(Photo : Gilles M-Deschênes)
Le conducteur d’un tracteur a réussi à s’extirper de la carcasse, restée coincée sous la glace.

Prévost : un déneigeur s’extirpe de son tracteur submergé

Par Luc Robert

Un déneigeur expérimenté de Prévost doit sa survie à son sang froid, après que la glace eut cédé sous le tracteur qu’il conduisait sur le lac Saint-François, le mercredi 24 décembre en fin d’avant-midi.

Comme à chaque hiver, Samuel Longpré s’affairait à aménager une patinoire pour les enfants du secteur, lorsque son véhicule s’est retrouvé soudainement 10 pieds sous l’eau.

« On est pris par surprise quand ça descend de même. Ça a pris seulement 5 minutes à couler au fond. J’ai eu le temps de passer trois appels cellulaires, dont un à ma blonde. Je pensais sérieusement mourir ici. J’avais de l’eau jusqu’aux épaules, quand j’ai pu ouvrir la porte et sortir. J’ai fait du squat aquatique et j’ai réussi à grimper. Par chance, la gratte (chasse-neige) était demeurée au-dessus de la glace et j’ai pu m’agripper pour me tirer de cette fâcheuse position », a témoigné le courageux homme de 35 ans.

L’adrénaline faisant son œuvre, M. Longpré a vite regagné son domicile pour se réchauffer.

« Les pompiers de Prévost sont intervenus en moins de 10 minutes : un grand merci à eux. Ils se sont pointés chez moi quand j’étais déjà sous la douche. Les ambulanciers du SPLL ont suivi. Ils ont été rapides, mais tu n’es jamais prêt à faire face à des situations d’urgence de même », a ajouté celui dont les sapeurs prévostois ont vérifié un possible choc thermique lors de sa saucette inattendue. Les paramédicaux ont suivi avec d’autres tests.

« Tout était beau. J’ai évité une visite à l’hôpital », a-t-il trouvé le moyen de blaguer.

Vérifications faites

M. Longpré avait « effectué ses devoirs » avant de procéder au déneigement de la surface glacée.

« On a mesuré l’épaisseur de la glace à plusieurs endroits, avant de s’aventurer dessus. Elle atteignait 12 pouces, ce qui est en masse pour supporter mon tracteur et l’équipement. Sauf qu’on en apprend tous les jours : elle était constituée de 9 pouces de glace blanche, soit de la fausse glace. On ne m’y reprendra plus. J’ai continué de déneiger des entrées de résidences dès le lendemain, mais je n’ai pas l’intention de prendre de risque à l’avenir. Je ne me sens pas traumatisé, mais je fais encore plus attention qu’à l’accoutumée en déneigeant », a-t-il poursuivi.

Benoît Longpré, père de Samuel, s’affairait avec son camion à dégager un anneau de marche autour du lac Saint-François au même moment.

« La glace peut être trompeuse, même lorsque mesurée. Sur les 12 pouces de glace répertoriés ici, seulement 3 pouces de glace portante (bleue) étaient visibles. Les 9 autres pouces étaient composés de fausse glace blanche, soit un amas de neige et d’eau. Pour un tracteur de +/- 6 000 livres, 3 ou 4 pouces de glace bleue (pure) étaient insuffisants pour soutenir le poids total », a détaillé l’expert Sylvain Audet, dans une vidéo relatant les travaux effectués.

Son équipe spécialisée de Magog, est venue à Prévost effectuer les travaux nécessaires au renflouement du tracteur John Deere.

« Je lève mon chapeau à son équipe. Ils sont venus de Magog par -27 degrés Celsius, le 26 décembre, pour réaliser les travaux à 7 gars. Ils ont coupé minutieusement les blocs de glace et ont créé un corridor de 150 pieds, jusqu’à la rive. Ça aura pris une douzaine d’heures pour tout exécuter. Rendu à 20 pieds du bord, on a pu remorquer le tracteur et le charger avec un câble sur une plate-forme. Le tracteur a ensuite séjourné dans un garage chauffé pour sécher. On a pu procéder à la vidange d’huile et autres fluides sans perte. Il n’y a eu aucun écoulement dans le lac. Le ministère de l’Environnement suivait ça de près. Je pense que le moteur du tracteur est condamné, mais le reste peut être vendu pour les pièces. Le chasse-neige et la souffleuse sont encore bons. Reste maintenant à obtenir une entente avec la compagnie de financement du véhicule », s’est-il résolu.

Des possibilités

Les écarts de température des dernières semaines ont pu rendre la glace moins solide à certains endroits, ont souligné d’autres experts. La neige tombée en moins de 24 heures a pu contribuer à isoler une première couche de glace, limitant son épaississement malgré le froid.

« Chaque situation varie. On peut effectuer jusqu’à 20 récupérations par année. Je suis allé à Prévost le 25 décembre pour évaluer la situation. J’ai recommandé à Samuel de dégager avec une petite souffleuse à bras l’air de travail. Ainsi on évite un déneigement et le recours aux plongeurs, puisque ce n’est pas trop profond. Nos gars avaient leur habit de flottaison et ça s’est bien déroulé. On a déjà sorti des hélicoptères, des véhicules amphibies, etc. Et là, on ira en mars sortir un véhicule côte à côte sur la Côte-Nord », a ajouté M. Audet, qui effectue ce boulot depuis 1990.

Autre cas

Il s’agissait d’ailleurs du deuxième cas de tracteur enseveli sous l’eau en deux semaines à Prévost. Une rétrocaveuse (pépine) a aussi connu le même sort au Lac Renaud, à la mi-décembre. Les pompiers n’ont toutefois pas été appelés sur les lieux.

À l’événement du lac Saint-François, des équipes de pompiers de Saint-Hippolyte et de Saint-Jérôme ont prêté assistance à celle de Prévost.

Rappelons par ailleurs qu’un homme dans la quarantaine et un jeune enfant, qui se trouvaient dans un tracteur de déneigement, ont aussi péri le mercredi soir 24 décembre au lac Ernest, dans Lanaudière. Le véhicule déneigeait un sentier autour du plan d’eau du secteur Saint-Zénon, lorsque le drame est survenu.

Épaisseurs minimales recommandées sur les plans d’eau

  • Ne jamais s’aventurer si moins de 7cm

  • Marche à pied : 10-15 cm (4-6 pouces)

  • Patinage en groupe / Hockey : 20 cm (8 pouces)

  • Motoneige / VTT : 12 cm (5 pouces)

  • Véhicules légers : 20 cm (8 pouces)

  • Camions / Tracteurs : 30-38 cm (12-15 pouces)

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