Les Petits Frères : une présence essentielle auprès des aînés
À Saint-Jérôme, une cinquantaine de personnes aînées retrouvent chaque semaine un peu de chaleur humaine grâce aux Petits Frères, un organisme discret, mais essentiel, qui lutte contre l’isolement social des personnes du grand âge.
La nouvelle coordonnatrice locale, Trycia Bélanger, souhaite faire connaître davantage cette mission encore trop méconnue dans la région. Implantée depuis 2019, l’équipe des Petits Frères de Saint-Jérôme couvre un vaste territoire qui s’étend notamment jusqu’à Mirabel, Saint-Janvier et Sainte-Sophie.
Malgré sa jeune existence, l’organisme répond déjà à des besoins grandissants dans un contexte de vieillissement accéléré de la population. « On est le seul organisme ici qui offre des visites d’amitié gratuites exclusivement pour briser l’isolement des aînés », explique Mme Bélanger en entrevue. « Et les demandes augmentent constamment. »
Une réalité souvent invisible
Les personnes accompagnées par les Petits Frères ont généralement 75 ans et plus et vivent seules, souvent depuis longtemps. Certaines ont perdu leur conjoint, d’autres n’ont plus de proches ou voient leur réseau social disparaître avec les années.
« J’ai beaucoup de personnes de 90 ans et plus, même une participante de 102 ans », souligne la coordonnatrice. « Ce sont des gens qui, parfois, n’ont vu personne depuis des mois à part leur bénévole. »
Plus de la moitié des références proviennent désormais du réseau de la santé, notamment de travailleurs sociaux du CISSS, signe que l’isolement des aînés représente un enjeu bien réel dans la région. Plusieurs vivent aussi dans des situations de vulnérabilité : difficultés financières, perte d’autonomie, troubles cognitifs ou enjeux de santé mentale.
Selon Mme Bélanger, certains aînés se retrouvent même dans des « trous de service », en attente d’une prise en charge pouvant prendre jusqu’à deux ans. Pendant ce temps, les bénévoles deviennent souvent leur principal filet social.
« On devient un peu leur famille. Les bénévoles les connaissent parfois mieux que certains membres éloignés de leur entourage », dit-elle.
Une armée de bénévoles engagés
L’organisme repose sur l’implication d’environ 50 bénévoles actifs à Saint-Jérôme. Ceux-ci rendent visite aux aînés à domicile ou en résidence, effectuent des appels réguliers et accompagnent les participants lors d’activités spéciales.
Certaines visites ont lieu chaque semaine, d’autres aux deux semaines, selon les besoins. Il arrive aussi que des bénévoles offrent du transport lorsque les personnes n’ont pas les moyens de payer un service adapté.
« Tout est gratuit. Il n’y a aucun frais pour les aînés, que ce soit pour les activités, les repas ou les déplacements », précise Mme Bélanger. Cette gratuité constitue un élément central de la mission.
Le dîner de Pâques
Le dîner de Pâques, qui a eu lieu le 6 avril dernier, représente l’un des moments forts de l’année. Au programme : repas partagé, musique avec un bénévole guitariste, bingo et activités sociales. Les bénévoles assurent le transport et accompagnent les participants du début à la fin de la journée.
Pour ceux qui ne peuvent se déplacer en raison de problèmes de santé, une attention particulière est prévue : des bénévoles livrent des cadeaux préparés à la main et prennent le temps d’effectuer une visite personnalisée.
« Personne n’est oublié. Même ceux qui ne peuvent pas sortir reçoivent leur moment de Pâques », souligne la coordonnatrice.
Bien plus que des événements ponctuels
Au-delà des célébrations saisonnières, les Petits Frères organisent plusieurs initiatives tout au long de l’année : camps estivaux dans une maison de l’organisme à Oka, célébrations de Noël pour les personnes seules, réalisation de « rêves d’aînés » ou encore activités lors de la Journée internationale des aînés.
Ces moments ont un gros impact, observe Mme Bélanger, avec plus de 15 ans d’expérience en intervention sociale. « Voir un aîné arriver à un événement après des mois d’isolement et le voir s’illuminer, c’est comme s’il gagnait un million. Ça n’a pas de prix. »
Malgré son importance, l’organisme demeure encore peu connu dans la région. La nouvelle coordonnatrice espère que des initiatives comme le dîner de Pâques permettront d’accroître la visibilité et d’attirer de nouveaux bénévoles.
Car la réalité est claire, et c’est que les besoins dépassent déjà les ressources disponibles. « J’ai des appels chaque semaine de proches dépassés qui cherchent de l’aide pour un parent isolé. On aimerait pouvoir dire oui à tout le monde », conclut-elle.