait une belle différence dans leur séjour au Québec », a évalué Mme Lopez.
Historique
C’est en 2011 que Savoura a bâti son premier complexe de production biologique à Sainte-Sophie, avant de procéder en 2013 à l’acquisition du site de Mirabel. En 2018, la même firme a investi 32 M$ à Mirabel pour produire des tomates biologiques à 100%. La superficie de production de l’entreprise a été propulsée à 32 hectares, dont plus de 11 en culture biologique, conservant ainsi son statut de leader nord-américain au sein de l’industrie.