Chercher du sérieux dans l’ère du numérique, est-ce encore possible ?

Par Alexane Taillon-Thiffeault

Alors que les façons de se rencontrer ont radicalement évolué depuis les années 1930, les aspirations amoureuses des jeunes de la génération Z montrent un paradoxe intéressant : malgré l’omniprésence du numérique dans leurs vies, une majorité d’entre eux cherchent toujours une relation sérieuse et stable, si possible hors ligne.

Selon l’étude menée par Léger360 pour Fruitz auprès de 501 jeunes québécois.es de 18 à 24 ans, 76 % d’entre eux se projettent dans une relation sérieuse dans l’avenir. Ils ne cherchent pas simplement à collectionner les « matches », mais aspirent véritablement à un engagement durable.

Parmi les critères les plus importants pour construire une relation durable, les jeunes citent d’abord la confiance et la loyauté, suivies de la communication, du respect et des valeurs communes. Autrement dit, même dans un monde dominé par les technologies, les valeurs « classiques » du couple restent au centre de leurs attentes.

Cela contredit une idée reçue fréquente selon laquelle les jeunes seraient passés maîtres dans les relations superficielles ou sans attachement. Au Québec, du moins, ce n’est clairement pas le cas.

Le numérique comme outil, pas comme finalité

Même si une proportion importante de jeunes ont déjà utilisé une application de rencontre (environ trois sur cinq), ce n’est pas forcément leur méthode privilégiée pour trouver l’amour. Beaucoup reconnaissent que les rencontres en personne, que ce soit « au travail, à l’école ou par l’intermédiaire d’amis », restent la norme pour faire de nouvelles rencontres.

Par ailleurs, une partie des jeunes détourne les applis pour des usages moins typiques : certains s’en servent pour se faire des amis ou élargir leur cercle social avant de penser à l’amour.

Cette ambivalence s’explique en partie par une perception critique des applis : plusieurs jeunes jugent les rencontres en ligne trop superficielles ou épuisantes, préférant les échanges authentiques qui se construisent face à face.

Rencontres hors ligne : un retour en force ?

Dans un contexte où les interactions virtuelles peuvent laisser un goût d’inachevé, nombre de jeunes cherchent à revenir aux sources : discuter dans un café, rencontrer des amis d’amis, fréquenter des événements sociaux ou communautaires. Cette tendance est observable non seulement au Québec, mais aussi ailleurs dans le monde, où des jeunes affirment préférer les rencontres réelles aux connexions numériques.

Le phénomène n’est pas seulement romantique : il s’explique aussi par un besoin de vulnérabilité et d’authenticité. Une autre étude internationale récente montre que de nombreux jeunes éprouvent de la difficulté à s’ouvrir émotionnellement, même s’ils le souhaitent – un paradoxe qui rend les rencontres en ligne plus anxiogènes.

Un paradoxe générationnel intéressant

Ce que révèle cette génération, c’est qu’être technophile ne signifie pas renier les valeurs humaines du couple. Les jeunes utilisent les outils numériques parce qu’ils sont disponibles et efficaces, mais ils restent relativement attachés à l’idée d’une relation profonde, sincère et construite avec quelqu’un qu’ils peuvent réellement connaître.

Il s’agit d’un paradoxe générationnel qui invite à repenser la façon dont on parle de l’amour aujourd’hui : le numérique n’a pas tué la romance, il l’a seulement redessinée.


Encadré statistique

  • 76 % des jeunes Québécois de la génération Z se voient dans une relation sérieuse.

  • Environ 60 % ont déjà utilisé une application de rencontre.

  • Environ 25 % ont rencontré leur partenaire actuel en ligne.

  • Principaux critères recherchés : confiance/loyauté, communication, respect.

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