Saint-Hippolyte : l’eau suivra-t-elle la cadence de construction ?
Par Luc Robert
Depuis plus de vingt ans, Saint-Hippolyte investit pour mieux comprendre son eau. Les études se succèdent, les cartes se précisent, les constats s’accumulent. Un première déduction se profile : la disponibilité de la ressource n’est pas infinie et sa gérance ne semble pas simple.
Sous nos pieds, l’eau circule dans les fractures du roc. À Saint-Hippolyte, il est peu fissuré, ont décrit des experts : l’eau avance lentement, ce qui signifie que certains puits peuvent mettre plus de temps à se remplir à nouveau. Dans certains secteurs de la municipalité, surtout au sud, cette eau serait plus vulnérable à une possible contamination, en raison de cette lenteur à circuler et à regénérer les réserves des puits.
Où est la menace ?
Les milieux humides, eux, jouent un rôle essentiel : ils filtrent, retiennent et relâchent l’eau au bon rythme. Ils font partie de la chaîne qui alimente les puits artésiens.
La municipalité connaît les zones de recharge essentielles, où l’eau s’accumule et se renouvelle. Saint-Hippolyte se doute aussi quels secteurs doivent être développés avec prudence. Des zones ont été développées, alors que d’autres sont en voie de l’être ou en suspens.
« Est-ce que des préapprobations avant la nouvelle réglementation représentent une menace ? On ne le sait pas à ce stade-ci. On est souvent pris avec des décisions du passé. Mais la revue du nouveau Schéma d’aménagement s’amorce dès mai, ça pourrait nous éclairer… mais probablement dans un prochain mandat. Combien de temps ça va prendre pour le rédiger, l’envoyer à Québec et qu’il revienne approuvé ? On ne le sait pas plus. On tiendra une séance de consultation sur la concordance le 31 mars, ça nous aidera à avancer », a prévu la mairesse de Saint-Hippolyte, Mme Isabelle Poulin.
Plusieurs citoyens craignent que le parachèvement de projets ne tienne pas compte de la capacité réelle des ressources naturelles disponibles, avec le risque de peut-être voir trop de maisons érigées dans un même secteur, sans savoir si la nappe phréatique pourra suivre.
« Pas pour le moment, ce n’est pas ce que les études nous démontrent. Il n’y a pas d’enjeu de manque d’eau à Saint-Hippolyte. C’est souvent dans la façon dont les puits sont construits que se trouverait le problème. En Ontario, ils choisissent le lieu pour creuser un puits sur un terrain en premier. Ensuite, ils localisent les lieux du solage de la maison et celui du système sanitaire. Au Québec, on fait le contraire du processus et l’endroit choisit pour le puits est souvent sur une parcelle de restant du terrain à la fin. C’est notre façon d’aménager qui est possiblement à repenser », a défini la mairesse.
Des résidents déjà établis depuis belle lurette, eux, espèrent que leurs puits continueront à fournir longtemps le précieux liquide : un puit trop sollicité pourrait littéralement s’assécher. Le remplacer par un nouveau forage peut coûter cher, s’il doit être percé très creux et/ou dans le roc.
« On veut entamer une deuxième phase à notre suivi hydrologique. Demander aux gens qui ont constaté une baisse d’eau chez eux de nous faire part de la situation. Selon les sondes installées, il n’y a pas d’enjeu de baisse de niveau ou de manque d’eau. On a consulté une pléiade de spécialistes, d’hydrologues jusqu’à des puisatiers, en passant par notre propre biologiste », a repris Mme Poulin.
Éléments naturels
Des impondérables hors de contrôle jouent également un rôle : des hivers moins neigeux, donc moins de recharge ; des étés plus secs, donc plus de pression sur les puits ; des intempéries trop fortes pour être absorbées, qui ruissellent au lieu de s’infiltrer dans le sol saturé. Des bassins de rétention qui débordent et donc des inondations qui pourraient avoir des effets sur la valeur des maisons lors d’une éventuelle inondation.
Un plan ?
Il existe des recommandations, des signaux envoyés par des résidents qui manquent déjà d’eau potable (rue Monette, entre autres). La municipalité présentera-t-elle un plan global pour assurer l’eau potable à long terme ?
« Notre nouvelle directrice générale est arrivée lundi : on a maitrisé les feux dans divers dossiers dernièrement. Là, on va regarder le plan de conservation et le développement futur de la municipalité. Ensuite on arrivera avec une approche à jour », a-t-elle promis.
Des citoyens ont de plus fait valoir au Nord que la qualité de vie et la sécurité de leur famille ne peuvent être gérées au cas par cas, au gré des signatures passées avec des promoteurs ou des cycles électoraux.
« Si c’est le cas du Lac Bleu versus le Domaine de la Colline dont il est question ici, alors voici : l’étude théorique fait une présomption de possible manque d’eau. Alors que l’étude du promoteur se fie aux études effectuées sur le terrain. On a réuni tout le monde autour d’une table et les intéressés ont adhéré à ça, de permettre la fin de la phase 3B. On n’est pas encore rendu à parler des phases 4 et 5 subséquentes » , a informé Isabelle Poulin.