(Photo : Gracieuseté Alexandre Charbonneau)
Le 1er avril, des personnes du communautaire ont organisé une marche funèbre, symbole du communautaire qui pourrait « mourir » sans financement adéquat.

Le communautaire à boutte : une mobilisation historique

Par Alexane Taillon-Thiffeault

Après deux semaines de grève, de manifestations et d’actions symboliques partout au Québec, le mouvement Le communautaire à boutte a pris fin le 2 avril par une mobilisation nationale d’envergure devant l’Assemblée nationale à Québec.

Pour plusieurs intervenants du milieu, dont ceux de la région de la Rivière-du-Nord, cette mobilisation marque un tournant, sans pour autant arrêter la lutte. Près de 10 000 travailleuses et travailleurs communautaires étaient attendus dans la capitale nationale pour cette journée culminante. Depuis les Laurentides, trois autobus ont quitté la région aux premières heures du matin, transportant plus de 200 personnes venues réclamer un meilleur financement du secteur.

Pendant dix jours, des actions ont été organisées simultanément dans 17 régions du Québec afin de dénoncer le sous-financement chronique des organismes communautaires et exiger des engagements durables du gouvernement.

Des mobilisations visibles dans la Rivière-du-Nord

Dans la MRC de la Rivière-du-Nord, les organismes se sont fortement mobilisés. Selon Alexandre Charbonneau, coordonnateur du Regroupement des usagers du transport adapté et collectif de la MRC Rivière-du-Nord (RUTAC MRC RDN), la participation locale a dépassé les attentes.

« On était une centaine juste pour la cellule de la Rivière-du-Nord », explique-t-il, soulignant que plusieurs événements ont été organisés au fil des journées de mobilisation.

Parmi les images marquantes, une action symbolique mettant en scène un cercueil portant l’inscription « Rest in peace communautaire » visait à illustrer les conséquences concrètes du manque de financement. « À force de manque de financement, il y a déjà des organismes qui ont fermé. Le risque, c’est que ça continue », affirme-t-il, rappelant que certains services essentiels sont fragilisés depuis plusieurs années.

Des rassemblements ont aussi eu lieu devant des bureaux politiques, notamment celui de la députée Sonia Bélanger, afin d’interpeller directement les décideurs.

Le communautaire, un filet social

Au cœur des revendications, il y a un financement à la mission plus stable, une reconnaissance du rôle des organismes et de meilleures conditions de travail pour les employés du secteur.

Pour Alexandre Charbonneau, la mobilisation a permis de mieux faire comprendre la place occupée par les organismes communautaires dans le filet social. « Le communautaire, c’est vraiment un prolongement du système public », affirme-t-il. « Même cette semaine, j’ai reçu des appels de personnes référées par le 811. »

Selon lui, les organismes agissent souvent comme première ligne informelle pour répondre à des besoins que les services publics ne parviennent plus à combler, que ce soit en santé mentale, en soutien aux aînés, en itinérance ou en aide alimentaire.

« Du jamais vu »

Malgré les défis, la mobilisation a aussi généré un sentiment de solidarité rarement observé dans le milieu. « Ça fait chaud au cœur. C’est du jamais vu », confie M. Charbonneau. « Des gens qui sont dans le communautaire depuis vingt ans disent qu’ils n’avaient jamais vu une mobilisation semblable. »

Mais si la mobilisation a suscité de l’espoir, elle a aussi mis en lumière la pression constante vécue par les équipes communautaires. « C’est une émotion en deux temps », résume le coordonnateur. « C’est mobilisateur et encourageant, mais pendant ce temps-là, le travail continue de s’accumuler. »

À cela s’ajoute l’incertitude financière. Certains organismes attendent toujours le renouvellement de leurs ententes de financement, un retard qui alimente l’inquiétude quant à leur avenir. « Si le financement ne suit pas, certains organismes pourraient redevenir entièrement bénévoles, faute de pouvoir maintenir des postes salariés », prévient-il.

Et maintenant ?

Malgré la fin officielle du mouvement, les revendications demeurent entières. Les organismes réclament toujours la mise en place d’une table de négociation d’urgence ainsi qu’un plan de redressement durable pour le financement du communautaire.

Dans un contexte où les besoins sociaux continuent d’augmenter, plusieurs acteurs du milieu préviennent que l’escalade des moyens de pression n’est pas exclue si aucune avancée concrète n’est annoncée.

Pour Alexandre Charbonneau, une chose est toutefois certaine, c’est que la mobilisation aura laissé une trace. « Ça a mis de la lumière sur notre réalité. Maintenant, il faut que ça mène à des actions », conclut-il.

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