(Photo : Photo Médialo - Luc Robert)
Mme Françoise Drapeau-Monette, de l’ex-Centre d'information et d'animation communautaire (CIAC) des expropriés de Mirabel.

Mirabel : malaise palpable entre les anciens expropriés et les spécialistes d’Alto

Par Luc Robert

La séance d’information réunissant des ingénieurs et spécialistes des communications d’Alto avec les agriculteurs de Mirabel a donné lieu, le 24 février dernier au Centre culturel Jean-Laurin du secteur Saint-Augustin, à un choc des cultures dont les anciens expropriés se seraient bien passés.

Réunis autour d’une grande table centrale de la salle où se tenait l’exposition en diverses stations du projet fédéral de train à grande vitesse (TGV), les survivants du clan de la famille Drapeau, de la Côte des Anges, regardaient défiler les agriculteurs anxieux de la nouvelle génération, qui tentaient de savoir comment ils risquent d’être affectés par une possible deuxième expropriation dans leur région.

« Les technologies de diffusion ont changé, mais comme aux assemblées du début des années 1970, on n’en sait pas beaucoup plus de l’endroit où passera officiellement le TGV, alors qu’à l’époque, on cherchait de l’information pour chiffrer la valeur de nos terres, face aux négociateurs féroces du fédéral. D’un côté, c’est louable de vouloir informer les gens, mais de l’autre, on sent vivement l’agacement ressenti par les Mirabellois en quête de réponses complètes, mais qui ressortent d’ici avec des points d’interrogations dans les yeux. C’est juste invraisemblable de se retrouver à nouveau confrontés aux inquiétudes d’antan », s’est exprimée Mme Françoise Drapeau-Monette, une des dernières dirigeantes de l’ancien Centre d’information et d’animation communautaire (CIAC) des expropriés, toujours vigoureuse à 88 ans.

Sa famille et des amis observaient la scène irréelle : certains stoïquement, d’autres avec les émotions du passé ressenties à fleur de peau. Des fils et petits-fils d’expropriés s’enquéraient nerveusement de leur possible condition, alors que d’autres regardaient dans le vide, incrédules « de jouer à nouveau dans un film de série B », a imagé un loustic croisé au hasard.

Me Denise Beaudoin, et Mme Françoise Drapeau-Monette. (Photo : gracieuseté)

« Ils nous ont dit ce qu’ils voulaient bien nous dire. Il n’y a pas eu d’avancements concrets dans leurs propos pour un corridor. On espérait une vraie séance de consultation, mais on a obtenu un événement de relations publiques, après avoir oublié de faire un arrêt à l’épicentre de la première expropriation. Je n’ai jamais vu ça : enlever tous les droits des citoyens de contester des amendements d’un projet de loi. Ça me semble pire aujourd’hui, car ça revient hanter une deuxième génération de citoyens. Mais chapeau au député (Jean-Denis) Garon de maintenir la pression et d’obtenir sous peu des excuses officielles d’Ottawa, attendues depuis plus d’un demi-siècle, pour le premier affront de 1969. Notre Centre de mémoire collective des expropriés, dont nous avons obtenu un terrain pour la construction, prend encore plus de son sens, pour qu’on n’oublie jamais », a témoigné à son tour l’ancienne députée de Mirabel et avocate, Me Denise Beaudoin, qui a conseillé plusieurs expropriés dans leurs démêlées avec Ottawa.

Ralliement extérieur

Plus tôt dans la journée, les agriculteurs de Mirabel ont fait sentir leurs inquiétudes en masse au gouvernement Carney, en paradant en tracteur de ferme sur la rue Saint-Jacques, sous escorte de la police municipale. Ils ont été cantonnés à leur arrivée au Centre culturel au fond du stationnement de l’aréna Jean-Laurin, devant le nouveau terrain de balle aux dimensions juniors.

C’est à cet endroit que le député actuel de Mirabel, M. Jean-Denis Garon, a rappelé que les blessures de l’expropriation de 1969 n’ont toujours pas été pansées, 57 ans plus tard. Il ne s’est pas gêné pour souligner en entrevue « que les Conservateurs fédéraux ont refusé de s’aligner avec le Bloc Québécois pour faire modifier le projet de loi C-15 ».

« Ce qu’on a vu ce 24 février à Mirabel, c’est une mascarade d’Alto. Il y avait juste des vendeurs du projet sur place. À Ottawa, ils avaient prévu voter le 26 février le projet de loi C-15 en 3e lecture, à la Chambre des communes. J’ai 50 minutes pour débattre d’amendements possibles. On soutient jusqu’au bout les agriculteurs, qui ne veulent pas vivre à nouveau le cauchemar d’un grand dérangement », a-t-il évoqué.

Les Acadiens ont vécu en effet le même genre de bouleversement, lors de la création du Parc national Kouchibouguac au Nouveau-Brunswick. Les expropriés s’étaient alors ralliés autour de Jackie Vautour, qui discutait occasionnellement avec feu Jean-Paul Raymond, membre fondateur du CIAC basé à Sainte-Scholastique.

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