Celles qui veillent sur Au coin de MA rue

Par Alexane Taillon-Thiffeault

Chez Au coin de MA rue, à Saint-Jérôme, la nouvelle directrice générale Josée Filion et la coordonnatrice clinique et travailleuse sociale Karine Lacasse incarnent deux visages d’un engagement discret, mais essentiel.

Quand on franchit la porte d’Au coin de MA rue, l’impression est loin d’un bureau institutionnel. Une cuisine vivante, des muffins à partager, des locaux colorés. Ce sentiment de maison n’est pas un hasard, il reflète directement la vision portée par celles qui y travaillent chaque jour.

Arrivée en poste depuis quelques semaines seulement, Mme Filion découvre encore les multiples facettes de son nouveau rôle. Après 37 ans dans le réseau de la santé et des services sociaux, elle cherchait autre chose : la proximité. « Ce bout-là me manquait dans ma carrière : être vraiment proche des familles et des équipes sur le terrain », explique-t-elle. « Ici, on crée une maison. On accompagne les jeunes dans quelque chose de plus humain, plus familial. »

Dès son arrivée, elle a plongé directement dans l’action, notamment en participant au déménagement complet de l’organisme. « Elle a mis les mains à la pâte dès la première journée », souligne Mme Lacasse. « Ce n’était pas un petit déménagement, et l’équipe n’était même pas complète à cause de la relâche. »

Le rythme avant tout

Travailleuse sociale depuis 2004 et impliquée en pédiatrie sociale depuis plusieurs années, Karine Lacasse coordonne le volet clinique. Son quotidien se déroule auprès des jeunes, toujours en collaboration étroite avec les médecins et les intervenants.

Ce qui distingue le milieu communautaire, selon elle, c’est le temps. « On peut suivre un enfant pendant des années. On apprend à le connaître, à s’adapter à lui, surtout à l’écouter », affirme-t-elle. Les rencontres ne sont pas dictées par des délais fixes, elles suivent le rythme de l’enfant et de sa famille.

Mme Filion observe la même chose depuis son arrivée. « Le mot qui revient tout le temps, c’est le rythme. Respecter celui du jeune et de ses proches », dit-elle. Cette approche demande toutefois une grande capacité d’adaptation. Une journée clinique peut inclure jusqu’à huit rencontres, chacune impliquant discussions médicales, sociales et familiales.

Le communautaire, version réelle

La « face cachée » du travail apparaît surtout dans les tâches invisibles. « Il faut être des gens de cœur, mais aussi prendre des décisions de tête », résume Mme Lacasse. « On fait notre travail professionnel, mais on fait aussi la vaisselle, le ménage… tout ce qu’il faut pour que ça fonctionne. »

Dans le communautaire, l’engagement dépasse largement les heures de bureau. Le récent déménagement en est un exemple : employés, bénévoles, membres du conseil d’administration et familles sont venus prêter main-forte les soirs et fins de semaine.

Mais malgré les ressources limitées, l’équipe réalise plus de 3000 interventions par année avec moins d’une dizaine d’employés. Art-thérapie, musicothérapie, groupes de rap ou activités extérieures deviennent autant de portes d’entrée pour rejoindre les jeunes autrement. « On n’est pas dans un modèle conventionnel. On passe par leurs passions pour créer le lien », explique Mme Lacasse.

Une équipe qui s’exprime autrement

Au-delà de leurs rôles professionnels, les membres de l’équipe partagent aussi un autre point commun : la créativité. Mme Lacasse le remarque lorsqu’elle parle de ses collègues. « Je pense qu’on est une équipe très artistique », explique-t-elle. « Chacun a une passion qui ressort. »

Certaines intervenantes trouvent leur équilibre dans la danse ou la course, d’autres dans la musique ou le dessin. Une musicothérapeute et une art-thérapeute font aussi partie de l’équipe, tandis qu’un intervenant anime même un groupe de rap avec les jeunes.

« Chacun amène quelque chose de lui-même », souligne-t-elle. « C’est comme ça qu’on réussit à créer un lien avec les enfants. » Cette approche moins conventionnelle fait partie de l’ADN de la pédiatrie sociale : utiliser l’art, la musique ou le sport pour permettre aux jeunes d’exprimer ce qu’ils vivent.

Mme Lacasse se tourne vers le plein air : ski, randonnée, vélo ou marche en montagne. « La nature, c’est ce qui me fait le plus grand bien », confie-t-elle. Mme Filion partage ce besoin de se reconnecter à l’extérieur. Sa passion à elle : la moto. « Ça permet de décrocher complètement », ajoute-t-elle.

Si elles souhaitent souligner une chose, c’est l’impact discret du travail accompli par l’équipe. « Les intervenants font un travail exceptionnel avec peu de moyens », souligne Mme Filion. L’organisme souhaite d’ailleurs développer davantage la philanthropie afin de poursuivre sa mission et soutenir de nouveaux projets pour les jeunes. Mme Lacasse résume quant à elle l’objectif en quelques mots : « On essaie de semer des graines. Les enfants, c’est notre futur », conclut-elle.

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