(Photo : Manufacturiers & Exportateurs du Québec)

Les manufacturiers des Laurentides face à des défis persistants

Par Alexane Taillon-Thiffeault

De passage dans les Laurentides dans le cadre de sa tournée régionale, Julie White, présidente-directrice générale de Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ), a pris le pouls d’un secteur manufacturier à la fois résilient et sous pression.

Entre pénurie de main-d’œuvre, hausse des coûts et défis d’exportation, les entreprises de la région doivent composer avec un environnement économique complexe. Organisée à Boisbriand, la rencontre de MEQ a réuni une vingtaine d’acteurs du milieu autour d’enjeux clés comme la compétitivité, la productivité et l’accès aux marchés internationaux.

« Un peu comme partout au Québec, le défi numéro un demeure la main-d’œuvre », souligne Mme White en entrevue avec Le Nord. Le secteur fait face à près de 12 000 postes vacants à l’échelle provinciale, une réalité amplifiée par le vieillissement de la population et les limites actuelles des programmes d’immigration.

Dans les Laurentides, cette rareté de travailleurs freine directement la croissance des entreprises, malgré les nombreuses occasions d’affaires. « On parle de grands projets, d’opportunités intéressantes, mais sans main-d’œuvre, ça devient un frein majeur à la production », insiste-t-elle.

Des coûts en hausse et un contexte incertain

Au-delà de la main-d’œuvre, les manufacturiers doivent composer avec une augmentation des coûts, notamment liée aux tensions géopolitiques. La hausse du prix du carburant et les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement ont des impacts directs sur les entreprises exportatrices de la région.

« Tout ce qui touche le transport coûte plus cher, et ça se répercute dans toute la chaîne logistique », explique Mme White.

Dans ce contexte, l’exportation demeure essentielle à la croissance. Le secteur manufacturier représente d’ailleurs plus de 86 % des exportations québécoises. Toutefois, diversifier ses marchés reste un défi de taille.

Diversifier, mais à quel prix ?

Si plusieurs entreprises souhaitent réduire leur dépendance au marché américain, la démarche est loin d’être simple. « Développer un nouveau marché, ça peut prendre de trois à cinq ans. Ça demande du temps, des ressources et une tolérance au risque », précise Mme White.

Parmi les principaux obstacles, il y a le manque d’information pour cibler les bons marchés, les ressources limitées pour démarcher à l’international et les risques financiers associés. Malgré cela, certaines entreprises de la région amorcent déjà ce virage, encouragées par les outils d’accompagnement offerts notamment par MEQ et ses partenaires.

Miser sur l’innovation et l’achat local

Pour améliorer leur compétitivité, les manufacturiers sont également appelés à investir davantage dans l’automatisation et les nouvelles technologies. Ces investissements, souvent coûteux, permettent toutefois de compenser en partie le manque de main-d’œuvre et d’augmenter la productivité.

Mais pour Mme White, le rôle des gouvernements est aussi déterminant. Elle plaide notamment pour une meilleure intégration des produits québécois dans les contrats publics.

« Les entreprises n’ont pas seulement besoin de subventions, elles ont besoin de contrats », affirme-t-elle, dénonçant le recours trop fréquent au principe du plus bas soumissionnaire dans les appels d’offres publics.

Un secteur stratégique à valoriser

Malgré les défis, le message de la PDG de MEQ est optimiste. Les manufacturiers québécois, y compris ceux des Laurentides, disposent d’un savoir-faire reconnu et d’un fort potentiel d’innovation.

« On connaît peu ce qu’on fabrique au Québec, mais on a des entreprises exceptionnelles », souligne-t-elle, en évoquant notamment la visite d’une usine hautement automatisée dans la région.

Alors que la tournée régionale se poursuit ailleurs au Québec, MEQ souhaite maintenir le dialogue avec les entreprises et faire remonter leurs préoccupations auprès des décideurs.

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