L’immigration, un moteur essentiel du marché du travail des Laurentides

Par Alexane Taillon-Thiffeault

Dans les Laurentides, l’immigration joue un rôle important sur le marché du travail, tant pour répondre aux pénuries que pour soutenir certains secteurs stratégiques. Mais l’intégration professionnelle demeure marquée par des obstacles, notamment la reconnaissance des compétences et l’accès à des postes à la hauteur des qualifications.

Coordonnatrice des services spécialisés pour les personnes immigrantes au Centre d’intégration en emploi des Laurentides (CIE Laurentides), Nathalie Honoré constate que l’apport des nouveaux arrivants est bien réel. Dans le secteur de la santé, notamment, des cohortes d’infirmières formées à l’étranger ont été accueillies sur les territoires de Thérèse-De Blainville et d’Antoine-Labelle.

Après une mise à niveau déterminée par l’ordre professionnel, elles peuvent intégrer plus rapidement le réseau. « Ça permet aux personnes d’exercer comme infirmières de façon beaucoup plus rapide », souligne-t-elle. Plusieurs se dirigent aussi vers des formations de préposé aux bénéficiaires ou d’infirmière auxiliaire, contribuant directement à combler des besoins importants.

D’autres secteurs touchés

Le manufacturier représente un autre moteur d’intégration. Des entreprises comme Nova Bus, à Saint-Eustache, ont « embauché beaucoup dans le domaine de l’immigration », principalement pour des postes de journaliers, avec formation offerte à l’interne. Airbus a également recruté massivement en fabrication.

De plus, les entreprises font souvent confiance au CIE Laurentides, affirme Mme Honoré, précisant que le CIE accompagne les personnes pendant plusieurs mois, ce qui permet de référer des candidatures « en voyant au-delà du CV ».

Le secteur touristique, notamment à Mont-Tremblant, recrute lui aussi « énormément » de personnes immigrantes, que ce soit en cuisine, à la réception ou à l’entretien ménager. Si ces emplois sont parfois saisonniers, les nouveaux arrivants recherchent d’abord une stabilité. « Une personne immigrante ne vient pas chercher un emploi saisonnier. Elle veut une rentrée d’argent régulière, assurer ses besoins de base et ceux de sa famille », explique-t-elle.

La pénurie de main-d’œuvre a d’ailleurs accéléré l’ouverture des entreprises à la diversité. « Quand les bassins locaux sont épuisés, on se tourne vers l’immigration », résume Mme Honoré. Le recours aux permis temporaires et au recrutement international a transformé plusieurs milieux de travail. Le CIE Laurentides offre des formations en gestion de la diversité culturelle et un service de maintien en emploi afin de soutenir l’intégration durant les premiers mois, souvent déterminants. « On veut que ce soit un succès, autant pour l’employé que pour l’entreprise. »

Quelques obstacles

Cela dit, certains obstacles demeurent. « Même si elles sont diplômées à l’université, plusieurs commencent par des postes d’entrée, notamment dans le manufacturier », observe-t-elle. La reconnaissance des diplômes étrangers représente encore un enjeu. « L’évaluation comparative aide à situer le niveau d’études, mais l’absence d’expérience québécoise peut freiner l’embauche. » Les personnes formées ici, au cégep ou à l’université, accèdent généralement plus facilement à un emploi correspondant à leur qualification.

Sur le plan régional, la présence immigrante est en forte croissance, surtout dans les Basses-Laurentides. « Dans certains secteurs, on estime que jusqu’à 50 % des élèves sont issus de l’immigration », mentionne Mme Honoré. Toutefois, une baisse récente des quotas commence à se faire sentir. « On observe déjà une diminution du nombre de nouveaux arrivants », note-t-elle.

Dans un contexte économique marqué par certaines incertitudes et un ralentissement ponctuel des recrutements, les délais d’intégration peuvent varier. Reste que, pour de nombreux employeurs des Laurentides, l’immigration constitue aujourd’hui un levier structurant du marché du travail régional.

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