Saint-Jérôme : resserrer les règles pour favoriser le logement abordable
Confrontée à une pression grandissante sur le marché locatif, la Ville de Saint-Jérôme a récemment resserré son règlement de zonage incitatif, doublant l’exigence de logements abordables de 10 % à 20 % pour les projets immobiliers qui souhaitent bénéficier d’une hauteur supplémentaire.
Cette décision, adoptée le 17 février dernier, s’inscrit dans un contexte plus large de crise de l’habitation. En entrevue avec Le Nord, le maire Rémi Barbeau évoque un constat partagé à l’échelle du Québec, et c’est que l’accès à un logement à coût raisonnable devient de plus en plus difficile. « Il n’y a plus de logements qui respectent la règle du 30 % du revenu », souligne-t-il, rappelant que ce seuil constitue une norme de base en matière de saine gestion financière pour les ménages.
Une réalité accentuée ici
À Saint-Jérôme, cette réalité est accentuée par le profil socioéconomique de la population. Ville de services, elle compte une proportion importante d’aînés, d’étudiants et de ménages à revenu plus modeste que la moyenne régionale. Or, les nouvelles constructions, souvent des condos locatifs, affichent des loyers élevés, peu accessibles pour une grande partie des citoyens.
Face à cette situation, la Ville mise sur accorder davantage de flexibilité aux promoteurs, mais en exigeant un retour concret pour la collectivité. Concrètement, les promoteurs peuvent obtenir un ou deux étages supplémentaires à leurs projets, à condition que 20 % des unités soient reconnues comme abordables. « Si la Ville accorde une flexibilité, elle doit générer un bénéfice concret pour la population », résume le maire.
Le caractère « abordable » de ces logements n’est toutefois pas défini directement par la Ville. Les promoteurs doivent plutôt adhérer à un programme du gouvernement fédéral, qui encadre les critères et assure un suivi sur une période de cinq à dix ans. La Ville exige une preuve d’acceptation à ce programme avant de délivrer un permis. En cas de non-respect, des pénalités sont prévues pour chaque unité concernée.
Pour Rémi Barbeau, cette approche représente une solution « tampon ». Elle permet d’augmenter l’offre à court terme, mais elle ne règle pas entièrement le problème structurel. « On doit aussi développer du logement hors marché », insiste-t-il, évoquant des projets visant à retirer certains immeubles de la logique de profit ou à en construire spécifiquement dans une optique sociale.
L’importance de collaborer
La collaboration avec les promoteurs demeure, selon lui, essentielle. Loin de les considérer comme des adversaires, la Ville les voit comme des partenaires dans le développement urbain. « Ce sont eux qui bâtissent la ville », rappelle-t-il, tout en soulignant l’importance d’encadrer cette croissance pour favoriser une mixité sociale durable.
Reste la question de l’évaluation. À l’heure actuelle, la Ville reconnaît manquer de données précises sur son parc immobilier, notamment sur les types de logements disponibles et les niveaux de prix. Un portrait global est en cours d’élaboration, et servira de base pour mesurer l’efficacité des nouvelles politiques dans les prochaines années.
Au-delà des chiffres, l’enjeu est aussi identitaire. Pour le maire, maintenir l’abordabilité du logement est essentiel afin de permettre aux jeunes de s’établir et aux aînés de demeurer dans leur milieu de vie. « Si tout le monde doit partir à un moment de sa vie, on perd une partie de notre identité », conclut-il.