Tintamarre pour le communautaire à Saint-Jérôme

Plus d’une centaine de personnes se sont rassemblées le 26 mars au parc Labelle, à Saint-Jérôme, pour participer au grand tintamarre du mouvement Le communautaire à boutte!
Cette mobilisation provinciale a pour but de dénoncer le sous-financement chronique du milieu communautaire. Munis de casseroles, de pancartes et de tambours, les participants ont marché bruyamment autour du parc afin de faire entendre leurs revendications, dans une ambiance à la fois festive et déterminée.
Cette action s’inscrit dans une grève et une série de mobilisations qui doivent se poursuivre jusqu’au 2 avril à travers le Québec.
« Le milieu communautaire est en train de s’effriter »
Selon Stéphanie Gaussirand, coordonnatrice de l’organisme l’Antre-Jeunes et impliquée dans l’organisation locale de la mobilisation, le rassemblement visait avant tout à réclamer de meilleures conditions pour les travailleuses et travailleurs du secteur.
« On est ici aujourd’hui pour revendiquer de meilleures conditions de travail […] parce que le milieu communautaire, c’est une richesse, puis il est en train de s’effriter », explique-t-elle, soulignant la précarité vécue par plusieurs organismes et employés.
Elle note que la forte participation témoigne d’un appui qui dépasse les seuls intervenants communautaires. « Les personnes qui fréquentent les organismes sont aussi là. On voit même des partenaires comme le cégep. Ça montre à quel point le communautaire touche tout le monde. »
Malgré la colère exprimée, l’ambiance demeurait positive. « Habituellement, le communautaire à boutte, ce sont des visages fatigués. Aujourd’hui, on voit beaucoup de sourires. La solidarité, ça fait du bien », ajoute-t-elle.
Un « filet social dans l’ombre »
Pour Alexandre Charbonneau, coordonnateur du Regroupement des usagers du transport adapté et collectif de la MRC Rivière-du-Nord (RUTAC MRC RDN), les organismes communautaires jouent un rôle essentiel, souvent méconnu.

« Les organismes communautaires, c’est le filet social dans l’ombre de la communauté », affirme-t-il, évoquant leur travail en aide alimentaire, en santé mentale, auprès des aînés ou des personnes en situation d’itinérance.
Selon lui, la mobilisation actuelle dépasse les revendications salariales individuelles. « Ce n’est pas une question de salaire personnel, mais de survie des organismes », insiste-t-il, mentionnant la fermeture récente de deux comptoirs alimentaires à Saint-Jérôme faute de ressources suffisantes.
Les manifestants espèrent surtout obtenir une reconnaissance accrue et un financement stable de la part du gouvernement provincial.
Des élus municipaux en appui
Deux conseillers municipaux de Saint-Jérôme, Jessica Desroches Lauzon et Marc-Antoine Lachance, étaient également présents pour démontrer leur soutien au mouvement.
Mme Desroches Lauzon, qui œuvre aussi au sein du milieu communautaire, estime que les organismes compensent de plus en plus le désengagement de l’État. « On sait que le gouvernement se désengage de beaucoup de missions et c’est le communautaire qui prend la relève. Pour avoir un communautaire fort, ça prend de l’investissement », affirme-t-elle.
Elle souligne que la présence de nombreux citoyens renforce la légitimité de la mobilisation. « Ça démontre vraiment la pertinence du communautaire d’avoir autant de personnes ici pour le défendre. »
Les élus insistent notamment sur l’importance d’un financement à la mission plutôt que par projets ponctuels, afin d’assurer la stabilité des services et la rétention du personnel. « Investir dans le communautaire, c’est avoir encore plus d’argent directement sur le terrain », ajoute M. Lachance.
Faire entendre la grogne jusqu’à Québec
Les organisateurs espèrent que les actions menées simultanément dans plusieurs régions du Québec feront pression sur le gouvernement afin d’ouvrir un dialogue formel avec le secteur communautaire.
Une pétition liée au mouvement a déjà recueilli quelque 20 000 signatures et a été déposée récemment à l’Assemblée nationale.
D’ici la fin de la période de grève, d’autres actions de visibilité sont prévues afin de maintenir la pression et de mieux faire connaître un milieu que plusieurs jugent essentiel, mais encore trop peu reconnu.
