Arbressence : dans les coulisses de la transformation des conifères
L’entreprise Arbressence, située dans le parc industriel de Blainville, se distingue d’abord par son ampleur. À l’intérieur, l’odeur de cèdre et de sapin se dégage dès que l’on franchit la porte, rappelant la vocation première de l’entreprise : la transformation de résidus de conifères en huiles essentielles.
Fondée au début des années 2000 par Yannick Rudolph Binette, Arbressence a amorcé ses activités de façon artisanale, à Sainte-Thérèse, sur un terrain agricole. L’entreprise a progressivement pris de l’expansion, notamment en concluant des ententes avec des municipalités pour la collecte directe de résidus végétaux, réduisant ainsi le volume de matières traitées par les systèmes municipaux.
Au début des années 2020, en pleine pandémie, Arbressence a déménagé ses activités à Blainville afin de disposer d’installations plus vastes et entièrement intérieures. Ce changement a permis d’optimiser les opérations et de soutenir la croissance de l’entreprise, explique Kevin Girard, directeur du développement.
Un procédé de transformation sans additif chimique
Au centre de l’usine, un immense broyeur industriel attire immédiatement le regard. La machine, unique en son genre au Canada selon l’entreprise, avale sapins et résidus de cèdre entiers pour les réduire en une matière fine, prête à être distillée. « Le sapin arrive ici entier, sans décorations. On le broie complètement avant de l’envoyer dans les cuves », explique Kevin Girard, directeur du développement chez Arbressence.
Le processus est aussi rigoureux que spectaculaire. Une fois broyée, la matière est acheminée vers de grandes cuves où débute la distillation à la vapeur d’eau. Aucun additif chimique n’est utilisé.
Après plusieurs heures, l’huile essentielle est récupérée, puis entreposée dans des barils destinés aux marchés de la parfumerie et du secteur pharmaceutique. L’entreprise développe également ses propres produits, dont un nettoyant à base d’hydrolat de sapin, très apprécié pour son odeur réconfortante.

L’entreprise se démarque dans le paysage québécois par son modèle industriel. Alors que la production d’huiles essentielles de conifères est souvent réalisée à petite échelle, Arbressence mise sur une capacité de production stable et continue. « On est en mesure d’offrir un volume et une qualité constants à nos acheteurs, tout au long de l’année », indique Kevin Girard.
Une logistique de collecte étendue et exigeante
La collecte représente une part importante des activités. En été, Arbressence concentre ses efforts sur le cèdre, une matière jugée plus rentable et moins sujette à la contamination. Les opérations s’étendent sur environ six mois et couvrent le Grand Montréal, les Laurentides, Lanaudière et certaines régions du Centre-du-Québec. En période estivale, l’entreprise emploie une trentaine de travailleurs saisonniers, principalement affectés à la collecte manuelle.
En hiver, la récupération des sapins de Noël s’effectue dans le cadre d’ententes avec une douzaine de municipalités. Cette méthode permet de limiter la présence de corps étrangers, comme les décorations ou les supports de sapin, qui peuvent nuire à la qualité de l’huile ou endommager les équipements. La neige et la sécheresse des arbres en fin de saison constituent toutefois des défis supplémentaires, nécessitant des ajustements au niveau de la distillation.
La fraîcheur de la matière première demeure un enjeu central. Une fois coupé, le feuillage doit être transformé rapidement afin de préserver son potentiel aromatique. « Plus la matière est fraîche, meilleure est la qualité de l’huile », résume M. Girard.
À moyen et long terme, Arbressence souhaite renforcer sa position au Québec et étendre graduellement ses services à d’autres régions, notamment la Capitale-Nationale et le Saguenay–Lac-Saint-Jean. Une croissance qui dépendra, selon l’entreprise, de la capacité de collecte et de la disponibilité de la ressource.