Communautaire à boutte : Intervenants épuisés, besoins en hausse
Dans les Laurentides comme ailleurs au Québec, de plus en plus d’organismes communautaires affirment avoir atteint leurs limites.
Porté par le mouvement « Le communautaire à boutte », un nombre croissant de groupes dénoncent un sous-financement chronique et des conditions de travail difficiles, alors qu’en même temps, les besoins de la population augmentent. Dans la région, des intervenants du terrain soulignent la pression grandissante sur leurs équipes et leurs services.
Selon Benoît Larocque, coordonnateur du Regroupement des organismes communautaires des Laurentides, la mobilisation actuelle reflète un ras-le-bol rarement vu dans le milieu. « Je suis dans le communautaire depuis plus de 30 ans et je n’ai jamais vu une affaire de même », affirme-t-il. « Il y a beaucoup d’indignation par rapport au manque d’écoute du gouvernement. »

« Au moment où on se parle, il y a déjà 52 organismes dans la région qui ont un mandat de grève entre le 23 mars et le 2 avril », souligne-t-il, précisant que ce nombre continue d’augmenter.
Des besoins qui explosent
Sur le terrain, les organismes disent faire face à une augmentation constante des demandes. À Saint-Jérôme, l’organisme l’Antre-Jeunes, qui accompagne des adolescents et jeunes adultes, observe cette pression depuis plusieurs années.
« La pandémie a été un élément tournant pour nous. Les attentes sont beaucoup plus grandes qu’avant », explique la coordonnatrice Stéphanie Gaussirand.
Parallèlement, les ressources humaines restent limitées. Les organismes doivent parfois adapter leurs services ou placer des jeunes sur des listes d’attente.
Selon elle, le communautaire joue de plus en plus un rôle de filet social lorsque les services publics sont saturés. « On entend régulièrement des gens dire qu’ils ont un an ou un an et demi d’attente pour un service au CLSC. Dans ces circonstances-là, ils se tournent vers le communautaire », dit-elle.
Des équipes épuisées
Cette pression se fait ressentir directement chez les équipes de travail. Les intervenants et intervenantes sont confrontés quotidiennement à des situations complexes, tout en évoluant dans des conditions salariales souvent moins avantageuses que celles du réseau public.
« Les salaires qu’on peut offrir sont environ les deux tiers de ceux du réseau. Pourtant, nos intervenantes ont souvent les mêmes qualifications », explique Mme Gaussirand.
La coordonnatrice affirme également que la difficulté à recruter du personnel est devenue un enjeu majeur. L’Antre-Jeunes a récemment passé six mois à chercher une personne pour compléter son équipe. « Six mois à fonctionner avec moins de personnel, c’est énorme. Les intervenantes doivent tenir le fort pendant ce temps-là », raconte-t-elle.
Dans plusieurs organismes, cette surcharge mène à de l’épuisement professionnel ou à des départs. « Quand un organisme atteint ses limites, ce sont souvent des congés de maladie ou des fins de contrat qu’on ne peut pas renouveler faute d’argent », explique M. Larocque.
Un financement jugé instable
Au cœur des revendications se trouve la question du financement. Les organismes réclament notamment un financement récurrent à la mission, plutôt que des subventions ponctuelles liées à des projets.
Selon M. Larocque, la multiplication des programmes et des exigences administratives complique le travail des équipes.
« Certains organismes doivent composer avec plus de 20 bailleurs de fonds différents. Chacun a ses conditions, ses échéances, ses rapports à produire. C’est difficile de construire quelque chose de cohérent avec un financement aussi fragmenté », explique-t-il.
Un mouvement qui veut se faire entendre
Malgré la fatigue qui marque le milieu, plusieurs disent aussi ressentir une solidarité nouvelle. « Le communautaire est épuisé, stressé, tendu, mais en même temps très solidaire et très engagé », résume Mme Gaussirand.
Dans les prochaines semaines, des actions et mobilisations devraient se tenir dans différentes régions, dont les Laurentides. Les organismes espèrent ainsi attirer l’attention sur leur réalité et relancer les discussions avec le gouvernement.
Car pour M. Larocque, l’enjeu dépasse la survie des organismes eux-mêmes. « Le gouvernement compte énormément sur les groupes communautaires pour soutenir la population. Si ce filet social lâche, c’est une crise sociale qui nous attend », conclut-il.